Faut-il faire confiance aux scientifiques… ou à la science ?

Photo by Rowena Waack (CC BY-NC-ND 2.0) — Rowena Waack, CC-BY

Le manque de culture scientifique est criant en France, même au sommet de l’État, qui pourtant prend des décisions dans le domaine médical, décisions qui s’appliqueront à nous tous.

Par Margot Arold.

Les hommes peuvent se tromper en interprétant. La science, elle, ne ment pas. Ce sont des chiffres, des faits.

Le chef de service d’infectiologie de l’hôpital Tenon déplore que l’ « on » ait minimisé les risques de COVID-19 en le comparant notamment à la grippe. Des scientifiques se seraient-ils « trompés » ?

Pas de panique !

Qu’un politicien, quel que soit son niveau, vous explique doctement qu’il ne faut plus sortir de chez vous, mais que vous pouvez aller voter sans risque est en soi une hérésie. Un scientifique mal informé (et il y en a…) est aussi dangereux qu’un politicien qui l’écoute.

« Je demande ce soir à toutes les personnes de plus de 70 ans, qui souffrent de maladie chronique, de troubles respiratoires, de rester autant que possible à leur domicile ».

« J’ai interrogé les scientifiques sur les élections municipales. Ils considèrent que rien ne s’oppose à ce que les Français, même les plus vulnérables, se rendent aux urnes ». (discours d’Emmanuel Macron, jeudi 12 mars 2020)

Les politiciens (et les quelques scientifiques qui les conseillent) ont-ils eu peur de la peur ? Peur de créer la panique dans la population.

Ce n’est pas un raisonnement scientifique, c’est une réaction humaine, qui laisse place à l’émotion. On « minimise » pour ne pas affoler, pour garder le contrôle. Or sans céder au catastrophisme, il est possible d’adopter une attitude objective et saine : dire la vérité à sa population, c’est lui permettre d’être informée et donc d’être responsable.

Plutôt que de dire « les masques ne servent à rien » (et voyez ça tombe bien, il n’y en a plus…)1, discours qui se comprend aisément et favorise les comportement risqués, n’aurait-il pas été plus honnête de dire qu’il n’y a plus de masques alors que cela serait bien utile, et que, donc, il faut chercher à éviter la promiscuité au maximum ? Quelle panique cela engendrerait-il ? A part d’obliger la population à prendre conscience du danger ?

Garder le contrôle sur la manière d’informer, ainsi que cela a été fait au début de l’épidémie, laisser dire qu’il s’agissait d’une « petite grippe », laisser de côté le fait que le lanceur d’alerte chinois n’était pas un « vieux » et est pourtant mort en peu de temps, fait bien plus de dégâts à long terme que cela n’a pu apporter de bénéfices à court terme : les Français finiront par ne plus croire au discours officiel, ni à la communication faite dans les médias. Ils minimiseront les risques, ne prendront de précautions.

Et pourquoi en prendre, quand le discours officiel, étayé par « des » scientifiques, n’est pas en mode alerte rouge ?

Science, scientifiques, prévisions

Faire des prévisions, ce n’est pas de la science, c’est de l’interprétation. On peut utiliser des outils mathématiques pour modéliser un avenir incertain, mais cela ne peut pas dicter une conduite à tenir immédiate, car il subsiste trop d’inconnues. Par exemple, un système de santé différent, une population de culture différente, une manière différente d’anticiper le risque, etc.

De plus les publications internationales sont en anglais (et dans le cas de COVID-19, en chinois). Soit on se contente de lire « les nôtres », franco-françaises, qu’on comprend, dans l’entre-soi et la gargarisation du meilleur système de soins du monde. Au risque de laisser de côté les chiffres, les données d’autres pays.

Soit on s’éduque, on lit soi-même les informations sans attendre qu’elles nous soient délivrées clefs en main, dans un prêt-à penser qui arrange bien tout le monde : l’État parce qu’il peut dire ce qu’il veut, personne n’ira vérifier ; le public parce qu’il s’évite l’effort de devoir lire, en anglais2.

Le manque d’éducation scientifique et d’esprit critique, en France, est en cette période d’épidémie, une catastrophe. Cela laisse place à toutes les informations non scientifiques ou biaisées que peu de gens sont en capacité de vérifier. Se contenter d’écouter les médias (subventionnés) pour prendre ensuite des décisions qui concernent votre vie (et dans le contexte, votre mort) vous fait prendre un risque.

Rester objectif et pouvoir faire des choix éclairés

La jeune génération doit être éduquée à l’esprit critique. Cela passe par une connaissance des mathématiques, des langues, de la science, de l’économie, de la biologie.

On gagne toujours à pouvoir lire un texte en version originale. Il en est de même avec les données médicales, scientifiques. On gagne toujours à pouvoir les lire sans avoir besoin de passer par un traducteur, un scientifique qui les interprétera, un politicien qui les minimisera, voire un média qui les simplifiera en les déformant.

Bien entendu, cela est difficile. Alors au moins, sachons regarder une information en repérant d’où elle vient, c’est le premier pas vers une lecture critique de l’actualité.

Le manant du Moyen-Âge, qui n’avait pas accès à l’écriture -ni aux Écritures- devait se contenter d’une version racontée par un tiers. L’accès direct au texte a permis à des individus d’accéder à davantage de liberté intellectuelle, donc à pouvoir faire leurs choix de manière plus éclairée.

Le manque de culture scientifique est criant en France, même au sommet de l’État, qui pourtant prend des décisions dans le domaine médical, décisions qui s’appliqueront à nous tous.

Il n’y aura aucune liberté de choix possible pour des esprits dépendants, qui ne prendraient de décision que celle dictée par un autre que soi : que cet autre soit une personne, un parti, un État, peu importe. Lisez, vérifiez, apprenez : c’est la seule façon d’être libre de vos choix… éclairés.

  1. Expression dévoyée par des politiciens, qui ont déformé les données de la science qui sont : « le masque n’est pas suffisant ».
  2. Pourtant, à l’heure d’internet et des traducteurs automatiques, il est de plus en plus facile de lire dans une autre langue.
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