Les reculades d’Obama et de Trump : un arrière-goût des années 30

President Trump returns By: The Epoch Times - CC BY 2.0 — CC-BY

OPINION : l’Amérique, la seule démocratie à même de peser sur le terrain militaire, souffre de quelque chose de tout aussi paralysante que son apathie d’avant Pearl Harbor.

Par Fabio Rafael Fiallo.

Il y a de quoi s’inquiéter : l’attitude des grandes démocraties d’aujourd’hui fait penser à celle des puissances démocratiques des années 1930 face aux régimes dictatoriaux, voire totalitaires, de cette époque-là. Et nous savons tous comment cela a fini.

Rappelons les circonstances. En ce temps-là, les puissances démocratiques rechignaient à confronter les régimes de l’Axe – c’est-à-dire l’Allemagne nazie, l’Italie fasciste et le Japon impérial – et recherchaient à coups de concessions, par ce qu’on appela « politique d’apaisement », à faire baisser les tensions et les risques d’une conflagration militaire.

Une telle politique atteignit son point culminant dans les Accords de Munich de 1938, par lesquels les deux grandes puissances démocratiques européennes de l’époque – la France et le Royaume-Uni – donnèrent leur aval à l’annexion par l’Allemagne nazi de la région des Sudètes (jusqu’alors partie de la Tchécoslovaquie). Ces accords, et plus généralement les tactiques d’apaisement, ne parvinrent pas à satisfaire les desseins expansionnistes d’Adolf Hitler et ses complices.

Il y eut également les atermoiements de l’Amérique, qui hésita longtemps à mettre son poids militaire dans la balance en faveur des démocraties européennes. Il fallut attendre l’attaque japonaise contre la base militaire américaine de Pearl Harbor, survenue en décembre 1941, donc deux années après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, pour voir les États-Unis entrer finalement en guerre contre l’Axe.

Manque de détermination devant les régimes autoritaires

Les grandes démocraties d’aujourd’hui font montre du même manque de détermination dans leur bras de fer avec le nouvel axe de régimes autoritaires – notamment la Chine, la Russie et l’Iran.

À commencer par les pays membres de l’Union européenne, lesquels sont devenus un canard boiteux géopolitique, dépendants comme ils le sont, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, de l’appui militaire des États-Unis. Le président Macron a beau tirer la sonnette d’alarme en affirmant que l’Otan se trouve en état de mort cérébrale, il est à parier que ses paroles ne seront pas suivies d’effet – d’autant qu’elles ont reçu une fin de non-recevoir de la part de plus d’un de ses homologues européens, à commencer par Mme Merkel.

Quant à l’Amérique, la seule démocratie à même de peser sur le terrain militaire, elle souffre de quelque chose de tout aussi paralysante que son apathie d’avant Pearl Harbor. Aujourd’hui, après le résultat plus que déplorable de la Guerre d’Irak et du changement de régime en Libye – et avec le syndrome de la guerre du Vietnam toujours présent dans la mémoire collective –, plaider contre toute initiative militaire (et « en finir avec les guerres interminables ») est devenu un incontournable slogan électoraliste.

Comme le fait remarquer Richard Lowry dans les colonnes du New York Post, le positionnement anti-guerre permit à Barack Obama de battre Hillary Clinton lors des primaires démocrates de 2008, et à Donald Trump de gagner la candidature du Parti républicain en 2016.

 

Devenus présidents, et conformément à leurs promesses de campagne, aussi bien Barack Obama que Donald Trump ont esquivé tout bras de fer militaire – même au prix de laisser tomber les menaces et les lignes rouges qu’eux-mêmes avaient fixées aux adversaires des Etats-Unis.

La soudaine décision du président Trump de retirer les troupes américaines de Syrie est l’avatar le plus récent de l’impératif non-interventionniste en cours à Washington. Le fait d’avoir laissé les forces kurdes, alliés majeurs de l’Amérique dans la guerre contre Daech, à la merci du régime turc aura porté un sérieux coup à la confiance que l’on peut accorder aux engagements de l’Amérique.

Dans les colonnes du Washington Post, le politologue David Woolner vient de dresser un parallèle entre, d’une part, la politique d’apaisement envers Hitler au cours des années 1930 et, d’autre part, la concession faite par Trump à Erdogan – celle de lui laisser le terrain libre pour occuper la région de Syrie où étaient placées les milices kurdes hostiles au régime turc.

Toutefois, à la lumière des arguments présentés dans cet article, la similarité avec les années 1930 ne se limite pas au retrait de Syrie ; elle concerne le réflexe quasi instinctif, chez l’actuel président américain ainsi que chez son prédécesseur, d’ignorer les engagements de l’Amérique dans le but d’éviter toute épreuve de force sur le plan militaire.

 Trump recule

En effet, le retrait de Syrie n’est pas un cas isolé : il eut lieu quelques mois après une reculade spectaculaire. Il s’agit de la décision du président Trump d’ordonner de faire demi-tour aux deux avions américains partis frapper des cibles en Iran, et ce en représailles contre l’attaque par l’Iran d’un drone des Etats-Unis.

Ajoutez à cela le manque de réponse de la part de Trump à l’attaque d’une installation pétrolière de l’Arabie saoudite (attaque attribuée au régime en place à Téhéran), et on peut aisément comprendre le doute qui domine actuellement, parmi les alliés américains dans le monde arabe, sur l’utilité du partenariat avec les États-Unis.

Pour sa part, l’ancien président Obama s’était fait remarquer par des reculades époustouflantes. Il suffit de rappeler trois de ses retours en arrière. Primo, son retrait des troupes américaines d’Iraq en 2011 (pour devoir revenir bredouille sur cette décision trois ans plus tard. Deuxio, son injonction « Assad doit partir » (« Assad must go »), restée lettre morte. Et finalement, la mère de toutes les reculades, c’est-à-dire la ligne rouge que lui-même avait fixée à propos de l’utilisation d’armes chimiques par le régime syrien, menace qui est restée sans suite.

C’est pourquoi des analystes politiques, écrivant séparément dans les colonnes du Boston Herald et du Times de Londres, ont jugé bon de souligner que Trump ne fait que « répéter les graves erreurs commises par Obama au Moyen-Orient. »

Les régimes autoritaires peuvent parier que la réaction des États-Unis à leurs politiques expansionnistes sera minime. L’heure est ainsi à l’action en Russie, avec son annexion de la Crimée, son soutien aux milices pro-russes en Ukraine et son rôle récemment acquis de médiateur principal au Moyen-Orient. L’heure est à l’action également en Chine, qui étend progressivement son contrôle de la mer de Chine méridionale. L’heure est à l’action, enfin, en Iran, qui continue à perpétrer, par procuration ou même directement, des attaques contre les pays du Moyen-Orient proches des États-Unis.

Tout naturellement, au fur et à mesure que les reculades américaines s’accumulent, les alliés traditionnels des États-Unis essaient de s’approcher des rivaux de l’Amérique.

La visite de Vladimir Poutine en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis (la première en dix ans à ces deux pays alliés de l’Amérique), montre clairement le désir des partenaires arabes des États-Unis de renforcer leurs relations avec le nouveau grand médiateur de la région, c’est-à-dire la Russie.

Pour les mêmes raisons, le gouvernement des Philippines a recherché la coopération de la Russie en matière d’amélioration de capacités militaires et de développement des ressources énergétiques en mer de Chine méridionale.

Même en Israël, l’allié américain par excellence au Moyen-Orient, on commence à se poser des questions sur la fiabilité du soutien américain, mise à mal déjà à l’époque de Barack Obama.

Les pays de l’Asie du Sud-Est cherchent activement, à leur tour, un rapprochement, bon gré mal gré, avec le principal rival des États-Unis dans leur région, c’est-à-dire la Chine.

 Ce n’est pas, loin s’en faut, l’intention de cet article de vanter les prises de position belliqueuses qui purent avoir cours autrefois, mais de rappeler la nécessité, pour toute grande puissance, de tenir parole et d’honorer ses engagements et ses menaces.

Dans le même ordre d’idées, le politologue Richard Fontaine, ancien conseiller en politique extérieure du défunt sénateur républicain John McCain, vient de mettre en garde contre ce qu’il nomme « le leurre de la non-intervention. »

Consternation devant la politique étrangère démocrate

Dans cette toile de fond, le manque de préparation, dans le domaine de la politique extérieure, des candidats démocrates dans la course à la candidature du Parti démocrate pour l’élection présidentielle de 2020 ne peut que susciter de la consternation.

Ils ne savent en effet que tirer à boulets rouges contre tout ce que le président Trump peut faire dans ce domaine, mais se montrent incapables de présenter des alternatives claires et crédibles. Comment le pourraient-ils alors que, eux aussi, sont des avocats tous azimuts de la non-intervention ? Comme le souligne le journaliste du Washington Post Josh Rogin, « maintenant que le Président Trump est en train de finir avec l’engagement militaire des États-Unis [en Syrie], la foule de ceux qui veulent en finir avec les guerres interminables’paraît incapable de dire ce qu’elle aurait fait de différent ».

Le camp de Donald Trump ne s’en sort pas mieux. Pour preuve : au milieu de la tourmente politique provoquée par le retrait des troupes américaines en Syrie, son nouveau conseiller à la sécurité nationale,Robert O’Brien, a choisi le moment, non pas pour préciser la stratégie qu’il compte mettre en œuvre en politique extérieure, mais pour publier un article sur ce qu’il entend faire pour améliorer l’efficacité du Conseil de Sécurité nationale sous sa direction.

Une question s’impose : lequel de ses prédécesseurs à ce poste (que ce soit Henry Kissinger, Zbigniew Brzezinski, ou en l’occurrence John Bolton) serait venu à ventiler en public des questions d’intendance à un moment où la politique extérieure des États-Unis a besoin d’être revue de fond en comble ?

 

Si l’Amérique dépend de personnalités de ce genre, aussi bien du côté démocrate que parmi les conseillers de Donald Trump, pour faire valoir ses intérêts, il ne reste qu’à dire adieu au rôle jusqu’ici déterminant des États-Unis dans les affaires internationales ; et plus grave encore, à craindre le sort réservé aux démocraties dans le monde de demain.

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