Chômage : une baisse, mais des chiffres fallacieux

Le chômage baisse et c’est tant mieux. Mais nous ne travaillons plus beaucoup en France, et nous cherchons à le cacher. Les chiffres ne mentent pas et ils expliquent nos faiblesses.

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Chômage : une baisse, mais des chiffres fallacieux

Publié le 15 février 2020
- A +

Par Jean-Philippe Delsol.
Un article de l’Iref-Europe

Le chômage baisse en France et c’est évidemment très satisfaisant. Il est vraisemblable d’ailleurs que ces résultats sont en partie dus aux réformes du droit du travail engagées depuis deux ans et peut-être aussi à l’institution du PFU, la flat tax française à 30 % sur les revenus mobiliers qui a encouragé l’initiative.

Aussi imparfaites que soient les orientations de la présidence d’Emmanuel Macron, dont le libéralisme d’État repose sur cet oxymore et relève d’une incongruité inquiétante, elles ont infléchi la politique en faveur des entreprises.

Toutefois le chômage reste élevé par rapport aux autres pays les plus développés de l’OCDE

L’OCDE calcule des taux de chômage harmonisés en considérant comme chômeurs les individus en âge de travailler mais sans travail, disponibles sur le marché du travail et ayant accompli des démarches spécifiques pour en trouver. Le taux est ainsi égal au nombre de personnes au chômage en pourcentage de la population active et est désaisonnalisé. La population active est définie comme le nombre total de personnes au chômage plus la population active civile occupée.

Sur cette base, le taux de chômage de la zone OCDE était stable à 5,2 % fin 2019 quand il était encore à 8,4 % en France, à des niveaux de plus de deux à trois fois supérieurs à ceux des États-Unis (3,5 %), du Japon (2,2 %), du Royaume-Uni (3,5 %) ou de l’Allemagne (3,2 %). Seuls quatre pays de l’OCDE font moins bien que la France : l’Italie, l’Espagne, la Turquie et la Grèce.

Pour la France, l’OCDE ne décompte que 2 486 000 chômeurs de catégorie A fin 2019 par rapport à une population active de 29,558 millions, soit un taux de chômage estimé à 8,4 %. Mais en réalité le nombre de chômeurs recensés par Pôle emploi à la même période en catégorie A est de 3,308 millions, soit un taux de chômage de 11,19 % voire de 18,4 % si on inclut dans les chômeurs les catégories B et C, ce qui ne paraîtrait pas anormal au regard de la définition de ces catégories qui concernent toutes des personnes en recherche d’emploi :

Catégories de demandeurs d’emploi

  • Catégorie A : personne sans emploi, tenue d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi, à la recherche d’un emploi quel que soit le type de contrat (CDI,CDD, à temps plein, à temps partiel, temporaire ou saisonnier)
  • Catégorie B : personne ayant exercé une activité réduite de 78 heures maximum par mois, tenue d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi
  • Catégorie C : personne ayant exercé une activité réduite de plus de 78 heures par mois, tenue d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi

Le taux d’emploi en France est relativement l’un des plus modestes des pays développés

L’importance du chômage, et plus largement du non-travail en France, est d’ailleurs avérée au travers des chiffres de taux d’emploi qui mesurent l’utilisation des ressources de main-d’œuvre disponibles.

Ce taux est calculé en divisant le nombre d’actifs occupés (les personnes de 15 ans et plus qui, durant la période de référence, déclarent avoir effectué un travail rémunéré pendant une heure au moins ou avoir occupé un emploi dont elles étaient temporairement absentes) par le nombre de personnes en âge de travailler, soit celles de 15 à 64 ans.

Cet indicateur est désaisonnalisé et est mesuré en milliers de personnes âgées de 15 ans et plus, et en pourcentage de la population en âge de travailler Or le taux d’emploi en France est relativement l’un des plus modestes des pays développés :

Selon les statistiques de l’OCDE, fin 2019, les taux d’emploi étaient :

Dans l’Union européenne (28 pays), T3-2019 : 69,3 % de la population d’âge actif ;

  • Portugal, T3-2019 : 70,8 %
  • Aux États-Unis, T4-2019 : 71,7 %
  • Lettonie, T3-2019 : 72,7 %
  • Lituanie, T3-2019 : 72,9 %
  • Royaume-Uni, T3-2019 : 75,0 %
  • Allemagne, T3-2019 : 76,8 %
  • Suède, T3-2019 : 77,0 %
  • Nouvelle-Zélande, T4-2019 : 77,3 %
  • Japon, T4-2019 : 78,1 %
  • Pays-Bas, T3-2019 : 78,2 %
  • Suisse, T3-2019 : 80.5 %
  • Islande, T3-2019 : 82,7 %
  • France, T3-2019 : 65,2 %

La richesse est en large partie fonction du travail productif de la population et le taux d’emploi souligne le niveau d’activité des uns par rapport aux autres.

Il faudrait encore prendre en compte et comparer le nombre moyen d’heures annuelles travaillées, désignant, pour une période annuelle donnée, le nombre total d’heures effectivement travaillées divisé par le nombre moyen de personnes ayant un emploi. Or ce ratio est relativement faible dans les pays de la vieille Europe qui travaillent peu.

Certes, il faudrait en même temps relativiser ce temps de travail avec le niveau de développement de chaque pays et la productivité moyenne du travail dans chacun d’eux. Il reste que l’écart est important entre pays qui devraient être proches : l’Allemagne et la France avaient respectivement en 2018 un nombre d’heures moyennes ouvrées par travailleur de 1363 et 1520, tandis que ces mêmes indicateurs étaient sur la même année de 1708 au Canada et 1786 aux États-Unis.

Nous ne travaillons plus beaucoup en France, et nous cherchons à le cacher. Mais les chiffres ne mentent pas et ils expliquent nos faiblesses. Le retour de la croissance ne se suffira pas de minuscules réformes pour libérer l’économie et la société.

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  • Forte baisse du chômage. Mais sans compter le halo… C’est quoi le halo?
    « L’Insee divise le halo ( 1 700 000 personnes ) en trois composantes: – les personnes inactives recherchant un emploi mais n’étant pas disponibles dans les deux semaines,
    – celles souhaitant un emploi, disponibles pour en prendre un dans les deux semaines mais n’étant pas en recherche active,
    – et celles déclarant souhaiter travailler, mais ne recherchant pas activement un emploi et n’étant pas disponibles pour en prendre un ».
    Ah bon! Elles sont donc au chômage mais placées dans le halo, donc plus
    comptabilisées. Il fallait y penser. Ça rappelle le report de l’âge de
    départ à la retraite mais sans report avec l’âge pivot sans âge pivot mais
    avec un âge d’équilibre qui est dans le halo du report du départ de l’âge à la retraite.
    C’est la macronie en ébullition

  • plutôt que trafiquer les chiffres du chomage , il faudrait deux chiffres ,
    la creation d’emplois nets ( sans les remplacement de retraités)
    la destruction d’emplois nets: démissions et licenciements

    là on aura la vérité

  • 35 heures, retraites anticipées, arrêts maladies, RTT, congés payés…..Moins les français travaillent plus ils sont payés à ne pas travailler par les gens travaillent, c’ est un cercle vicieux.

  • Les math sont cruelles:
    En enlevant des actifs (29,5 millions) les chômeurs des catégories A, B, C (5,4), les fonctionnaires (5,6) et les salariés hors fonction publique (1,5) qui vivent tous de l’impôt, on arrive au chiffre dramatique de 17 millions de travailleurs qui paient pour 65 millions de personnes.
    Ça va être un désastre !

    • Si un quart seulement de la population finance la totalité, cela signifie qu’il faut spolier 75% des revenus générés. Quand on additionne l’ensemble des prélèvements directs et indirects en France, on s’approche effectivement d’un ratio de cet ordre.

      Pire, les fourmis sont démocratiquement minoritaires et n’ont aucune chance de faire entendre leurs protestations dans le brouhaha des cigales majoritaires. Il ne leur reste que la grève, au sens de l’exil randien.

      • Chaque travailleur doit générer 75’882 euros de richesse par année pour payer les dépenses de l’état, plus sont propre salaire soit un total de 97’146 euros.
        Les socialistes devraient élever une statue de 800m de haut au capitalisme.

    • toutes les catégories chômeurs des outre-mers sont d’office enlevés des statistiques chômage.
      par contre ils sont intégrés et comptés dans la population francaise …
      je vous laisse apprécier la magie des chiffres !

  • Face à ces chiffres, je préfère nettement l’attitude de Pujadas qui a posé hier cette question aux socialistes :
    « Alors finalement, il semble les politiques libérales de l’offre, ça marche ? »

  • je vais finir par penser que la France est un pays de faignants ;

  • En rémunérant largement et longtemps les chômeurs, la France a tout simplement « choisi » le chômage. Il ne faut donc pas s’étonner que celui-ci soit important. C’est un constat. Pas une prise de position.

    • A chaque fonctionnaire son chômeur !

    • Je dirais que c’est plutôt en assassinant les entreprises par la fiscalité et la législation à cause de l’idéologie anticapitaliste. Il faut être stupide pour tuer les vaches laitières de la société.
      Moins d’entreprises, donc moins de création de richesse, moins d’emplois, des salaires plus bas et beaucoup plus de chômeurs, on en est là.
      Les Suédois ont tiré les conséquences de la faillite des années 90, ils imposent relativement peu les entreprises et le capital ce qui leur permet de financer un modèle social bien plus efficace que le français quasi sans déficit ni de dette. Par contre, ils ont de nouveau perdu le sens des réalités avec leur frontière.

  • L’évidence même!

  • Un président ou des responsables politiques dignes du nom devrait venir a la télé pour expliquer qu’un pays ou l’on a que des branleurs est condamnés a mort. C’est sur quelles Chaines ?

    • Et c’est sur quelles chaînes que l’on va pouvoir entendre que le président ou des responsables politiques doivent rendre des comptes de leurs décisions ?

      Quand Renault et des myriades de sous-traitants et garages vont fermer boutique pour causes de modifications drastiques des normes ou malus, qui va oser dire que c’est la faute aux gouvernants ?

  • Un pays ou les candidats se branlent sur leur smartphone ne peut être qu’un pays de branleurs!

  • Excellent article, on devrait TOUJOURS parler en taux d’emploi, et non en taux de chômage.

    • OUi et aussi en termes de taux d’activité marchande = Temps travail / temps d’existence.
      Ainsi une personne vivant 85 ans ( soit 745.000 heures d’existence) ne consacrera que ( de 20 à 60 ans = 40 ans X 1.600 Heures de travail/an = 64.000 heures) soit 8,5 % de son temps d’existence au travail.
      Remonter ce taux à 10 % ne consisterait pas à réduire les Français en esclavage, mais résoudrait une bonne partie du problème de déficit de travail dans ce pays.

      • J’aime beaucoup votre calcul…

      • Vous avez parfaitement raison. Ce calcul simple (et ce critère simple) devrait servir de base à toute politique économique – si tant est que la politique doive se mêler d’économie, hormis pour assurer à chacun la liberté d’entreprendre, de disposer librement de sa propriété et du fruit de son travail…

        Disons que parler de taux d’emploi plutôt que de taux de chômage permet d’utiliser le bon mot : emploi (ou travail) vs inactivité, que celle-ci consiste en chômage, formation, congés & fériés, retraite…

  • Les commentaires sont fermés.

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