Le tragique abandon des quartiers émotifs

En République française, tous les citoyens n'ont pas le droit à l'état de droit et certaines cités échappent à l'ordre et la paix.
Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Le tragique abandon des quartiers émotifs

Publié le 22 avril 2020
- A +

par h16

Dans deux jours (le 24 avril), ce sera le début du ramadan. En France, cela ne devrait se traduire par rien de spécial mais cette date est cependant surveillée de très près par les autorités : alors que la situation sanitaire et économique est, pour le dire gentiment, encore un peu confuse, le gouvernement sent qu’une période de nouvelles incertitudes et de tensions s’ouvre devant lui.

Cette année, le problème est en effet d’autant plus aigu que sont normalement « confinés » certains endroits où ont généralement lieu les versions les plus festives du ramadan français.

Ce confinement, au départ décrété pour éviter une extension foudroyante de l’actuelle pandémie, s’étale maintenant depuis un mois et se maintiendra un mois de plus avec tous les ingrédients réunis pour que les choses se passent sinon mal, au moins de façon complexe : l’économie est à l’arrêt, les forces de l’ordre sont sur les dents, et l’arrivée des beaux jours ne pousse pas spécialement les populations à rester au chaud chez elles.

Ainsi, même si – comme l’a révélé un récent article du Canard Enchaîné – les policiers ont reçu pour instruction d’éviter certaines cités par crainte d’un embrasement peu propice à éteindre les foyers épidémiques, cela n’empêche pas certaines frictions d’exister : à Grigny ou Chanteloup, aux Mureaux, à Mantes-la-Jolie ou à Villeneuve-La-Garenne, les activités festives de plein-air se multiplient depuis les échauffourées, les guet-apens et les rodéos jusqu’aux tirs de mortiers sur les forces de l’ordre.

Il faut dire que, dans ces quartiers, les rentrées régulières d’argent sont compliquées par le confinement. Quant aux trafics de tout genre, ils sont interrompus tant par manque de clients que de matériel ou d’opportunités.

Certes, si l’on peut raisonnablement supposer que les principaux grossistes en produits stupéfiants et autres herbes amusantes ont encore un confortable matelas d’argent liquide devant eux, il en va différemment de la piétaille qui vit chichement du trafic et des petits boulots, souvent au noir, qu’il leur est impossible d’exercer à présent. Traditionnellement, les cités les plus industrieuses sont aussi les plus calmes ; avec le confinement, l’industrie a disparu et l’oisiveté, mère de tous les vices, pousse le vague-à-l’âme de certains vers des extrémités trop festives et résolument peu citoyennes.

Jusqu’à présent, les médias, se contentant essentiellement d’insister sur le lourd tribut sanitaire payé par certains départements les plus turbulents, ont fait assaut de précautions pour ne surtout pas détailler les heurts qui se multiplient pourtant dans les quartiers émotifs.

Même si l’avalanche de cas est à portée d’une recherche Google, le journalisme n’ira pas jusqu’à compiler l’état des lieux : ce serait dommage de multiplier les articles anxiogènes à ce sujet alors que le pays traverse déjà des périodes difficiles en découvrant que son système de soin, pourtant inondé d’argent public, patauge dans les pénuries multiples et consternantes. Ce serait encore pire si, d’un coup, les Français se rendaient compte qu’ils paient – fort cher – pour des forces de l’ordre dont le seul fait d’armes sur les quatre dernières semaines aura été de pruner compulsivement des citoyens qui vont trotter dans les bois, faire pisser le chien ou acheter un pot de peinture au supermarché du coin, en lieu et place de faire régner l’ordre et la discipline dans les quartiers les plus émotifs de la République.

Évidemment, les plus charitables d’entre nous pourront croire que ceci n’est que la conséquence malencontreuse d’une désorganisation complète (mais temporaire, rassurez-vous !) de l’État. Cette hypothèse, forcément hardie, n’est pourtant pas la plus probable puisqu’il s’agit, on l’a vu, d’un choix : tenter la mollesse et l’apaisement, « quoi qu’il en coûte » apparemment. En somme, à l’absence de stratégie (patente dans le cas sanitaire) s’ajoute maintenant la stratégie de l’absence en matière d’ordre sur le territoire : absence de l’État et de la police.

Cette évaporation complète du régalien dans ces cités est une nouvelle preuve du délitement de la République, mais c’est aussi un nouvel affront aux citoyens honnêtes et travailleurs qui paient, pistolet sur la tempe, toutes les taxes et impôts qu’on leur réclame pour assurer la continuité de l’état de droit. Parmi ceux-là, des habitants de ces quartiers, des commerçants, des indépendants, des citoyens pas moins méritants que sur le reste du territoire qui doivent déployer des montagnes de courage et d’abnégation pour supporter de vivre dans ces zones abandonnées de pouvoirs publics qu’ils payent pourtant bien trop cher. Le droit à la sécurité, essentiel dans une société qu’on veut libre, efficace et enrichissante, leur est, de fait, refusé, essentiellement parce que nos élites ont fait un choix, depuis des années, d’abandonner ces quartiers à leur sort.

Et alors que les tensions montent dans ces quartiers, alors que tout indique que les festivités du ramadan seront aussi souvent que possible un prétexte pour défier les autorités et embraser ces cités, et ce alors même que les rassemblements signifieront probablement de nouvelles contaminations et de nouvelles entrées en réanimation, on est en droit de se demander, exactement comme pour le système de soin, où diable sont passés les impôts qui auraient dû être consacrés à garantir l’état de droit…

En définitive, de la même façon qu’en choisissant le confinement pour éviter l’effondrement de notre système de soin, on aura le confinement ET l’effondrement et pas seulement du système de soin mais de tout le reste aussi, le gouvernement a là encore choisi l’absence pour éviter l’embrasement et vraisemblablement, on aura l’absence ET l’embrasement.

Ce pays est foutu.


—-
Sur le web

Voir les commentaires (21)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (21)
  • Zut alors , et certains croyaient qu’avec Macron Zorro était arrivé , erreur c’était Zozzo

  • Les émeutes et violences urbaines ville par ville durant la nuit du 20 au 21 avril 2020 (Article non exhaustif)
    Compilation non exhaustive des divers « débordements » et violences urbaines ayant eu lieu dans la nuit du 19 au 20 avril 2020. Cet article sera mis à jour au fur et à mesure.

    Asnières (92) : des tirs de mortiers d’artifices et des feux de poubelles et de véhicules.
    Source

    Aulnay-sous-Bois (93) : des poubelles incendiées et des tirs de mortier. La police victime de guet-apens aux 3000.
    Source et Source et Source

    Belfort (90) : un véhicule de police incendié sur le parking du commissariat.
    Source

    Chanteloup-les-Vignes (78) : la police caillassée et visée par des tirs de mortiers lancés par une vingtaine de personnes, une interpellation.
    Source

    Clichy-la-Garenne (92) : des interpellations «pour détention d’engins incendiaires et participation à un groupement en vue de commettre des violences et ou des dégradations ».
    Source

    Clichy-sous-Bois (93) : des tirs de mortiers et des feux de véhicules.
    Source et Source

    Échirolles (38) : des affrontements avec les forces de l’ordre quartier Kimberley après l’arrestation d’un jeune homme de 19 ans. Des policiers caillassés, des dizaines d’individus du quartier se sont regroupés, ont tiré des mortiers et ont incendié des poubelles.
    Source et Source

    Fâches-Thumesnil (59) : des feux de poubelles et de véhicules.
    Source

    Hem (59) : des feux de poubelles et de véhicules.
    Source

    Laon (02) : des feux de poubelles et un véhicule incendié.
    Source

    La Verrière (78) : la police caillassée.
    Source

    Les Mureaux (78) : la police attaquée par une dizaine de personnes.
    Source

    Lille (59) : des feux de poubelles et de véhicules.
    Source

    Lys-lez-Lannoy (59) : des feux de poubelles et de véhicules.
    Source

    Mantes-la-Jolie (78) : la police caillassée.

    Nanterre (92) : des feux de poubelles et de véhicules.

    Neuilly-sur-Marne (93) : des barrières de feu de poubelles cité des Fauvettes.

    Rillieux-la-Pape (69) : des véhicules incendiés, des feux de poubelles, des tirs de mortiers, du mobilier urbain dégradé, des affrontements avec la police

    Roubaix (59) : des feux de poubelles et de véhicules.

    Rueil-Malmaison (92) : des interpellations «pour détention d’engins incendiaires et participation à un groupement en vue de commettre des violences et ou des dégradations ».

    Saint-Denis (93) : des poubelles incendiées et des tirs de mortiers. La police caillassée dans la cité du Franc-Moisin

    Sartrouville (78) : un bus visé par des tirs de mortiers, la police caillassée, deux interpellations.

    Strasbourg (67) : un commissariat attaqué dans le quartier de la Meinau, une voiture de police visée par un tir de mortier. Dans le quartier du Port du Rhin, des poubelles et un véhicule incendiés.

    Villeneuve-la-Garenne (92) : des tirs de mortiers d’artifice.

    Wattignies (59) : des feux de poubelles et de véhicules.

    • ok mais la question est : est-ce fondamentalement différent de d’habitude ?

      • Malheureusement non. Cela ne diffère pas de d’habitude. Juste, certains quartiers semblent un peu plus agités, et encore… Et surtout, il en manque énormément, tout ce qui ne fait pas l’objet d’une parution dans la presse, locale ou nationale. La majeure partie des exactions quotidienne est largement passée sous silence.

    • Merci pour ce travail lapaladine +1

    • Vous remarquerez qu’il ne se passe rien à Marseille, tout comme en 2005. Tenir un quartier est une affaire de pros !
      Les dealers y sont mieux organisés en ayant des stocks de came à fourguer et des services de portage à domicile (Cf. la PQR provençale). L’État aurait dû en prendre de la graine pour la gestion des masques…

  • Je pense que les moeurs africaines ne tirent pas la France vers le haut, mais comment redonner l’amour de la France aux français ?

  • Pour passer (sans m’arrêter) dans certains des quartiers émotifs évoqués par h16 (et listé par lapaladine dans un post ci dessus), je peux vous indiquer que le confinement n’y existe tout simplement pas, il n’y a ni confinement, ni contrôle, ni verbalisation.
    Certains restaurants rapides sont ouverts et le service à table est disponible, en terrasse aussi d’ailleurs…
    Les habitants se promènent, discutent vivent comme d’habitude, avec l’école en moins cela dit, pour ceux qui y vont encore…
    Le confinement c’est pour les con-tribuables dans les moyennes villes et villages ou l’état existe encore et où il est toléré…
    Les amendes c’est évidemment aussi pour gentils con-tribuables…
    Qui en plus de financer sans limite une solidarité aussi imbécile qu’inefficace, n’ont le droit, ni à la justice, ni à la sécurité, ni même à un masque à 80 centimes…
    Mais bientôt il aura le droit de renflouer, encore plus, le denier public ruiné par une gestion de crise imbécile et inefficace, qui va achever une économie moribonde…
    Ce pays est foutu, il faut partir… Mince plus d’avions… Une frontière fermée… Et pas le droit de m’éloigner de plus d’1km sauf pour bosser comme un con (‘con’ tout court, cette fois)
    Oups… J’ai peut être trop attendu…

  • Ben ma foi, quand les quartiers émotifs vont déborder un peu plus longtemps par nuit que d’habitude pour cause de ramadan, et sur tout un mois, on pourra peut-être espérer que les forces de l’ordre seront assez occupées pour nous lâcher la grappe le reste de la journée dans leur phobie taxatoire. Et comme nous l’a dit si gentiment le préfet Lallement, comme on n’est pas dans le même camp, chacun sa merde. Il suffit de mettre les moyens policiers/judiciaires et supprimer les fonds, le problème serait réglé depuis longtemps.

  • Le confinement ayant plus trait à la danse païenne au culte de l’État qu’à une mesure scientifiquement validée* et pertinente, cela ne me choque pas plus que cela que certains le violent au nom d’une religion.

    C’est quelque part assez drôle : la nouvelle religion contre l’ancienne. Chacune d’entre elles ayant ses apôtres, ses prêtres, ses dogmes et ses rites …

    * Il est par contre beaucoup moins drôle de voir avec quelle facilité et quelle absence de preuves scientifiques, on viole les libertés individuelles de centaines de millions d’européens.

  • aux dernières nouvelle , la hiérarchie policière ordonne  » d’éviter le contact , la confrontation avec les perturbateurs ; en gros , laissez faire les voyous …..quand je pense que la béllouquet en a relâché 10 000 ….on n’est pas sorti du sable ….

  • Il serait intéressant à la fois de libérer l’économie et l’instruction mais aussi d’envoyer l’armée faire le ménage dans les citées.
    Ça enverrait un message clair: travaillez mais faites pas chier.

  • Il est plus que temps de s’inspirer des ‘cités’ pour reprendre en masse les plages de l’atlantique et les sentiers de montagne. C’est purement les mesures punitives.

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don
0
Sauvegarder cet article

par h16

S'il ne fait plus aucun doute que les confinements ruinent le pays, au moins ceux-ci permettent-ils d'imposer une belle période de calme et de tranquillité dans le pays qui en manque parfois : grâce aux décisions intelligentes du gouvernement, au moins la délinquance et la criminalité ont nettement cédé le pas sur tout le territoire qui redevient un havre de paix. Ou presque.

Oui, soyons honnête : il y a tout de même quelques endroits qui sont un peu plus rétifs au retour à l'ordre. Si le vivrensemble y est partout céléb... Poursuivre la lecture

Par Frédéric Mas.

Banlieues à l’abandon : Jean-Louis Borloo dénonce un « scandale absolu » dans un entretien exclusif au « Monde » #Abo https://t.co/AtDcf1y2Ub

— Le Monde (@lemondefr) 26 avril 2018

Jean-Louis Borloo avait été chargé en novembre 2017 par Emmanuel Macron de présenter un plan de bataille pour les banlieues. La tâche était lourde et l’ambition élevée, puisqu’il s’agissait pour l’ancien maire de Valenciennes, officiellement retiré de la vie politique, de « faire revenir la Républiq... Poursuivre la lecture

Vous savez, en France, malgré tout, tout est simple : vous travaillez, vous commercez gentiment, vous payez vos impôts et en échange, l’État fait régner la loi et l'ordre et tout va bien. C'est sur ce principe simple que repose le consentement à l'impôt, et c'est sur l'assurance d'un minimum d'ordre et de règles que la société arrive à fonctionner. Enfin, en principe.

Parce qu'en réalité, c'est nettement moins simple.

Par exemple, il serait inconcevable qu'en l'échange des douzaines et des douzaines de milliards d'euros levés en... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles