« Pourquoi je serais plutôt aristocrate » de Vladimir Volkoff

La suite de l’excellent « Pourquoi je suis moyennement démocrate », du même auteur.

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« Pourquoi je serais plutôt aristocrate » de Vladimir Volkoff

Publié le 11 août 2020
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Par Johan Rivalland.

Pourquoi je suis moyennement démocrate est l’un des livres qui m’ont le plus marqué, malgré sa petite taille et sa modeste prétention. J’avais découvert cette pépite dès 2002, mais ne m’étais pas immédiatement procuré la suite qu’avait imaginée deux ans plus tard Vladimir Volkoff. Et malheureusement, lorsque j’ai voulu me le procurer, il n’était plus disponible.

Je ne sais pas s’il a été finalement réédité, mais toujours est-il que je suis enfin parvenu à me le procurer il y a quelques mois (et un exemplaire neuf, en prime !). Petite présentation.

Un titre tout en provocation

Sous un titre volontairement provocateur, Vladimir Volkoff venait donc compléter son opus précédent par un petit ouvrage qui visait, cette fois, à s’en prendre aux fausses égalités. Mais aussi pousser un peu plus loin sa réflexion au sujet des limites de la démocratie.

Qu’entend-il alors par « aristocrate » ? Non pas la caste ou la classe que l’on peut imaginer. Loin de là. Car ce que Vladimir Volkoff entend faire valoir est l’esprit de contradiction. Comme il l’écrit,

Si je ne vivais pas dans une société où il est obligatoire de professer qu’il n’y a point de salut hors de la démocratie ; si nombre de Français n’avaient pas encore le Ça ira à la bouche et ne vouaient pas par conséquent « les aristocrates à la lanterne » […], je serais moins porté à m’affubler de ce qualificatif criard d’Aristocrate, que les uns ne savent pas prononcer sans morgue, ni les autres sans hargne.

Et de là il nous présente ce qu’il entend par « aristocrate ». Qui est en réalité une forme d’esprit. Qu’il illustre par celle qu’avait par exemple, nous présente-t-il, l’homme qui lui venait en aide lorsqu’il avait besoin de menus travaux dans sa maison ou son jardin qu’il aurait été incapable de réaliser lui-même.

Un homme non seulement éminemment doué de ses mains, qui avait entre autres entièrement restauré une vieille ruine pour en faire sa superbe maison, mais qui était en outre doté d’une remarquable finesse d’esprit, bien que n’ayant rien lu et ayant à peine le certificat d’études.

Un homme d’une grande élégance rustique, ne possédant pas un seul costume et n’étant pas très riche. Au savoir-vivre irréprochable et qui imposait le respect à tous points de vue.

Revenant sur ce qui définit et oppose les termes suivants : monarchie, polyarchie, république, kakistocratie, démocratie et aristocratie, il rétablit le sens des mots et des oppositions, remettant ainsi en cause certaines idées reçues en la matière.

Si on peut se baser sur les comparaisons monarchie/république et démocratie/aristocratie pour établir au moins quatre situations (il établit une matrice) trouvant chacune leurs traductions historiques (je renvoie au livre, car c’est relativement complexe), d’autres faits historiques qu’il prend pour exemples révèlent une multiplicité de situations.

Ce qui montre que rien n’est aussi simple et aussi figé que l’on peut le supposer aujourd’hui.

La confusion noblesse/aristocratie

Une grande partie des malentendus actuels provient de la confusion entre ces deux termes. Là encore, quelques rappels historiques permettent à l’auteur de les distinguer clairement. L’un est un statut (noble), l’autre une qualité d’esprit (aristocratie), celle que revêtent les meilleurs.

À partir d’une nouvelle matrice et de divers exemples supplémentaires, Vladimir Volkoff montre ainsi que des hommes du peuple (et non de la noblesse) peuvent tout à fait être partisans d’un système aristocratique, c’est-à-dire axé sur le mérite et la probité, qui leur permettrait ainsi de progresser dans la société.

Le mérite contre le privilège, en quelque sorte ; pour faire court.

Une des plus grandes catastrophes qui puissent arriver à une langue, c’est le détournement du sens d’un mot porteur d’un concept. Non seulement le concept est perdu, mais l’antonyme du mot s’en va à la dérive, et le concept qu’il véhiculait aussi. Il reste alors deux trous : un dans la langue et un dans la pensée.

L’aristocratie ne s’intéresse par ailleurs pas au nombre. Seulement à la qualité, quel que soit le nombre. Ce qui la distingue aussi de l’oligarchie.

Sens de la responsabilité, du service, du sacrifice, du courage, de la dignité, ou encore du devoir, mais aussi humilité, autant de vertus dont se réclamera l’aristocrate selon Vladimir Volkoff.

L’être plutôt que l’avoir

La difficulté pratique

Conscient qu’il ne défend là qu’un idéal, il n’en considère pas moins la démocratie comme une utopie, ce qui renvoie au livre précédent. Et concernant cet idéal, la difficulté réside ensuite dans une série de quatre questions : qu’est-ce que la qualité ? de quelle qualité s’agit-il ? comment la mesure-t-on ? qui la détermine ?

Là encore, je renvoie au livre car il ne s’agit pas pour moi de le réécrire voire de risquer d’en déformer la teneur. Mais je ne résiste pas à en extraire les citations suivantes, tant elles nous interrogent quant à notre système « démocratique » actuel :

On remarquera que les sociétés aristocratiques ont tendance à multiplier les critères – généalogie, savoir-vivre, excellence académique, réussite professionnelle -, tandis que les sociétés démocratiques tendent à les rabaisser, à les contourner, et même à les éliminer autant que faire se peut (surtout, bien sûr, la démocratie moderne qui se veut non pas un mode de choix des gouvernants mais le bulldozer d’une vérité absolue et universelle) : le baccalauréat pour tous en est un exemple.

 

 […] Du moins n’est-il [le critère de la réussite] pas fallacieux, comme celui de la popularité, qui prête souvent à ses favoris des talents divers alors qu’ils n’ont que celui, justement, de se rendre populaires. Tel passe pour le plus rusé alors qu’il n’est que fourbe, tel autre pour le plus généreux alors qu’il n’est que dépensier. On n’en finirait pas de faire la liste des hommes politiques sans don ni compétences que publicitaires et qui furent portés au pouvoir par les suffrages d’un peuple abusé.

La démocratie tend vers l’aplatissement de la réalité. La qualité la gêne parce que la qualité suppose la différence. La démocratie ne connaît de valeurs que la liberté et l’égalité (encore ne voit-elle pas qu’elles sont inconciliables). Elle ressemble à cette roue bigarrée qu’on fait tourner si vite qu’elle paraît uniformément blanche. Elle craint tant les infériorités possibles qu’elle en arrive à écraser les différences, même celles dont la notion de supériorité est absente. L’aristocratie, au contraire, éprise de toutes les qualités, parce qu’éprise de Qualité, exalte les différences dans toute leur bigarrure sans reculer devant cette évidence : certains pixels seront toujours plus brillants que d’autres.

 

Un fait de nature et une philosophie

Contrairement à la démocratie, qui est une idéologie, nous dit Vladimir Volkoff, l’aristocratie est un fait de nature. Il existe des meilleurs dans tous les domaines. Et plutôt que de les regarder avec les yeux de l’envie, il est possible de les regarder avec admiration.

Sans être pour autant laissé de côté et en trouvant chacun sa juste place.

La concurrence a aussi des vertus. À avoir voulu l’annihiler à travers le dirigisme, la nationalisation et la planification, la Russie est devenue l’un des pays les plus arriérés économiquement.

De même, dans les guerres, le sport, et tout un tas d’autres domaines, il est un fait que ceux qui gagnent sont les meilleurs, les mieux préparés, les mieux équipés, les plus motivés, les plus déterminés, qui ont le meilleur mental ou moral.

L’aristocratie est aussi une philosophie, de l’inégalité, en ce sens qu’elle considère l’égalité comme le masque démagogique de l’indifférenciation. Et qu’elle aime profondément la différence.

Les héros, les génies et les saints ont, d’ailleurs, à toute époque été admirés. Du moins jusqu’à aujourd’hui.

Il est vrai que nous vivons une époque où l’héroïsme a mauvaise presse, justement à cause de cet appareil aristocratique qui l’entoure. Le héros passe sous des arcs de triomphe, reçoit des couronnes, se fait brûler sur un bûcher de bois parfumé et accède à l’apothéose : voilà qui choque un démocrate moderne. Lui préfère la victime au héros, le minable au triomphateur, la compassion à l’admiration. Sa devise : « D’accord pour que tous soient nuls, si c’est pour qu’ils soient égaux. » Quelle différence avec les démocrates du temps passé, qui ne rêvaient que de Régulus, des Gracques et de Joseph Bara ! Ces démocrates-là, comparés aux nôtres, étaient des aristocrates.

Au fait… La devise de Contrepoints n’est-elle pas « Le nivellement par le haut » ? Dangereusement aristocrate, tout ça !…

 

— Vladimir Volkoff, Pourquoi je serais plutôt aristocrate, Éditions du Rocher, mai 2004, 144 pages.

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  • Merci pour cet article. Je ne connaissais pas ces livres, ni même l’auteur, et je compte sérieusement me procurer ses ouvrages.

    C’est une méconception que de croire qu’une aristocratie est indéniablement une société où le pouvoir appartient à une oligarchie de nobles. En fait, je dirais même qu’une société libéral est foncièrement aristocratique, car elle tend à ce que les meilleurs réussissent. Aristocratie est en quelque sorte synonyme de méritocratie.

    La démocratie, en soi, c’est le règne de la démagogie. Qu’importe si une loi est juste, aussi longtemps qu’elle émane de la volonté du peuple. Ainsi on peut vous faire avaler des couleuvres ! ainsi on peut vous enlever votre liberté, votre propriété et vous ostraciser si tel est la volonté de la masse ! Les tyrans légitimes leurs actes les plus ignobles en se référent constamment au plus impitoyable, au plus sanguinaire et au plus versatile des tyrans, le peuple ! cette masse sans nom et sans visage, au nom de laquelle tout dictateur s’en proclame le champion et le défenseur. Il n’y pas collectivisme plus tyrannique et liberticide qu’une démocratie soigneusement appliquée.

    Mais ce que nous avons actuellement en France, n’est pas une démocratie. Je dirais presque fort heureusement, mais nous avons en lieu et place, une oligarchie, ce qui n’est pas non plus réjouissant pour tout esprit libéral. Le mot démocratie n’est qu’un élégant papier-peint sensé recouvrir le mur hideux et amianté de la république.

    Mais quelle est l’alternative ? Quel système peut remplacer la démocratique (ou l’oligarchie qui porte le masque de la démocratie) sans tombé dans un régime dictatorial ? La démocratie n’est-elle pas, au final, le moindre maux ?

    Je dirais que le solution réside dans les institutions, dans la façon dont les pouvoirs sont séparés, les législateurs et les exécutants désignés, et comment l’on accède à la citoyenneté.

    Pour conclure, il est clair que le régime parfait n’existe pas ! Si quelqu’un a des propositions, je veux bien les lires.

    • Je suis globalement d’accord avec votre exposé. Une des difficultés de nos jours avec la démocratie est que le terme employé seul reste trop vague en se contentant d’impliquant les citoyens en général le peuple, bien qu’inconsciemment on s’imagine la démocratie comme libérale. Il existe en réalité une variété de démocraties avec des régimes de pouvoirs et des institutions plus ou moins libérales. C’est ce qu’on en fait qui pose problème comme d’ailleurs pour les autres régimes. Car dans la pratique l’affaire est toute autre, comme le prouve notre pays. Toutefois ce que je trouve intéressant dans la démocratie est justement son caractère de système ouvert s’autorégulant par la concurrence (politique et civile) et légitime dans le sens où tout le monde participe égalemet.

      • Bien d’accord. Et c’est là sans doute la seule grande vertu de la démocratie. Disons que la démocratie est une épée à double tranchant et la manier peut se révéler extrêmement dangereux. Néanmoins, c’est la seule arme véritablement efficace contre les lances et les masses des tyrans. Il faudrait donc que cette épée soit suffisamment tranchante pour garantir et protéger la liberté, mais également quelque peu émoussé pour parer les coups de quiconque voudrait utiliser cette arme contre une société libre.

        Une démocratie tempérée plutôt qu’une démocratie absolue.

        Article intéressant paru ici il y a quelques années : https://www.contrepoints.org/2013/03/13/117938-la-democratie-selon-rothbard-rand-et-le-peres-fondateurs

  • A la lecture de cet article (en 2 parties), on se demande où est partie cette bonne démarche thèse – antithèse, que tout prof recommandait à ses élèves de pratiquer…

    • Pourquoi et en quoi la démarche thèse-antithèse-synthèse serait-elle bonne en dehors de l’école ? A part montrer à son professeur qu’on a envisagé les deux faces de la chose… Dans la vie, les bons choix sont ceux qui sont faits par l’élite, parce justement c’est faire systématiquement les bons choix qui en fait une élite. Il n’y a que dans les médias que les bons choix sont ceux où on a tellement pesé le pour et le contre que personne ne pourra nous accuser d’avoir mal choisi, ni d’ailleurs nous récompenser d’avoir bien choisi. Thèse-antithèse-synthèse n’est qu’un moyen de diluer les responsabilités et d’y échapper.

  • J’ai l’impression que ce texte possède des éléments de confusion.

    Un petit peu d’étymologie : du grec aristos, meilleur, excellent, et kratos, le pouvoir, l’autorité.

    aristocratie peut donc définir deux choses :
    – Une forme de gouvernement dans lequel le pouvoir est détenu par un petit groupe de personnes constituant l’élite. Ex cet État est une aristocratie.
    – Une classe élitaire plus ou moins ouverte qui ne possède pas nécessairement le pouvoir. Ex Je fais partie de l’aristocratie.

    Avec ces définitions on peut se rendre compte que des systèmes démocratiques peuvent présenter des éléments d’aristocratie car il y a toujours un système d’élite.
    Mais on voit que la question n’est pas de savoir si le boulanger premier ouvrier de France fait partie de l’aristocratie des boulangers mais bien de savoir comment une société est gouvernée.

    Si le système de Vladimir Volkoff est axé sur le mérite et la probité moi je dis banco !! et je connais peu de monde qui réellement aspirent à un système axé sur des tocards malhonnêtes…

    « Sens de la responsabilité, du service, du sacrifice, du courage, de la dignité, ou encore du devoir, mais aussi humilité, autant de vertus dont se réclamera l’aristocrate selon Vladimir Volkoff. » Oui, oui je voudrais tellement qu’il en fut ainsi mais il faut les trouver ces parangons de vertu, le ancien romain se posaient déjà la question !!
    A cet endroit le texte est honnête il y a comme toujours un problème de critériologie : « qu’est-ce que la qualité ? de quelle qualité s’agit-il ? comment la mesure-t-on ? qui la détermine ? »

    D’ailleurs à ce propos le texte semble hésiter d’une part il dit « l’aristocratie est un fait de nature » et de l’autre « On remarquera que les sociétés aristocratiques ont tendance à multiplier les critères » ; il faut savoir car si il y a critères c’est bien que des humains les établissent au sein de phénomènes historiques.

    Je veux bien que notre société démocratique manque de qualité d’âme aristocratique mais envisager une société aristocratique moderne nécessite de pousser la réflexion bien plus loin.

  • C’est l’intérêt d’Amazon, les livres ou la musique diffusée en trop petite quantité dans un pays n’étant pas rentables ne sont plus produit. Amazon diffusant dans le monde entier a une plus grande clientèle potentielle ce qui les rend commerciables!

  • Ce goût pour l’aristocratie, quand elle est bien pensée comme cela est le cas ici, et qui s’articule avec l’individualisme de Nietzsche et Palante, est naturelle pour un libéral.

    • Complètement d’accord.
      Par contre, je ne connaissais pas Palante. Je découvre avec plaisir. Merci.

    • Mais sa mise ne œuvre au niveau d’une société dont les individus ne sont pas tous libéraux l’est beaucoup moins.

      C’est la différence entre l’âme aristocratique et le régime aristocratique.

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