L’introuvable conservatisme libéral français

Parler de libéral-conservatisme en France est difficile à comprendre, surtout quand on le compare à ses cousins anglophones.

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L’introuvable conservatisme libéral français

Publié le 3 décembre 2019
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Par Johnathan Razorback.

Comment expliquer la singulière absence, en France, d’un grand parti de droite unissant libéraux et conservateurs ?

Ce phénomène a intrigué plusieurs historiens des idées politiques. Pour un François Huguenin, il proviendrait en partie de l’hostilité inexpiable que les conservateurs de la variante réactionnaire (souvent issus des anciennes aristocraties) ont voué au monde moderne.

Aux États-Unis, le sociologue Robert Nisbet a soutenu que conservateurs et libéraux présenteraient un certain nombre de divergences intrinsèques dans leur façon de penser comme dans leurs opinions sur ce qui est politiquement souhaitable.

Il est toutefois intéressant de noter que les différences tendent à disparaître selon la place que les libéraux ou les conservateurs occupent au sein de leurs courants respectifs. Il existe par exemple des libéraux qui penchent vers le conservatisme, dont l’exemple le plus éminent est peut-être celui d’Alexis de Tocqueville. On parle de libéraux-conservateurs pour qualifier ce « pôle » du libéralisme.

Là où les libéraux-conservateurs tendent à quitter le centre libéral pour la droite modérée, les conservateurs-libéraux font le chemin en sens inverse, depuis une forme partiellement modernisée de conservatisme vers le centre de l’espace politique. L’alliance de ces deux pôles est susceptible de donner naissance à des partis de centre-droit puissants et idéologiquement stables.

Laissez-faire et État limité

Si les conservateurs libéraux ne partagent pas l’intransigeance des libéraux dans la défense de la « liberté négative » (dans le domaine des mœurs comme en économie), ils sont néanmoins plus proches du laissez-faire, de la préservation d’un État limité et du respect des droits individuels que ne le sont les autres courants du conservatisme.

On peut toutefois se demander si ce demi-libéralisme ne relève pas davantage d’un besoin carriériste de se différencier au sein de la droite, ou d’un calcul politique conjoncturel, plutôt que d’une véritable synthèse doctrinale assumée. Les conservateurs libéraux sont donc « libéraux », ou plutôt pro-marché en économie (du moins en parole), à la différence des modèles corporatistes ou étatistes des autres courants conservateurs, et davantage favorables à la séparation des pouvoirs ou à une modération dans l’intervention de l’État (laquelle reste nécessaire pour maintenir certains idéaux ou mœurs traditionnels, ainsi que la stabilité sociale). Philosophiquement, l’adhésion de nombreux conservateurs-libéraux à une vision perfectionniste du rôle de l’État les empêchent de basculer définitivement dans le camp libéral.

Cette forme de conservatisme est particulièrement présente au Royaume-Uni, depuis l’époque de David Hume au moins. Dans les dernières décennies, elle a été illustrée par des philosophes tels que Michael Oakeshott ou Roger Scruton. En politique, elle est indissociable de la « révolution conservatrice » thatchérienne1, mais ses origines idéologiques sont bien plus anciennes que les années 1980.

En France, le conservatisme libéral (qui correspond imparfaitement à la droite orléaniste), tout comme le libéralisme lui-même, a été historiquement très faible en politique, mais, de surcroît, il n’a guère connu, en dehors de Montesquieu, de grandes figures intellectuelles. On peut à la rigueur penser à Émile Faguet, ou, de nos jours, à des auteurs tels que l’essayiste Laetitia Strauch-Bonart.

En politique, les hommes de droite ayant admis certains compromis avec les valeurs modernes et libérales ont bien souvent connu l’échec, ou se sont ralliés au conservatisme réactionnaire sous la pression de forces plus à droite, ou de celle des circonstances.

On pense, au temps de la Révolution, à des royalistes modérés contraints de choisir l’exil ou le camp de la réaction, tels Jean-Joseph Mounier, le comte de Montlosier ou le Marquis de La Fayette ; à François Guizot, conservateur modéré2 et pourtant révulsé par l’épisode révolutionnaire de 1848 ; à Charles de Montalembert, figure de proue du catholicisme libéral, un temps partisan du coup d’État de Napoléon III et de la dénonciation des idées de 1789 ; à Charles Benoist, conservateur libéral-républicain, rallié à l’Action Française

Une ligne difficile à défendre

Depuis lors, bon gré mal gré ralliés à la démocratie (représentative), les conservateurs libéraux ont pu jouer un rôle sous les 3ème et 4ème Républiques, ou lors de la modernisation giscardienne des années 1970. De nos jours, un certain libéralisme a un instant percé dans le conservatisme de François Fillon, qui a connu le destin électoral que l’on connaît. Maintenir une position conservatrice-libérale, sans même parler de réussir à gouverner durablement sur une telle ligne, semble, en France, éminemment difficile.

Cette faible présence des conservateurs-libéraux au sein des droites françaises illustre plus largement l’impopularité des idées libérales en France. Comme le note Frédéric Mas (dans cet entretien), cette faiblesse tient en partie aux divisions nées de la modernisation violente du pays lors de la Révolution française, ainsi qu’à l’impossibilité des conservateurs-libéraux français, du fait de l’instabilité des régimes du XIXe siècle, d’élaborer un patriotisme constitutionnel, comme cela peut être le cas chez leurs équivalents anglo-saxons (Magna Carta, Bill of Rights, valeur quasi-sacrée de la Constitution américaine, etc.).

À l’inverse, la force du libéralisme dans le monde anglo-saxon ne se mesure pas simplement à la présence de libertariens déclarés, mais aussi à la capacité de la pensée libérale à influencer le reste de l’échiquier politique. Ce n’est pas un hasard si les formes d’antilibéralismes extrêmes -fascistes ou communistes- ont échoué à se développer dans l’ancien Empire britannique ou en Amérique du Nord.

Aux États-Unis, durant les années 1960, c’est entre autres autour de la figure du philosophe Frank Straus Meyer que le conservatisme libéral a connu son renouvellement le plus net. Meyer était un partisan du « fusionnisme », une stratégie politique visant à rapprocher les conservateurs et les libéraux, un projet rendu crédible par l’émergence au sein du parti républicain de la figure de Barry Goldwater, et qui n’a pas été sans effets, dans la moyenne durée, sur les milieux ayant entourés Ronald Reagan lors de son accession à la présidence des USA.

De nos jours, pour quelqu’un comme Clark Ruper, cette stratégie fusionniste serait obsolète et devrait, du point de vue libéral, être remplacée par une stratégie d’influence tous azimuts, aussi bien à destination de la gauche que de la droite.

Néanmoins, en dépit de l’apparition de courants conservateurs plus interventionnistes (comme le néo-conservatisme), le conservatisme nord-américain demeure fortement imprégné de valeurs libérales, comme le montrent les tentatives récentes, de Robert J. Guenther à Andrew Coyne et de Matthew Dragonette à Kay Coles James, d’en synthétiser les principes.

Sur le web

  1. Au sujet de laquelle on pourra lire Marie-Claude Esposito, « Le moment Thatcher », in Dominique Barjot, Olivier Dard, Frédéric Fogacci et Jérôme Grondeux (dir.), Histoire de l’Europe libérale. Libéraux et libéralisme en Europe (XVIIIe – XXIe siècle), Nouveau Monde Éditions, 2016, 359 pages, pp.299-317.
  2. Guizot passe fréquemment pour un dirigeant libéral. À tort, comme le montrait Michel Leter dans « Éléments pour une étude de l’école de Paris (1803-1852) », chapitre in Philippe Nemo et Jean Petitot (dir.), Histoire du libéralisme en Europe, Paris, Quadrige/PUF, 2006, 1427 pages, pp.429-509, p.483 en particulier.
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  • Dans cet article on a oublié volontairement ou pas F Fillon et son programme présidentiel qui était conservateur libéral. Mais le monde de la finance a décidé de l’assassiner politiquement avec l’aide du PNF et des médias.

    • Fillon s’est assasine lui même ,il faut avoir la vie de ses idees sinon on devient incohérent, on n’accepte pas des costards comme un vulgaire lang ,on arrondit pas ses fins de mois en abusant du système.et on ne fait pas de declarations absurdes comme un enfant pris les mains dans la confiture…. Fillon n’est pas moins socialiste que les autres et est capable de mimer le liberalisme si c’est avantageux ,conservateur , si etre catho est etre conservateur…

      • je ne parle pas de l’homme mais de son programme présidentiel. Quant à ses costards, parlons aussi tous ces politiques qui ont accepté plus que de simples costards, Bayrou, Goulard, Ferrand, etc.

      • Non c’est la police politique personnelle de Francois Hollande qui a pourri Francois Fillon. Petit rappel : pour une affaire d’emploi non-fictif ( !!! ) Fillon a comparu devant un tribunal plus vite qu’un traitre en conseil de guerre, devant un juge nommé par C. Taubira ( avec l’objectivité qu’on s’imagine ), de lors cote Macron Ier avait l’affaire des deux million de patrimoine vaporisés, des frais de bouche du ministere de finances et de la curieuse affaire SFR. Autrement plus grave qu’un parlementaire embauchant sa femme en tant qu’assistante avec les fonds alloués ( ce qui est assez scandaleux oui mais tout est fait en France pour favoriser la corruption et le clientélisme ), mais bizarrement E. Macron n’a pas été inquiété par la justice.
        D’ailleurs Segolene Royal l’a bien dit « Notre candidat est au second tour ».

    • « on a oublié volontairement ou pas F Fillon » : lisez mieux.

    • Ce n’est pas « le monde de la finance » qui a fait tomber Fillon, c’est plutôt ce qu’il est convenu d’appeler le « Camp du Bien », à savoir les (soi-disant) progressistes, les sans-frontiéristes islamophiles, la gauche caviar. Que parmi ces gens il y ait des gens très riches (Soros, Niel et cie) est autre chose. Les médias et les juges rouges, en France, sont financés en bonne partie par nos impôts, faut-il le rappeler.

      • Je crois que Fillon a dit: ils ont préféré Macron parce qu’ils ont trouvé que je n’étais pas assez mondialiste. Qui, « ils »?

  • Introuvable je ne sais pas.. mais ce qui est certain c’est que désormais on trouve du patriostisme Etatique par toutes les tendances avec son corollaire le culte du chef !

  • Dans un pays majoritairement de gauche ou de centre gauche, totalement sous l’emprise formatée du fonctionnariat, des enseignants publics, des dirigeants socialistes, des médias, du système de santé d’Etat, etc etc, jamais le libéralisme assimilé au capitalisme le plus dur et créateur d’injustice ne pourra prospérer, quand bien même les conservateurs « de droite » accepteraient de rejoindre le mouvement. Non, la seule voie permettant de commencer à instiller un peu de libéralisme en France serait plutôt celle de l’ordolibéralisme… et encore à condition de l’appeler autrement.

  • Un commentaire amusé quand même : l’article commence par un lien (sur conservateur) pointant sur une vidéo de Hayek opposant libéralisme et conservatisme, mais donne plus loin un lien dans lequel on peut constater qu’Hayek est justement classé comme « libéral-conversateur ».

    Mais bon, il faut dire qu’à la différence de l’auteur de l’article s’accordant de façon assez ridicule le droit de définir ce que serait un « bon » libéral (comportement typique du libertarien, bien proche d’un socialiste sur ce point), Hayek Hayek refuse une approche constructiviste de l’éthique

    • Commencer par ne pas qualifier un individu serait déjà pas mal :
      Ok pour une idée ou un concept,
      Une éthique ou une philosophie à la rigueur, mais on commence déjà à prendres des risques de généralisation,
      Quand à une politique ou un individu, ça ne veut plus rien dire si on ne situe pas par rapport à quoi.

  • Le libéral conservateur n’est-il pas celui qui ne dénie pas à un peuple le droit à sa continuité historique, contrairement au libéral progressiste qui veut tout chambouler. Au nom de la liberté bien sûr.

  • François Fillon tout comme Giscard ont été assassinés par Chirac et sa bande!

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