Vive la République. Vive le savon.

Savon extra pur by Alvaro (CC BY-SA 2.0) — Alvaro, CC-BY

par h16

Soyons honnête, l’actuel quinquennat n’aura pas été spécialement simple : pour quelqu’un qui est passé d’inconnu à challenger et qui est parvenu à se faire élire président de la République, cela n’a pas empêché Macron de se cogner les Gilets jaunes, une pandémie et, très probablement, une récession d’ici la fin de cette année. Et nous ne sommes qu’en mars.

Et avec cette crise du coronavirus, le président de la République se devait de nous pondre un discours indispensable à requinquer les énergies vives de la Nation, à la motiver pour le combat qui l’attend, et à lui donner des perspectives pour un futur qu’on comprend déjà rocailleux alors que les mauvaises nouvelles s’amoncellent.

Ce qui a donné un discours lunaire où se sont mélangés quelques indispensables mesures de bon sens, malheureusement fort tardives, avec une panoplie de bricolages invraisemblables et un incroyable sens du grandiloquent où le président a clairement pété les élastiques dans une décontraction calculée.

Sans s’attarder trop sur les passages vaguement insultants à l’intelligence de l’électeur moyen où notre président nous a félicités de bien nous laver les mains – et a même expliqué comment procéder (avec du savon, hein, les amis, avec du savon !), notons que pour les mesures de bon sens, outre l’encouragement et l’accompagnement des recherches médicales sur les traitements à apporter contre le coronavirus, il y a bien sûr la fermeture de l’ensemble des établissements scolaires, depuis les crèches jusqu’aux universités. C’était indispensable et nécessaire.

À ce sujet, je ne peux que vous encourager à prendre connaissance de cette étude sur l’impact de ce genre de mesures (et des mesures de fermeture plus larges encore comme les cinémas, les spectacles, les congrégations, offices religieux, administrations etc.) pendant la pandémie de grippe espagnole de 1918 dont on estime qu’elle fit alors 50 millions de morts et qui constitue un excellent point de repère ce qu’on peut envisager de faire pour contrer l’actuelle.

Les conclusions de cette étude sont limpides : le fait de fermer tous les lieux publics aura permis de réduire très significativement le nombre de personnes infectées et le nombre de morts.

Autrement dit, la situation est grave mais seulement à partir de lundi.

Bref, de nombreux jours ont été perdus en France (et dans d’autres pays européens) pendant lesquels le virus a continué à se répandre partout, d’écolier en écolier, d’enfant à parent, d’étudiant en étudiant ! Combien, au bout de ces infections, de personnes se retrouveront intubées entre la vie et la mort (même quelques pour-cents, sur des dizaines de milliers d’individus, cela finit par faire un paquet de lits occupés, mine de rien) ? Combien de personnes âgées seront condamnées par manque de matériel précisément parce qu’on préférera l’utiliser pour une personne plus jeune qui n’aurait pas été infectée si les établissements avaient été fermés plus tôt ?

Ici, l’attente, l’indécision, la mollesse se traduisent par des morts (des dizaines, des centaines de morts).

C’est exactement la même chose avec les transports en commun qui sont de véritables incubateurs pour ces virus et dont l’usage prolongé va permettre aux rares personnes qui n’étaient pas déjà contaminées de l’être enfin.

Nous avons eu droit à ces passages étranges, oscillant entre le réalisme salutaire en ces temps de pandémie où le chef de l’État a enjoint les personnes âgées à se calfeutrer chez elles pour se protéger, et l’idée paradoxale où il s’est félicité de voir des médecins retraités (donc plutôt âgés) sortir et courir au devant des malades infectieux pour aider le corps médical déjà épuisé, tout en conservant le scrutin de dimanche prochain (!) qui, par nature, attire plutôt les personnes âgées qui auront tout le loisir de se partager leurs miasmes autour d’une urne citoyenne. Pardonnez moi l’expression mais c’est complètement con.

Bien sûr, on comprend que l’idée est à la fois de protéger les uns et utiliser les forces encore disponibles des autres, mais conserver les élections de ce dimanche est parfaitement homicide : c’est l’exemple type d’événement où les gens s’assemblent, se retrouvent, discutent même, manipulent papiers, stylos, enveloppes, dans un endroit clos qui contiendra donc des aérosols humides remplis de virus.

Là encore, cette non-décision de report, ce manque de courage et de fermeté va se traduire, très directement, par à la fois une abstention élevée et malgré tout de nouveaux décès.

Enfin, il sera difficile de passer au bleu les mesures économiques que Macron entend prendre pour accompagner les entreprises qui devront affronter les longues semaines prochaines alors que le commerce mondial s’effondre et que les familles feront absolument tout pour ne surtout pas entrer en relation avec les autres. Pour cela, Macron a été très clair : aucune limite ne sera imposée pour que l’État vienne en aide à toutezétousses. Par exemple, il prendra en charge l’indemnisation des salariés contraints à rester chez eux, les ponctions de l’Occupant intérieur seront gracieusement temporisées, et, on s’en doute, de nouvelles injections monétaires, subventions et autres tubulures financières seront trouvées dont le diamètre ne saura souffrir d’aucune limite…

Ainsi, si le virus vous épargne, il est probable que la tempête fiscale qui suivra dans les mois prochains vous achèvera. Si ce n’est pas vous, ce sera votre entreprise et si ce n’est pas votre entreprise, ce sera votre banque puisque pour le chef de l’État, rien ne sera trop beau pour sauver les meubles. Et si tout ça ne suffit pas, les idées macronesques en matière de gouvernance française, européenne puis mondiale suffiront à vous réjouir puisqu’une grosse dose de socialisme supplémentaire est déjà prête à sortir du carton

Il y a une semaine, Macron nous expliquait alors qu’il fallait continuer de vivre comme d’habitude. Une semaine, 1900 cas avérés et 45 morts de plus, il commence à comprendre que ce qui s’est passé en Chine et s’est passé en Italie va, incroyablement (surprise !), se passer aussi en France ! Oh !

Mais heureusement, nous avons du savon.


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