Concert de The Avener à Nice : ne tirez pas sur le DJ !

OPINION : la chasse au responsable dans la tenue du concert de The Avener à Nice est malvenue et ne fait qu’enfoncer un secteur au bord de la faillite.

Par Théophile Gacogne.

Je vois passer cette information partout : que ce soit à la télévision, sur Google Actualités, les réseaux sociaux, etc. Le DJ Niçois « The Avener » serait un meurtrier. Son tort ? Avoir mixé au sommet de la Tour Bellanda et réuni 5000 personnes sur la promenade des Anglais pour un événement en plein air.

C’est donc un papier un peu inhabituel que je vous propose aujourd’hui.

Vous le savez nous sommes en période de crise sanitaire, et même si le plus gros semble être derrière nous, nous ne sommes sûrs de rien. Beaucoup prévoient une seconde vague.

Avec la période estivale et le déconfinement, le relâchement se fait sentir : port du masque de moins en moins visible, embrassades, distanciations sociales peu respectées… Bref, je ne vais pas vous décrire le tableau de ce que vous pouvez constater chaque jour dans les grandes villes de France.

Concert de 5000 personnes à Nice

Pourtant, le 11 juillet dernier, The Avener a tranquillement donné un concert à Nice, et ce devant 5000 personnes.

Forcément ça énerve. Certains peuvent se dire que nous nous forçons, « nous les gens responsables » (si toutefois nous en faisons partie), à respecter toutes les mesures sanitaires. On enchaîne les mesures de précaution en se refusant beaucoup de choses pour essayer d’éradiquer ce vilain virus.

Mais pendant que nous sommes bridés et que nous nous sentons frustrés de ne pas être libres de nos mouvements comme avant, d’autres viennent ruiner tous nos efforts. Certains s’envoient des mojitos en pleine fête ouverte au milieu de 5000 personnes, imbibées elles aussi.

Forcément on se dit que c’est une bande d’irresponsables. Et il faut trouver un responsable… ou plutôt un irresponsable. Une tête de Turc à qui faire porter le chapeau. Alors, quand on ne cherche pas midi à 14 heures, la première solution est de taper sur l’artiste.

Plus attirant pour les médias, plus parlant pour les Français. C’est plus facile de s’attaquer à un jeune DJ et à son public que d’essayer de vraiment entrer dans le cœur du problème.

Irresponsable ? C’est plus facile de s’en prendre au DJ et aux fêtards qu’à la ville de Nice qui avait donné son accord pour cet événement, et qui est présentée à chaque fois parmi les organisateurs, avec Virgin Radio, Panda Events et Fimalac Entertainment.

Le second problème, qui fait beaucoup réagir et divise, est le fait que les discothèques se battent tous les jours pour rouvrir. Elles sont littéralement en train de mourir sous le poids des charges qui les étouffent cruellement !

Petit disclaimer

Avant tout, je me dois de préciser que j’ai travaillé pendant un moment dans le secteur de la nuit. J’ai d’ailleurs déjà rencontré Tristan Casara (The Avener) comme Thierry Fontaine, l’actuel président de l’UMIH L’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie.

Expatrié depuis cinq ans à l’étranger, je n’ai vu ni l’un ni l’autre depuis un long moment et nos relations sont toujours restées professionnelles même si, dans ce milieu, elles sont forcément moins formelles que dans d’autres secteurs. Je connais Thierry Fontaine depuis plus longtemps car je me suis souvent rendu dans ses établissements à Lyon et je connaissais très bien certaines personnes du cercle fermé de Tristan Casara qui m’en ont toujours dit du bien également.

Donc, en voyant des messages sur les réseaux sociaux du style « The Avener est un meurtrier, il divise et casse les efforts de la nuit et de l’UMIH », je me suis forcément senti concerné.

Ne vous trompez pas d’ennemis

Comme le disait si bien un patron de discothèque, l’ennemi commun est le virus.

Monsieur Macron avait fait rire certains en disant que nous étions en guerre. Pourtant, à l’instar d’une équipe ou d’une armée, nous devons mener ce combat ensemble et unis. Et sans cela, ce sera la fin du monde de la nuit et de tous ses métiers.

The Avener est un DJ niçois qui, comme ses collègues Dj ne peut plus jouer depuis plusieurs mois.

Tristan a toujours revendiqué son amour pour Nice et accepte fièrement une demande de sa ville natale pour jouer gratuitement en pensant redonner un peu le sourire aux Niçois, autant au plan festif qu’économique.

L’UMIH Nuit France représente tous ces établissements qui sont privés d’ouverture et qui tapent dans la trésorerie de leurs sociétés depuis le début du confinement.

Thierry Fontaine est lui-même patron d’établissement. Il sait donc mieux que quiconque ce que vivent ceux qu’il représente.

Il est lui aussi l’un de ces chefs d’entreprises qui joue toute la vie de son business devant un gouvernement qui manque de compréhension et de réactivité.

Thierry Fontaine a d’ailleurs réagi à l’événement du 11 juillet en déclarant que « la distanciation sociale était impossible à tenir » ; il ne le dit pas en jetant la pierre à quiconque, mais simplement en essayant de comprendre. De la même manière qu’il ne comprend pas la réouverture de certains établissements comme Disneyland ou d’autres.

5000 personnes pour respecter les mesures sanitaires pendant le concert de Nice le 11 juillet ?

Quiconque a l’habitude de juger une foule vous dira, en regardant les vidéos, que la jauge était largement dépassée !

Mais alors à qui la faute ? Les organisateurs ? Le DJ ? Les personnes présentes ?

La ville de Nice porte sa part de responsabilité. Elle a donné son accord pour ce rassemblement. C’était de sa responsabilité d’accepter ou non la requête des organisateurs.

Il était couru d’avance, et d’ailleurs beaucoup l’avaient prédit, que des débordements allaient avoir lieu. Il y aurait donc avoir une organisation quasi militaire, avec une vraie limitation et de vraies mesures ! Mais comme l’UMIH le sait et le revendique, il est impossible d’encadrer à 100 % un événement en plein air.

L’avantage des discothèques fermées tient aussi au fait que la capacité et la limitation du nombre de clients peuvent être facilement contrôlées à l’entrée. Il est ainsi possible de choisir de remplir partiellement l’établissement.

Les salles sont ventilées et des agents de sécurité sont présents pour contrôler. On pourrait très bien y faire respecter également des règles de type masque obligatoire et paille glissée sous le masque si on quitte la table. Et le protocole sanitaire mis en place par les professionnels de la nuit avait été validé par la santé (suppression de la piste de danse, traçabilité des clients, etc.).

Certes, ce serait moins convivial qu’au bon vieux temps et le chiffre d’affaires des établissements prendront un coup, mais ce serait une réouverture quand même qui permettrait de sauver ces commerçants et éviterait ce nouveau mouvement de fêtes improvisées n’importe où, n’importe comment qui n’ont aucune traçabilité possible des fêtards et ne sont pas encadrées pas des professionnels, et donc plus risquées sur le plan sanitaire.

Mais comme on dit, l’enfer c’est les autres

Remettre toute la responsabilité sur la ville de Nice serait aussi un peu facile.

La responsabilité vient aussi de la part des Niçois, qui on pris l’habitude de faire tomber les masques, mais aussi des Lyonnais, des Parisiens, des Marseillais et de nous tous en France.

La responsabilité ce n’est pas de critiquer un artiste qui pourtant est déjà plusieurs fois venu dans notre établissement car il est plus facile de dénoncer que d’agir.

La responsabilité c’est de ne pas recommencer un protocole sanitaire engagé par les établissements et associations de la nuit à zéro car il y a un changement de gouvernement.

La responsabilité demande de porter les masques réclamés à corps et à cris au mois de mars.

Je suis maintenant expatrié dans un pays où le virus a fait moins de 60 morts. Les mesures sont drastiques mais tout le monde les respecte.

Cessons de nous trouver des boucs émissaires et restons solidaires. L’enfer c’est les autres, mais les autres c’est aussi nous tous.

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