Ce qu’enseigne l’histoire des maladies infectieuses

L’Histoire nous apprend qu’en matière de maladies infectieuses, le génie humain, personnifié souvent par des figures hors normes, trouve toujours une parade, un remède. Le principe de précaution n’est pas de mise quand il y a urgence.

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Plague by Muffin Elfa(CC BY-NC 2.0)

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Ce qu’enseigne l’histoire des maladies infectieuses

Publié le 30 mars 2020
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Par Francis Richard.

L’histoire des maladies infectieuses montre comment peu à peu les Hommes ont trouvé des remèdes pour les traiter en refusant la pensée magico-religieuse qui est un leurre et n’a évidemment aucun effet sur elles.

La quarantaine

Au moment de la peste noire (1347-1351), les remèdes inspirés de croyances affaiblissent les organismes plutôt qu’autre chose, d’autant que l’origine de cette peste principalement bubonique reste inconnue.

La mortalité est très élevée. Seuls 50 à 70% des populations de l’époque survivent. Plus tard, en 1377, à Raguse, à titre préventif, les premières quarantaines seront appliquées à ceux qui viennent de zones infestées.

Le médecin des papes, Guy de Chauliac, contracte la maladie en soignant des malades. Comme il pratique la chirurgie, auparavant l’apanage des barbiers, il en réchappe en incisant lui-même ses bubons…

Ce n’est que plus de cinq siècles plus tard, en 1894, que le bacille de la maladie, qui est transmise à l’Homme par des puces de rongeurs, notamment les rats, est enfin découvert par le pasteurien Alexandre Yersin.

La peste, sous ses formes bubonique et pulmonaire, est aujourd’hui traitée par des antibiotiques, tels que la streptomycine, les tétracyclines et les fluoroquinolones, qui ne sont efficaces que si elles sont administrées à temps.

Les antibiotiques

En 1928, Alexander Fleming constate, à la suite de la contamination fortuite d’une culture, que la levure connue sous le nom de penicillium notatum empêche la croissance de certains microbes virulents.

À partir de cette découverte, il faut attendre 1940 pour que Howard Florey et Ernst Boris Chain réussissent à isoler la substance responsable, la pénicilline, mais en toute petite quantité, pas plus de 100 mg.

C’est aux États-Unis que la production industrielle de pénicilline se développe dès 1942 à partir d’une autre levure, le penicillium chrysogenum, qui en produit deux cent fois plus que celle découverte par Fleming.

Selman Waksman isole l’actinomycine en 1940 et la streptomycine en 1943, qui est le premier antibiotique efficace contre le bacille responsable de la tuberculose, découvert par Robert Koch en 1882.

La tuberculose, transmise par voie aérienne, est l’une des premières causes de mortalité dans le monde. Les tuberculoses multirésistantes sont traitées par une association de plusieurs antibiotiques.

Depuis 1945, nombre d’antibiotiques ont été découverts, produits industriellement et commercialisés, permettant ainsi de lutter contre de telles maladies infectieuses multirésistantes aux antibiotiques usuels.

Les vaccins

La variole est considérée comme éradiquée depuis 1980, grâce à la vaccination (le mot vient de vaccine). Celle-ci a pu être mise en oeuvre grâce à un médecin anglais, Edward Jenner, à la fin du XVIIIe siècle.

Jenner a constaté que les vachers ayant subi les atteintes de la vaccine, la variole des bovidés, maladie bénigne pour les humains, sont immunisés contre la variole des Hommes, maladie grave pour eux.

Il préconise une vaccination généralisée par transmission du matériel infectieux de la vaccine à l’Homme, alors que jusque-là elle était faite par variolisation, c’est-à-dire par contamination par une variole peu virulente.

La variole, apparue en Asie il y a 3000 ans, fut transmise en Europe, puis propagée par les colonisations. Jusque dans les années 1950, près de 50 millions de cas étaient enregistrés chaque année dans le monde.

La vaccination permet donc d’enrayer une maladie. Un autre exemple, celui de la poliomyélite, le prouve. Avant l’ère vaccinale, dans les années 1950, cette maladie touchait 600 000 enfants par an dans le monde.

Le lavage des mains

Au milieu du XIXe siècle, un médecin hongrois, Ignác Fülöp Semmelweis, travaille dans une clinique obstétricale de Vienne. Il constate que la fièvre puerpérale est plus fréquente dans une salle que dans une autre. 

Dans l’une, les accouchées sont examinées par les médecins et les étudiants et, dans l’autre, elles sont surveillées par une sage-femme. Il observe que les étudiants se rendent directement de la salle d’autopsie à la clinique.

Semmelweis acquiert la conviction que les étudiants communiquent ainsi du matériel pathogène. En les obligeant à se laver les mains dans une solution chlorée, il fait considérablement baisser la proportion de cas mortels.

Les idées de Semmelweis déplaisent à ses collègues qui obtiennent son congédiement. De retour à Budapest, il n’a guère plus de succès auprès du corps médical. Et il termine ses jours dans un asile d’aliénés…

Conclusion

Ces exemples montrent que les succès de la science médicale sont relativement récents et que rien n’est jamais définitif. Jean Starobinski en 1963 disait : « Si la maladie est aussi vieille que la vie, la médecine est une science jeune. » Ses propos restent d’actualité.

L’Histoire nous apprend qu’en matière de maladies infectieuses, le génie humain, personnifié souvent par des figures hors normes, se caractérise par :

  • une observation intelligente des faits,
  • une adaptation aux circonstances,
  • une mise en œuvre rapide des solutions quand elles émergent.

Bref, le principe de précaution, basé sur des risques hypothétiques non confirmés n’est pas de mise en la matière, non seulement quand il y a urgence, mais de manière générale, car il paralyse toute initiative qui pourrait être bénéfique.

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  • excellent article !
    cette mise en perspective , remet les pendules a l’heure..
    la nature a des principes de régulation ui nous forcent a la modestie

  • le principe de précaution pourrait se doubler d’un principe de prise de risque..

    • et il est assez remarquable qu’alors qu’aux yeux de l’histoire le progrès , la technologie et la connaissance ont été la bonne réponse aux épidémies,certains présentent la technologie comme le problème et le renoncement comme la solution..

  • et les droits-z-acquis se doubler de devoirs-z-acquis.

    Voeu pieux.

  • L’histoire des épidémies/pandémies nous enseigne aussi l’impact sur l’histoire humaine :

    – la dislocation progressive de l’empire romain
    – le développement/enracinement des religons eschatologiques
    – les mutations sociales (XIVe siècle en europe)
    – effondrement de la dynastie Ming
    – la colonisation des amériques (les microbes avaient place nette, exemple des pélerins du Mayflowers)

    et tout ce qu’on ne voit/sait pas faute de traces, d’ampleur plus locale ou diffuse (modification des rites funéraires).

    • pourquoi moins un??

      • peut-être mon indépendance d’esprit qui agace certaines personnes.. (comment on fait pour mettre un smiley ?)

        Est-ce que les mesures sanitaires prises comme le confinement sont un principe de précaution, une précaution ou de la prévention ? Je pencherai pour la prévention car si on avait agit par précaution nous n’en aurions (sans doute) pas eu besoin. Si on considère que le risque est mieux identifié dans la prévention.

        • Ce sont plutôt des mesures désespérées car on ne sait pas :
          – pourquoi on interdit certaines choses et on autorise d’autres
          – comment réagissent les populations (observance et effets néfastes)
          – quelle est la réduction effective du taux de contamination
          – combien de temps on les maintient et qu’est-ce qu’on fait après : (dépister et tracer les cas, fermer les frontières avec les pays où le virus est actif, continuer la distanciation …)

          • Après le retard à l’allumage, puis le manque de masques et de tests que faire d’autres.. ça permet de gagner du temps pour actionner la bureaucratie.

  • En période d’urgence sanitaire, la méthode scientifique reste inchangée : les faits sont établis en suivant les protocoles qui fondent la démarche scientifique. Il n’y a pas d’autres moyens d’accéder à une connaissance fiable. L’intuition, l’opinion ou le témoignage de patients ne peuvent devenir soudainement des méthodes valides. Ou alors, la moindre allégation non démontrée pourrait devenir vérité.

    Par contre, la décision relève d’autres paramètres. Elle doit se faire aujourd’hui en situation d’incertitude scientifique et se doit donc de considérer l’usage de traitements non encore validés, si elle estime que le rapport bénéfices sur risques, en considérant toutes ses dimensions, le justifie.

  • Les dernières recherches tendent à montrer que la Black Death du Moyen Âge, de 1347-1352, ne serait pas due à la peste bubonique, mais à un virus type Ebola, voir ici :
    https://mondesfrancophones.com/espaces/moyens-ages/un-mal-qui-repand-la-terreur/

  • Quand la peste a fait des ravages au XIVe ou la grippe au XXe siècle, on n’a pas eu besoin de statisticiens pour constater qu’il fallait mieux se tenir à l’écart des personnes malades.

    Le vrai progrès a commencé non pas quand des coupeurs de stat en quatre et des corrélateurs fous nous ont pondu des directives, mais quand on a découvert les baciles et les virus.

    On a un peu (beaucoup) trop tendance à confondre la science avec ses outils et les scientifiques avec les bricoleurs de données.

    • « Le vrai progrès a commencé … quand on a découvert les baciles et les virus. »

      Non, je ne crois pas. Les effets des bacilles et virus ont été constatés et combattus bien plus tôt qu’on ait découvert les causes.
      – les quarantaine,
      – le nettoyage des mains
      – le traitement des eaux
      – le combat contre les vecteurs (rats…)
      – et même la vaccination

  • Merci pour cet article.
    Exactement ce que je pense du principe de précaution surtout en période de crise. Par principe ce sont les hors de la pensée commune qui font avancer les choses surtout s’ils ont l’esprit assez ouvert pour avoir un principe de critique envers leurs propres arguments.
    Notre protection est l’ouverture d’esprit, pas le dogmatisme.

  • « le principe de précaution, basé sur des risques hypothétiques non confirmés n’est pas de mise en la matière »

    Le principe de précaution, loi inutile voire nocive en temps normal puisqu’elle est une source majeure d’impréparation et d’inadaptation, devient criminel en situation d’urgence. Quand on a un homme à la mer, on ne vérifie pas si la bouée est conforme aux dernières normes à la mode.

    • Vous n’y pensez pas ! L’homme pourrait s’étrangler et s’étouffer avec une bouée dont le diamètre n’a pas été validé par plusieurs études randomisée en double aveugle et surtout publiées dans des revues prestigieuses.

    • certes..mais ne dites pas que vous lui jetez une bouée..vous lui jetez dans le cas d’espèce un truc.. qui pense t on ne lui fera pas de mal..

    • C’est diffamatoire tout ceci…Est encore plus criminel celui qui raconte des fadaises..C’est sûr que lui balancer une bouée percée ne va pas l’aider beaucoup…!!! ( c’est pour le Plaquenil qui vient d’envoyer en réa et ad patrès des zélateurs non avertis du GRAND SPECIALISTE DU MIDI)

  • Les commentaires sont fermés.

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