L’Islam face à l’électoralisme de la gauche

Martine Aubry by Parti socialiste (CC BY-NC-ND 2.0) — Parti socialiste, CC-BY

Le socialisme peut-il renaître de ses cendres en conquérant un électorat sur un critère religieux ?

Par Patrick Aulnas.

La gauche modérée se préoccupe beaucoup des musulmans de France. Cela ne date pas d’hier, mais l’affaire Mila a récemment remis en évidence cette sollicitude très intéressée.

La social-démocratie s’était laissé aller à la fin du XXe siècle : elle n’avait plus rien à proposer sauf de la redistribution d’argent public. Mais l’argent n’est pas un idéal et les gens de gauche se piquent de nous en proposer un.

Cette débandade idéologique aboutit au hollandisme entre 2012 et 2017, c’est-à-dire à presque rien. D’où la déception de beaucoup de naïfs, la candidature de l’inexistant Benoît Hamon à la présidentielle 2017 et la quasi-disparition du parti socialiste.

La Reconquista

Il faut désormais penser à la reconquête, donc trouver un électorat de substitution. Les musulmans pourraient faire l’affaire.

Il y avait en effet 5,7 millions de musulmans en France en 2017 selon le Pew Research Center, soit 8,5 % de la population. Voilà un enjeu électoral important lorsque le vainqueur d’une élection la remporte en général avec quelques points d’avance.

Mais un électorat sélectionné sur un critère religieux est aux antipodes de la culture socialiste. D’autant que l’islam est une religion récemment importée de pays du sud, dans lesquels le concept de laïcité est en général inexistant.

Dans ces pays, l’État reconnait une religion officielle, le droit civil et le droit pénal restent imprégnés de préceptes liés à l’islam, les femmes sont totalement dominées par les hommes. La difficulté n’est pas mince pour des socialistes et cela pour deux raisons :

  • beaucoup de musulmans français restent attachés à un islam traditionaliste, à des années-lumière de la laïcité ;
  • Le fondamentalisme islamique, minoritaire, a déployé une idéologie radicale pratiquant une violence aveugle.

Les roueries moralisatrices du socialisme en perdition

Qu’à cela ne tienne ! La conquête du pouvoir ne s’embarrasse pas de rigueur conceptuelle. S’il faut composer, composons.

Voici quelques exemples significatifs.

Martine Aubry, maire socialiste de Lille, avait réservé voici plus de dix ans, une heure hebdomadaire aux musulmanes à la piscine de Lille-Sud. La piscine était alors interdite aux hommes, pratique nouvelle et discriminatoire en France.

Au cours des élections législatives de 2017, Élisabeth Guigoux, candidate socialiste et ancienne ministre de Lionel Jospin, apparaît portant le hijab à la mosquée de Pantin. Elle cherche tout simplement à obtenir les voix des musulmans, mais sera battue.

À propos de l’affaire Mila, Ségolène Royal, ancienne socialiste, n’a pas pu s’empêcher d’intervenir. C’était vraiment trop important. Cette jeune lycéenne, violemment insultée sur les réseaux sociaux par de jeunes musulmans la traitant de « sale lesbienne » ou de « sale pute », avait répliqué vertement en cherchant visiblement à blasphémer sur l’Islam. C’est un droit, puisque le blasphème concerne la religion, une simple forme de pensée, et non des personnes que l’on ne doit en aucun cas insulter.

Eh bien ! Ségolène Royal a feint l’incompréhension par médiocrité politicienne. Voici ses propos :

D’ailleurs, revenons à des choses sérieuses : une adolescente, peut-être encore en crise d’adolescence, si elle avait dit la même chose sur son enseignant, sur ses parents, sur sa voisine, sur sa copine, qu’est-ce qu’on aurait dit ? Un peu de respect. Critiquer une religion, ça n’empêche pas d’avoir du respect…

Cette petite leçon de morale aux Français est complétement à côté de la plaque, mais correspond bien à la manière Royal : une tirade très théâtrale jouée avec aplomb et un certain talent de comédienne.

Il s’agit bien sûr de faire les yeux doux aux électeurs musulmans en vue de la présidentielle 2022.

Socialistes cherchent électeurs désespérément

On sait que le vote ouvrier, traditionnellement de gauche, a muté vers l’extrême droite.

Il en va de même d’une partie du vote des employés. Une étude du CEVIPOF de 2017, concernant les intentions de vote à la présidentielle, fournissait des indications intéressantes.

44 % des ouvriers avaient l’intention de voter pour Marine Le Pen et seulement 12 % pour Benoît Hamon, le candidat socialiste. Chez les employés, les chiffres étaient respectivement de 35 % et 14 %.

Les socialistes ont donc largement perdu leur ancien électorat.

Par contre, la communauté musulmane vote majoritairement à gauche.

Pour l’élection présidentielle de 2012, au second tour, les musulmans avaient voté à 57 % pour François Hollande contre seulement 51,6 % pour l’ensemble des Français.

Aux élections présidentielles de 2017, au premier tour, le vote de la communauté musulmane va d’abord à Jean Luc Mélenchon (37 %) puis à Benoît Hamon (24 %) et Emmanuel Macron (17 %). Marine Le Pen n’obtient que 5 % des voix des musulmans, ce qui ne peut surprendre personne.

Les propos douteux de Royal et compagnie proviennent donc de l’attention minutieuse que ces gens-là portent à la sociologie électorale. Les musulmans s’intéressant à eux, ils vont s’intéresser aux musulmans.

Mais le socialisme peut-il renaître de ses cendres en conquérant un électorat sur un critère religieux ?

En aucun cas, puisque la grande majorité des sociaux-démocrates adhère à une conception stricte de la laïcité. Elle n’accepte pas le moins du monde la moraline de madame Royal. Les gesticulations électoralistes des sociaux-démocrates ne peuvent que les marginaliser davantage.

Rendez-vous en 2022 !

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