Le risque coronavirus peut-il se transformer en opportunité climatique ?

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La décroissance économique liée au coronavirus, même si elle est une source de réduction de GES, peut-être socialement plus dramatique que les conséquences du réchauffement climatique lui-même.

Par Philippe Charlez, expert en questions énergétiques à l’Institut Sapiens.

Depuis une semaine, le coronavirus que l’on croyait à peu près confiné en Extrême-Orient s’est massivement invité en Europe.

L’Italie a d’abord été touchée avec aujourd’hui près de 1000 cas recensés. En France, on a dépassé les 200 cas. D’asiatique, l’épidémie est devenue mondiale. Certains scientifiques annoncent qu’entre 40 % et 70 % de l’humanité pourrait-être infectée ! Et le problème n’est pas que sanitaire.

La peur d’un crash économique

La pandémie fait craindre aux plus pessimistes un crash économique mondial. En une semaine, les places boursières au plus haut ont dévissé. L’économie commence à tourner au ralenti, non seulement sur le plan mondial mais aussi sur le plan national, régional et local. En France, le salon de l’agriculture et le carnaval de Nice ont été écourtés, le semi-marathon de Paris supprimé.

Les rassemblements ont été interdits dans les communes les plus touchées. Les écoles y sont fermées et les parents encouragés à garder leurs enfants à domicile. Quant aux entreprises elles restreignent les longs déplacements et conseillent à leurs salariés le télétravail.

Si l’épidémie s’étend et perdure durant les semaines ou mois à venir, le gouvernement pourrait annuler les élections municipales, imposer la fermeture de nombreux lieux publics (cafés, restaurants, cinémas, théâtres, musées), annuler de grandes manifestations comme les matches de ligue 1 mais aussi le contrôle air/mer/terre des frontières avec une restriction importante du trafic avions/bateaux/camions.

Pour la première fois depuis le Front Populaire, les vacances d’été pourraient-elle être annulées ? Pourrait-on assister à l’absence d’embouteillages entre juilletistes et aoûtiens et à des stations balnéaires vides, à des paquebots restant à quai et des avions cloués au sol ? On peine à l’imaginer et pourtant tout semble aujourd’hui possible, l’épidémie de panique semblant prendre le pas sur la crise sanitaire elle-même.

Les conséquences des restrictions, bénéfique pour le climat ?

L’ensemble de ces restrictions aura deux conséquences majeures.

D’une part une récession économique peut-être sans précédent avec tous les effets imaginables en termes d’accroissement de dette, de pertes d’emplois, de niveau de vie et même de niveau de développement.

Mais de l’autre, les restrictions auront un effet spectaculaire sur les émissions de gaz à effet de serre qui, pour la première fois depuis la crise des subprimes, pourraient baisser de façon significative.

Serions-nous en train de tester « en vraie grandeur » le modèle prôné par certains mouvements écologistes et jeunistes issus du phénomène Greta Thunberg : la réduction des émissions via la décroissance économique ?

Cette expérience inédite devrait avoir certains effets positifs. Montrer d’une part que la décroissance économique, même si elle est une source de réduction de GES, peut-être socialement plus dramatique que les conséquences du réchauffement climatique lui-même. Et d’autre part, inculquer que modifier ses comportements énergétivores pour devenir plus sobre ne signifie pas pour autant renoncer à l’essentiel.

Si tel était le cas, le risque coronavirus se sera transformé en opportunité climatique.

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