Bac 2020 : le « cadeau » empoisonné

Le bac de 2020 ressemblera à celui de 1968, sa valeur sera aussi pauvre. Les élèves eux-mêmes en sont conscients et craignent pour leur carrière future.

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Bac 2020 : le « cadeau » empoisonné

Publié le 17 juillet 2020
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Par Aymeric Belaud.
Un article de l’Iref-Europe

Le taux de réussite du bac 2020 atteint un record : 95,7 % après les rattrapages. Il est de 7,7 points supérieur à celui de l’an dernier, 88 %. Sans les rattrapages, l’écart est encore plus flagrant avec 91,5 % de réussite cette année contre 77,7 %, soit 13,7 points de plus.

Certains pays comme l’Allemagne, l’Autriche ou l’Espagne ont choisi de reporter leurs examens du fait des conditions spéciales engendrées par le Covid-19, tandis que la France a préféré le contrôle continu, sur deux trimestres.

Si ce taux peut s’expliquer par un examen entièrement en contrôle continu, il est surtout dû à la « bienveillance » voulue (et imposée) par le ministère de l’Éducation. Certains y voient un cadeau. C’est surtout une baisse du niveau de ce diplôme déjà dévalorisé depuis des années. Cela va rendre la vie des futurs étudiants de faculté encore plus difficile.

Un surnotation flagrante au bac

Certains élèves ont été surpris par leur note finale, qui n’était pas en rapport avec leurs moyennes de l’année. Enzo, lycéen à Metz, a obtenu le bac avec 10,27 alors que sa moyenne était de 7,93. Moyenne qui habituellement est insuffisante pour aller en rattrapage.

Il en est de même pour Farhati, de Lyon, qui a obtenu son bac S alors que sa moyenne ne dépassait pas 10. Le jury a décidé de la remonter de 2 points en histoire-géographie, de un point en mathématiques et de un point en physique (ces deux dernières matières sont pourtant fondamentales pour un bac S).

Charlie, élève de terminale technologique, a été beaucoup absent pendant les deuxième et troisième trimestres, manquant nombre de cours importants. Il a eu un zéro dans une des matières. Pourtant, il a obtenu son bac avec la mention bien ! « Je ne me serais pas donné le bac », dit-il.

Une autre lycéenne confie aux journalistes du Le Figaro étudiant qu’il y a des élèves « avec 200 absences comptabilisées dans l’année (hors Covid) qui ont eu le bac. On ne s’en plaindra pas mais les résultats sont faussés, c’est certain. »

Dès avril, le mot d’ordre à l’Éducation nationale a été : « bienveillance ». Les jurys et les commissions d’harmonisation avaient pour devoir d’arrondir les moyennes vers le haut, notamment en fonction des appréciations et cet arrondi a parfois été poussé au-delà de deux points… Quant au nombre de mentions, il est passé de 60 % en 2019 à 80 % cette année.

Une volonté étatique du bac pour tous

Les jurys d’harmonisation ont eu accès aux notes des élèves fin juin. Pour ajuster la moyenne, les critères ne se résumaient pas aux appréciations personnelles, ils englobaient les statistiques des lycées par rapport aux examens des années précédentes.

Certaines instructions reçues de l’inspection académique demandaient aux enseignants d’augmenter la note d’une ou plusieurs matières pour tous les élèves, sans même avoir accès à leur dossier scolaire. L’« harmonisation » n’a jamais impliqué de baisser des notes. Le message était clair : que tout le monde obtienne son diplôme.

Des observateurs vont même plus loin. Ainsi Sophie Vénétitay, du syndicat Snes-FSU, qui affirme que « plusieurs notes du bac, saisies manuellement, ne correspondaient pas à celles inscrites sur les livrets scolaires mais étaient en fait bien supérieures1 ».

Elle dénonce un bidouillage dans les lycées. Elle a pu constater que les résultats du contrôle continu ont été supérieurs au taux de réussite moyen des années précédentes dans certains établissements. Cette pratique aurait concerné entre un tiers et la moitié des lycées dans les commissions d’harmonisation, selon elle. De nombreux jurys ont aussi constaté que des moyennes d’élèves avaient artificiellement été gonflées par les lycées d’origine.

Ainsi, il semble que l’État et les lycées, avec la complicité de certains professeurs, ont souhaité « offrir » le bac à leurs élèves. Cela ne présage rien de bon pour les prochaines années où le contrôle continu représentera 40 % de la note finale.

Au-delà des questions de niveau de ce diplôme, est-ce vraiment rendre service aux lycéens alors que le fossé entre la classe de terminale et la première année d’études supérieures se creuse continuellement ?

Un cadeau empoisonné pour les futurs étudiants

Le ministère de l’Enseignement supérieur a fait passer le mot d’ordre aux directeurs d’université, leur enjoignant de faire de la place afin d’accueillir des bacheliers en plus, mais qui n’ont pas le niveau. Ce sont des dizaines de milliers de bacheliers supplémentaires qui vont engorger les premières années d’université, déjà surchargées.

Pour Guillaume Gellé, président de l’université de Reims, le constat est clair. « Il y en a qui, si le contexte actuel que nous connaissons n’avait pas eu lieu, n’auraient pas eu le bac. Et une partie de ceux qui vont arriver en licence n’auront pas le niveau ».

Phénomène qui d’ailleurs n’est pas nouveau. En 2018, les étudiants ont été 56 % à échouer en première année de licence. Et ils n’ont été que 30 % à réussir la licence en trois ans ! C’est un véritable fossé, une tranchée même ! Combien, de ces 95 % et plus de bacheliers, réussiront leur première année de faculté ? L’année prochaine pourrait être une hécatombe.

Le privé pas logé à la même enseigne

Le cas de la surnotation concerne en priorité les établissements publics. En ce qui concerne le privé, en particulier hors-contrat, ce n’est pas la même affaire.

Quarante-et-un lycéens bretons se sont vu refuser le diplôme par le rectorat de Rennes au motif de « dossier de contrôle continu incomplet » et ce malgré de bonnes moyennes, pendant que d’autres obtenaient le bac avec moins de 8 de moyenne.
Ces quarante-et-un lycéens étaient dans des écoles privées, indépendantes et n’ayant pas passé de contrat avec l’État, au sens de la loi Debré de 1959, hormis pour la validation des diplômes.

Des écoles libres de leur pédagogie et de leur organisation, mais tout de même contrôlées par des inspecteurs de l’Académie. Les élèves sont donc des candidats au bac comme les autres.

Pas pour l’Éducation nationale. Jean-Michel Blanquer avait annoncé en avril que les lycéens des établissements hors contrat devraient passer de vraies épreuves en septembre, ce dont sont dispensés les élèves de la formidable école publique qui ne cesse de descendre dans les classements PISA. Il s’était certes ravisé par la suite, mais les faits confirment que l’égalité de traitement ne vaut pas pour tout le monde.

Le problème semble ne s’être posé qu’en Bretagne, mais il est symptomatique de la pensée de bon nombre de fonctionnaires de l’Éducation nationale, qui rêveraient d’appliquer la réforme qu’appelait de ses voeux François Mitterrand, d’interdire toute école non publique.

Le bac de 2020 ressemblera à celui de 1968, sa valeur sera aussi pauvre. Les élèves eux-mêmes en sont conscients et craignent pour leur carrière future. Les recruteurs jugeront certes sur les diplômes suivants (licence, master), mais… qui nous dit que des commissions d’harmonisations ne seront pas mises en place pour baisser le niveau des licences et des masters ? Il est déjà faible par rapport à celui d’autres pays mais qu’importe : la « bienveillance » doit primer.

Il serait urgent de s’attaquer à ce baccalauréat devenu une formalité. De lui redonner de la valeur, afin que l’entrée dans l’enseignement supérieur résulte d’une sélection ayant du sens. Le problème venant de plus loin, il faudrait aussi que les choix soient plus pertinents à l’âge de l’entrée au lycée et l’enseignement professionnel, délaissé par les pouvoirs publics, beaucoup mieux valorisé et d’être plus exigeant.

Du primaire au master, c’est une réforme d’ensemble qu’il faut lancer. Le bac n’est pas un droit, il se mérite.

Sur le web

  1. Marie-Estelle Pech, Le Figaro, mercredi 8 juillet 2020, « Les bacheliers 2020 ont-ils été surnotés ? »
Voir les commentaires (12)

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  • La carrière des recteurs justifiait jusqu’ici un laxisme militant dans la délivrance du bac. Nous sommes aujourd’hui arrivés au bout de l’exagération, autant supprimer le bac (sans cela des résultats à 110% cela va finir par se voir…) Combien vont échouer à l’issue d’une première année de faculté surchargée, autant de désillusions professionnelles et de futurs gilets jaunes, mais l’éducation nationale le vaut bien…

    • Combien surtout vont foutre la merde dans lesdites facs et empêcher ceux qui le veulent, le peuvent et le méritent, d’étudier ?

    • Combien de ces bacheliers vont aller dans des facs qui apprennent des choses inutiles ? Combien de licenciés d’histoire, de lettres, de psycho, de sociotruc vont trouver un boulot en rapport avec leur formation ? si jamais ils en trouvent un.

  •  » la bienveillance doit primer « …ben dis donc , espérons que la bienveillance française ne s’appliquera pas pour le permis de conduire par exemple ….parce que là , bonjour les dégâts ….

  • Je n’ai pas le bac. Non d’y avoir échoué, mais d’avoir préféré la filière de l’apprentissage. Ma vie professionnelle a vu passer de nombreux stagiaires diplômés, j’étais déjà effaré de constater le niveau de français des stagiaires pourtant diplômés (voir bac+2). Un niveau qui a sans cesse baissé. Certes, ces bacheliers ont des acquis, mais beaucoup échoueraient … à la dictée du Certificat d’Etudes !!

    • Ya aussi de l’apprentissage après le bac et même après bac+2.

    • Vous n’êtes pas prêt de revoir le niveau de français des élèves sortant des lycées pro s’améliorer. Blanquer a pondu une réforme des dits lycées qui enlève des heures de français, maths, langues vivantes et hist/géo à ces lycéens pour les remplacer par des heures de co-gestion avec un chef d’œuvre à la clé, rassurez-vous pas un chef d’œuvre genre compagnons du devoir ou meilleur ouvrier de France. Que nenni un truc pour faire blablater et occuper le chaland. Les profs de ces matières sont outrés de la façon dont on traite leurs élèves, ces derniers n’ont déjà pas un niveau excellent dans ces domaines, plus moyen de les faire progresser et par là même on leur barre un futur pour des études supérieures car le niveau ils ne l’auront jamais. Bref un vrai gâchis et une désolation pour les enseignants qui voulaient les porter au meilleur d’eux mêmes et ils en existent quoiqu’en pensent certains.

  • Rassurons-nous : chacun va pouvoir bénéficier de cours de rattrapage en bicyclette.

  • C’est la formule initiée par Fabius de 95% d’une classe d’age au bac qui est a revoir. Il faut absolument arrêter avec ce fantasme et favoriser l’apprentissage. Si les notes étaient normales, seuls 60% / 70% des lycéens sont au niveau du bac. Ce n’est pas pour autant qu’ils ne sont pas aptes au travail, mais on éviterait d’encombrer les universités en 1er année, et engendrer des générations successives de frustrés qui n’ont pas pu réussir d’études supérieures.

    • Le problème sera de fournir des certificats pour ceux qui souhaitent poursuivre dans les voies professionnelles, de façon à leur permettre la poursuite d’études s’ils en ont les moyens (sur le plan intellectuel) et l’envie.

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