Destitution de Trump : la partisanerie aveugle des deux camps

Donald Trump by Gage Skidmore(CC BY-SA 2.0) — Gage Skidmore, CC-BY

Si Donald Trump a fort probablement violé la Constitution, il ne l’a pas fait plus que ses prédécesseurs qui n’ont pas été destitués. La destitution semble compromise.

Par Pierre-Guy Veer.

Dans la constitution des États-Unis, la procédure de destitution (impeachment) stipule que le président et d’autres officiels peuvent être relevés de leurs fonctions s’ils commettent un crime grave (traitrise, corruption, etc.). Suite (généralement) à une enquête au Congrès, la Chambre des représentants vote, à majorité simple, sur les articles de destitution.

Suite à un vote positif, l’officiel est considéré destitué mais ne sera effectivement « congédié » que si le Sénat vote aux deux-tiers pour que cela se produise. C’est pourquoi, malgré les « célébrations » de la présidente (speaker) de la Chambre Nancy Pelosi, Donald Trump continue ses inepties présidentielles sur Twitter et ailleurs.

Objectivement parlant, il mérite bel et bien d’être destitué.

Il a violé son serment à la Constitution à maintes reprises, notamment en commettant des actes de guerre non explicitement approuvés par le Congrès (le seul qui a ce pouvoir), ce qui constitue une violation des pouvoirs délégués à la branche exécutive (le président) du pouvoir.

Malheureusement, la branche législative (la Chambre et le Sénat) a tacitement abandonné ce pouvoir depuis des lunes. Si elle avait été constante :

  • Barack Obama aurait été destitué pour ses actes de guerre en Libye (qui ont complètement déstabilisé le pays) et sa guerre des drones
  • George W Bush l’aurait été aussi pour ses nombreuses guerres anticonstitutionnelles et son « dronage » du Moyen-Orient. Mais Nancy Pelosi (la même que tantôt) estimait que ces actes ne valaient pas une destitution
  • George Bush (le père de l’autre) l’aurait été pour son implication dans la vente d’armes à l’Iran
  • Ronald Reagan, pour ses nombreuses guerres anticonstitutionnelles, pour avoir vendu des armes à l’ennemi et pour avoir laissé la marine abattre un avion civil qui a tué 290 personnes – auquel sujet son vice-président avait refusé toute excuse.

Je pourrais continuer encore longtemps ; vous comprenez où je veux en venir.

Pro et anti destitution : aveuglement partisan des deux côtés

Pour en revenir à Donald Trump, il semble que les Démocrates aient voulu sa destitution dès son élection pour le crime d’avoir vaincu Hillary Clinton. Mais comme l’enquête au sujet de l’intervention supposée de la Russie durant l’élection n’a pas donné de preuves assez solides, ils avaient besoin d’une autre raison.

Ils semblent l’avoir trouvé dans la personne de ce lanceur d’alertes (whistleblower), qui a dénoncé des actions irrégulières en traitant d’affaires avec l’Ukraine. Toutefois, son nom a vite été coulé dans les médias ; si tout est vrai à son sujet, alors il est un démocrate avoué qui a longuement travaillé avec son parti pour nuire à Donald Trump.

L’on peut donc questionner ses motifs, même si lesdites actions (demander à un gouvernement étranger de salir un candidat présidentiel, i.e. Joe Biden) sont effectivement condamnables. Et que dire des célébrations de plusieurs médias sur la destitution, montrant que leur haine anti-Trump est passionnelle et non rationnelle.

Mais du côté républicain, il semble que l’on veuille défendre le président à tout prix simplement pour faire suer (restons polis) les démocrates.

Mitch McConnell, leader de la majorité républicaine au Sénat, semble déjà déterminé à acquitter Trump des articles de destitution. Et comme la ligne de parti semble plus dure que du diamant, toute action pour laisser les procédures de destitution suivre leur cours semble vouée à l’échec.

Quant aux médias conservateurs, plusieurs tentent de minimiser la destitution et de changer le sujet sur Joe Biden, dont le fils aurait fait des affaires suspectes en Ukraine en utilisant l’influence politique de son père, vice-président sous Obama. On n’est également pas tendre envers de nombreux électeurs de Trump.

Dans toute cette saga, le seul congressiste ayant gardé la tête froide est l’ancien républicain (devenu indépendant) et libertarien assumé Justin Amash. Contrairement à la quasi-totalité de ses pairs, sa fidélité va à la Constitution et au pays (ce qui explique sans doute sa démission du parti). Il sait reconnaitre quand le président agit de façon anticonstitutionnelle, que les lanceurs d’alerte méritent d’être protégés et, à l’instar de Ron Paul, il lit les documents qui lui sont présentés afin de se forger une opinion objective.

En résumé, la destitution de Donald Trump est une moquerie de la procédure, qui était censée être l’un des nombreux contre-pouvoirs de la Constitution. Il a fort probablement violé la Constitution, mais considérant les nombreuses violations que ses prédécesseurs ont commises en toute impunité – plusieurs congressistes d’aujourd’hui ont vu plusieurs prédécesseurs – on ne peut que s’attrister devant une telle partisanerie aveugle.

Tant du côté démocrate que républicain, les intérêts du parti priment sur les intérêts du pays – ces derniers étant une division nettement plus évidente entre le législatif et l’exécutif, et donc voir la présidence comme un poste et non comme le représentant d’un parti.

Bref, dans l’état actuel de la politique, ce meme illustre bien pourquoi les procédures de destitution ne veulent rien dire.

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