Coronavirus : l’urgence de combattre le virus des idées fausses

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Pouvons-nous raisonnablement anticiper l’ampleur de la récession ? Découvrez l’avant-propos de l’étude de Serge Schweitzer, qui sera répartie en 4 discussions.

Par Serge Schweitzer.

Depuis que chacun est amené à pouvoir émettre son opinion sur tout il fallait s’attendre qu’à l’occasion d’un événement spectaculaire le phénomène devienne apparent, tangible, palpable, sinon même aveuglant.

Devant le Niagara d’informations irriguant tous les canaux d’information possibles l’avis d’un professeur de médecine vaut celui d’un journaliste, mais ne pèse pas plus lourd, et le point de vue d’un parlementaire ignorant tout de l’infectiologie et de la virologie vaut autant que les préconisations d’un urgentiste chevronné.

Nous touchons les dividendes amers du déclin continu du statut de la démarche scientifique sous le prétexte gravement erroné qu’en démocratie chacun peut avoir son avis et se doit désormais, par le biais des réseaux sociaux, de nous le communiquer.

Le brouillard des concepts les plus clairs est tel qu’il amène par exemple le président de la République à terminer son intervention solennelle par un retentissant « Vive la République » dont on se demande bien la signification ici et maintenant et à propos d’une intervention toute entière consacrée au Covid-19 et pas par exemple à une intervention de nos armées, ce qui alors se justifierait amplement.

La forme du régime va mieux nous épargner ?
La République va assurer le comportement responsable de chacun ?
Le virus reculera à l’idée de ternir la République s’attaquant en priorité aux monarchies, régimes autoritaires ou dictature communiste chinoise.

Bref que vient faire la République là où la seule cohorte qui compte pour nous guider est celle des savants. Ce propos n’est qu’un exemple parmi le tsunami de sottises sidérante si l’on veut bien mener une réflexion et non pas succomber à l’hystérie majoritaire qui oscille entre les enfantillages désormais quotidiens à haut bruit de 20 heures et une désinformation qui permet à coup sûr le pronostic suivant : quel que soit le nombre de décès, les conséquences dans les têtes et les comportements sont et seront plus dévastatrices que le virus lui-même. Décidément, mais c’est la une banalité, le virus des idées fausses est le plus pernicieux d’entre eux.

Essayons d’éclaircir les idées et d’en hiérarchiser quelques-unes.

  1. La notion de guerre est-elle correcte pour caractériser une situation épidémique ?
  2. Est-il fondé de subordonner la science à la politique ?
  3. Le virus sera-t-il éradiqué grâce à l’État s’arrogeant des pouvoirs exceptionnels ?
  4. Enfin, pour parodier Keynes en détournant simplement l’ultime mot de son célèbre ouvrage de 1920 on pourra s’interroger sur les conséquences économiques de la « guerre » (virale).

D’une part peut-on raisonnablement anticiper l’ampleur de la récession ? Les conséquences économiques de l’arrêt du pays seront-elles comparables à 1929, voire pires ? L’analyse économique donne-t-elle des outils pour juger et prévoir au moins à grands traits ?

D’autre part quelles thérapies ? L’État doit il massivement intervenir ? Y a-t-il des précédents pour nous guider : 1929, 1987, 2008 ?

Tels sont les quatre thèmes sur lesquels ici un peu moins d’ignorance, là une grande probité intellectuelle, là encore beaucoup d’humilité, là enfin la confrontation des opinions doivent permettre un large accord, du moins pour ceux pour lesquels la science dépasse, surpasse et enveloppe l’idéologie.

À ce propos précisons dès l’abord un point : nous serons appelés à plaider pour la primauté absolue de la démarche scientifique quand il s’agit justement d’un problème scientifique, ici en l’occurrence d’un problème médical. Cela ne signifie pas une adhésion au Saint-Simonisme, ni selon l’heureuse expression de Jean-Yves Naudet à une scientocratie.

Enfin la dernière précaution consiste à respecter In medio stat virtus.

Ce n’est point manque de convictions ou de virilité intellectuelle que de constater que décidément l’idéologie et l’exagération ne sont pas de précieuses auxiliaires. Ainsi par exemple pouvons-nous contester la notion de guerre ou les propos sur les nationalisations temporaires, ou même la gestion de l’infrastructure hospitalière sans tomber dans le systématique : « Tout est de la faute de nos dirigeants politiques et de toutes façons tout va mal et rien ne marche.»

Enfin il nous faut écrire la chose suivante : comme qui parlant du Covid traiterait de façon exhaustive, tel ne sera bien sûr pas le cas, tant des quatre sujets supra et de bien d’autres encore, je n’aurais de toutes façons traité que d’une toute petite partie car il resterait tant à écrire, savoir et méditer.

Ainsi c’est bien sous le signe de la modestie que veut s’abriter cette réflexion somme toute, à bien y regarder, fort banale, mais rendue peut-être originale, voire inattendue à l’esprit du temps fait ici d’inculture, là de hâte, là encore de détournement de concepts, là enfin d’un conformisme navrant, chacun singeant l’autre, imité par le troisième donnant le La au quatrième… dans une répétition en boucle sans fin des âneries les plus grossières et consternantes.

Et surtout parce que nous émettrons des opinions dissidentes, que l’on nous épargne le sempiternel couplet sur l’union sacrée qui est la tunique de Nessus empêchant toute discussion sérieuse, le cadeau empoisonné qui restreint le débat à la couleur du cheval blanc d’Henri IV ou à des discussions sans fin sur des sujets aussi centraux que « peut-on encore utiliser les masques stockés du temps de madame Bachelot » promue sur BFM (on cite) dans une posture de prophétesse…

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