Médicaments : les bénéfices de l’innovation pharmaceutique

scary vintage medicines by Nata Luna Sans(CC BY-NC 2.0) — Nata Luna Sans, CC-BY

Au lieu de s’ingérer encore plus dans le marché du médicament, le gouvernement serait plus avisé d’alléger la sur-réglementation canadienne, qui augmente inutilement les coûts de recherche.

Par Peter Saint-Onge et Germain Belzile.
Un article de L’Institut Economique de Montréal

Ottawa a le prix des médicaments dans sa mire.

D’une part, des modifications ont été apportées à la méthode de calcul du prix plafond des médicaments vendus au pays. D’autre part, l’idée d’une assurance gouvernementale nationale visant à remplacer les régimes mixtes provinciaux est toujours dans l’air.

Ces politiques publiques malavisées pourraient en fait entraîner une augmentation des dépenses de santé, tout en mettant en péril l’accès des Canadiens aux meilleurs traitements disponibles pour les soigner, montre une publication de l’IEDM lancée aujourd’hui.

Des études réalisées au Canada et aux États-Unis ont montré que les sommes dépensées en nouveaux médicaments engendrent des économies de quatre à cinq fois plus élevées dans les autres dépenses médicales.

« Une augmentation des dépenses en médicaments réduit en fait le total des dépenses de santé en comparaison de ce qu’elles auraient été, par exemple en raison du vieillissement de la population », note Peter St. Onge, auteur de la publication et économiste senior à l’IEDM. « Cependant, le prix du nouveau médicament est plus visible, et il devient une cible attrayante pour les bureaucrates et les politiciens ».

« La contribution de l’innovation pharmaceutique à la santé et au bien-être dans le monde moderne est considérable », rappelle Peter St. Onge. « Une étude de 30 pays portant sur la période de 2000 à 2009 a conclu que l’innovation pharmaceutique est responsable de 73 % de l’augmentation de l’espérance de vie pendant cette période, soit un gain de 1,27 année en seulement dix ans. C’est énorme ! »

Les prix élevés des nouveaux médicaments s’expliquent d’ailleurs par le coût énorme de la recherche. Selon une étude récente, le développement et la mise en marché d’un nouveau médicament peuvent prendre quinze ans et coûter près de trois milliards de dollars américains. De plus, de nombreux médicaments soumis à des essais cliniques ne sont jamais commercialisés : seulement 12 % d’entre eux sont approuvés pour la commercialisation, soit un sur huit.

« Si sept médicaments sur huit ne se rendent pas sur le marché, ces sept échecs doivent être payés par les profits du seul médicament qui y arrive. Malgré les accusations faciles de prix abusifs, ces médicaments demeurent précieux pour les patients qui en font usage et qui voient leur vie améliorée », souligne de son côté Germain Belzile, chercheur associé senior à l’IEDM et collaborateur à la publication.

La recherche pharmaceutique est particulièrement sensible à la baisse des prix. Une étude récente estime qu’une baisse de 100 dollars des revenus des fabricants de médicaments est associée à une baisse de 58 dollars des dépenses de recherche. Étant donné que la recherche accapare 18,7 % des revenus des fabricants de médicaments, une telle relation suggère qu’une baisse des prix de seulement 16 % pourrait réduire de moitié la recherche pharmaceutique, tandis qu’une baisse du tiers pourrait – du moins en théorie – l’effacer complètement.

« Au lieu de s’ingérer encore plus dans le marché du médicament, le gouvernement serait plus avisé d’alléger la sur-réglementation canadienne, qui augmente inutilement les coûts de recherche. Au minimum, Ottawa doit s’abstenir d’aggraver la situation, ce qu’il ferait en nationalisant l’assurance médicaments ou en empêchant davantage les prix canadiens de refléter la réalité de ce marché essentiel pour notre bien-être à tous », conclut Peter St. Onge.

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