Coronavirus : la crise chinoise qui risque de ralentir l’économie mondiale

La Chine organise-t-elle la faillite du yuan By: Adrian Korte - CC BY 2.0

La Chine doit démontrer qu’elle peut rapidement remettre en ligne ses chaînes de production. Telle est la double attente des industriels et des marchés financiers.

Par Mariem Brahim et Hassan Ben Janena1.

À peine l’horizon économique s’était-il éclairci grâce au répit dans la guerre commerciale sino-américaine avec la signature d’un accord préliminaire le 15 janvier dernier, et la baisse des tensions entre Washington et Téhéran, qu’une crise sanitaire a éclaté.

La Chine est désormais complètement paralysée par l’épidémie de ce fameux coronavirus apparu en décembre 2019 sur un marché de Wuhan. Son bilan s’alourdit de plus de 1700 morts. L’OMS a déclaré une urgence de santé publique de portée internationale, alors que l’État chinois essaie tant bien que mal d’endiguer la colère de sa population car, contrairement à 2003 avec l’épidémie du SRAS, il a fait des progrès en matière de transparence et de mesures de prévention.

Or, aujourd’hui, le poids économique de la Chine est tout autre. Le ralentissement de l’activité économique de la deuxième puissance économique mondiale (19,25 % du PIB mondial) ne peut qu’avoir d’immenses répercussions à l’échelle de la planète. Jamais les chaînes d’approvisionnement n’ont été si tendues. Autrement dit, nous sommes bien en train de passer d’une crise sanitaire à une crise économique.

 

L’économie chinoise au ralenti

En Chine, où l’économie donne l’impression d’être plus ou moins à l’arrêt, c’est d’abord le secteur des services (restauration, transports, tourisme) le plus touché, en raison des restrictions de déplacements et la nécessité de minimiser les contacts.

C’est significatif : les festivités du Nouvel An lunaire ont été annulées. Plusieurs villes sont interdites d’accès. Des vols internes et vers l’étranger sont suspendus. United Airlines, Air France ainsi que d’autres compagnies aériennes ont annulé leurs vols vers la Chine.

Des bateaux de croisière transportant des milliers de passagers mouillent en quarantaine au large du pays. Les États-Unis interdisent l’entrée sur leur territoire de tout étranger ayant séjourné en Chine. De leur côté, Ikea, McDonald’s et Starbucks, pour lesquels la Chine est le second marché mondial, ont fermé leurs magasins et points de vente.

Dans les usines enfin, l’absence des travailleurs infectés, les quarantaines et les retards de transport impactent la productivité. Cela signifie que le rebond économique attendu, suite à l’accord commercial entre les États-Unis et la Chine, ne peut se dessiner.

 

Une possible rupture dans la chaîne des valeurs

Les entreprises du pays qui tiennent un rôle central dans bien des chaînes de valeur sont à la fois clientes et fournisseurs de très nombreuses entreprises dans le monde. L’État chinois tente de rassurer ses partenaires commerciaux mais rien ne semble y faire.

Ainsi plusieurs entreprises américaines et européennes s’inquiètent-elles de possibles pénuries d’approvisionnement : pièces automobiles, médicaments mais surtout matériels électroniques. Actuellement, les secteurs de la technologie, de l’électronique et de l’automobile sont donc les plus vulnérables.

La ville de Wuhan dans la province du Hubei, le point de départ de l’épidémie, est ainsi un centre industriel de première importance, une sorte de Detroit chinois, où les chaînes de l’industrie automobile sont interrompues.

On s’inquiète pour Foxconn, le principal fournisseur de composants électroniques dans le monde qui y dispose de plusieurs unités de production.

Apple, qui monte à Wuhan une partie de sa production d’iPhone, a déjà averti que le verrouillage de la province pourrait avoir un impact sur ses résultats du premier trimestre.

Faute d’approvisionnement, le français PSA a mis ses trois usines chinoises à l’arrêt. Renault, Nissan, Honda et Tesla emboîtent le pas. L’un des plus grands fabricants de pièces automobiles au monde, Robert Bosch GmbH, a fermé deux de ses usines dans la région. Hyundai vient de stopper sa production sud-coréenne car plus de pièces chinoises.

Dans ce monde approvisionné à flux tendus, les constructeurs automobiles américains et européens estiment qu’ils sont à trois ou quatre semaines de manquer de fournitures chinoises. L’industrie automobile américaine y achète par exemple 15 % de ses composants. Si la crise se poursuit Fiat Chrysler évoque un possible arrêt de production dans l’une de ses usines européennes.

La Chine est le plus grand exportateur de produits intermédiaires, de sorte que sa capacité à perturber la production mondiale est importante. Si les usines chinoises restent hors ligne pendant quelques semaines, tous ces constructeurs devront revoir à la baisse leurs objectifs.

De plus en plus sophistiquées, les chaînes d’approvisionnement ont mis une décennie à s’optimiser. Trouver en si peu de temps des alternatives pour la fabrication de composants industriels relève de la gageure.

La Chine doit donc démontrer qu’elle peut rapidement remettre en ligne ses chaînes de production. Telle est la double attente des industriels et des marchés financiers.

 

Chute de la demande chinoise de matières premières

Très dépendantes de la Chine pour leurs exportations, les économies émergentes sont aussi les premières victimes collatérales de l’épidémie de coronavirus.

La Chine consommant plus de 10 % de la production mondiale d’or noir, ce sont les pays producteurs de pétrole et notamment la Russie qui souffrent le plus car depuis le début de l’épidémie les importations chinoises de brut sont en chute libre, passant de 11 millions de barils par jour à un peu plus de 7 millions début février. La demande chinoise de brut a reculé de 20 % depuis les mesures décrétées par Pékin pour lutter contre la propagation de l’épidémie. L’OPEP a du reste revu à la baisse (- 19 %) sa prévision de croissance de la demande de brut pour l’année en cours.

L’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) prévoit une diminution quotidienne de 365 000 barils concernant la croissance de la demande de brut pour 2020. La production stagnerait à 825 000 barils par jour, soit la plus basse progression de la demande depuis 2011. C’est dire que le cours du pétrole s’est effondré de 10 % en une semaine.

Il en est de même pour le cuivre (- 10 %) dont les achats chinois ont faibli au grand dam du Chili et du Pérou. La Chine représente, aujourd’hui, 50 % de la demande mondiale d’acier, si bien que la Corée du Sud et la Malaisie sont pénalisées. Le zinc et l’aluminium présentent la même problématique.

Le Brésil est particulièrement touché car près de 30 % de ses exportations sont destinées à la Chine qui lui consacre 43 % de ses achats en soja, 23 % en pétrole et 17 % en minerai de fer.

Or, cette chute de la demande ne touche pas seulement les pays émergents ou voisins (Corée du Sud, Japon). Tous les pays fournisseurs sont impactés. La Chine est ainsi le troisième client de l’Allemagne, derrière la France et les États-Unis. Pour ce qui concerne la France, l’horizon est peut-être moins inquiétant sur le plan des ventes car elles ont été jusque-là assez limitées.

Certes, les ventes aéronautiques sont importantes mais il s’agit de contrats à long terme qui seront peu affectés. En raison du goût effréné des Chinois pour le luxe, cette industrie, un des points forts du tissu productif français, devrait néanmoins ressentir quelques contrecoups à court terme.

Enfin, sur un plan purement intérieur, le secteur du tourisme sera touché. Comment les 4 milliards de dollars écoulés en France par les touristes chinois pourront-ils être atteints cette année ?

 

Inquiétude ou panique sur les marchés financiers ?

Autant de questions ou même de perspectives qui inquiètent les investisseurs. Ainsi les bourses chinoises de Shanghai et de Shenzhen ont-elles chuté.

L’indice composite shanghaïen a clôturé sur une chute de 7,72 % pour arriver à 2746,61 points. La Bourse de Shenzhen, deuxième place de Chine continentale, se repliait de 8,41 % à 1609 points. Leur plus forte baisse depuis le krach boursier de l’été 2015. Le yuan, quant à lui, s’est échangé à son niveau le plus faible en un an. Sachant que le rebond attendu de l’économie mondiale semble s’effacer, les bourses occidentales ont, jusque-là, plus ou moins résisté. Pour combien de temps ?

 

  1. Mariem Brahim, PhD, est enseignante-chercheuse à l’ESLSCA Business School Paris et Hassan Ben Janena Hassan Ben Janena est Professeur d’économie à l’ISG de Sousse en Tunisie.
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