Alain Laurent défend l’individualisme libéral à Genève

Alain Laurent (Crédits : Alain Laurent, tous droits réservés)

Alain Laurent, qui est pour un libéralisme musclé, est fâché avec l’humanisme actuel qui relève de la naïveté sur la réalité humaine et d’un excès d’optimisme béat.

Par Francis Richard.

Lundi, Alain Laurent était l’invité de l’Institut Libéral pour intervenir sur le thème : L’individualisme libéral : la belle alliance entre liberté et responsabilité.

Pierre Bessard, directeur de l’Institut, rappelle que l’intervenant est philosophe, essayiste et directeur des collections Bibliothèque classique de la liberté et Penseurs de la liberté aux Belles Lettres, auteur de l’anthologie L’autre individualisme.

Il rappelle que gauche et droite sont anti-individualistes et qu’elles l’assimilent à l’égoïsme. À gauche, on voudrait interdire aux individus de prendre l’avion, de consommer de la viande etc., et à droite on voudrait qu’ils appartiennent à un groupe, à un peuple, à une nation.

Alain Laurent se propose de parler de trois monstres : l’individualisme, le libéralisme et… l’individualisme libéral.

Le libéralisme toujours en accusation

L’individualisme est même fustigé par des capitalistes. Ainsi Harmonie mutuelle a fait passer une publicité dans Le Monde avec le slogan : Avançons collectif ! et avec l’engagement de son président pour une société plus inclusive et plus solidaire

Dans Causeur un éditorialiste s’en est pris récemment au « libéralisme débridé » et à « l’individualisme forcené. »

Le libéralisme serait bon en politique et mauvais en économie. Le libéralisme ne serait acceptable que dans le sens américain, c’est-à-dire quand il est progressiste, socialiste…

Les penseurs libéraux ne souffrent pas d’une telle hémiplégie. Qu’il s’agisse, par exemple, de John Locke ou de Benjamin Constant qui se disait libéral en tout et pour lequel chacun doit développer ses facultés comme bon lui semble sans que s’exerce sur lui de pouvoir arbitraire.

Dans À l’Est d’Eden, John Steinbeck écrit :

Notre espèce est la seule créatrice et elle ne dispose que d’une seule faculté créatrice : l’esprit individuel de l’homme. Deux hommes n’ont jamais rien créé. Il n’existe pas de collaboration efficace en musique, en poésie, en mathématiques, en philosophie. C’est seulement après qu’a eu lieu la création que le groupe peut l’exploiter. Le groupe n’invente jamais rien. Le bien le plus précieux de l’homme est le cerveau isolé de l’homme.

Autrement dit, il n’existe que des individus et il ne peut y avoir de groupes sans individus. Cette conception est à l’opposé du paternalisme ou du collectivisme, qu’il soit sociologique, moral ou économique: les communautés sont des lieux de résidence forcée.

L’individualisme bien compris

L’individualisme bien compris se caractérise par le libre gouvernement de soi, l’autodétermination et le vivre pour soi et par soi. Il diffère des individualismes aristocratique, anarchisant, existentiel, spirituel, libertaire ou libertarien. Il se trouve à l’intersection entre l’individualisme et le libéralisme.

Pour les penseurs libéraux (John Locke, Benjamin Constant, John Stuart-Mill, Yves Guyot, Albert Schatz, Alain, Karl Popper, Bruno Leoni, Friedrich Hayek, Jean-François Revel, Norberto Bobbio ou Mario Vargas Llosa), il ne peut y avoir de libéralisme sans individualisme et celui-ci est prééminent.

Le libéralisme apporte à l’individualisme sa philosophie sociale, une manière de vivre avec les autres : on ne peut pas être libéral tout seul. Il limite l’individualisme, il sanctuarise les droits individuels et il fait assumer les conséquences de ses actes avec la responsabilité individuelle.

L’individualisme apporte au libéralisme une méthodologie pour pallier l’insuffisante prise en compte de la souveraineté de l’individu, maître et propriétaire de lui-même, dont les ennemis sont non seulement l’État, mais le collectif, c’est-à-dire l’appartenance à un groupe, qui serait donc propriétaire de l’individu.

Les phénomènes collectifs sont inter-individuels : on vit en société, ce qui ne veut pas dire que la société existe.

Cette synergie entre liberté et individualisme est ce qui fonde l’Occident. Lequel a à résoudre les problèmes de la distribution équitable des chances d’émancipation, du narcissisme de groupe (nationalismes, corporatismes etc.) et de la minoration des menaces.

Alain Laurent, qui est pour un libéralisme musclé, est fâché avec l’humanisme actuel qui relève de la naïveté sur la réalité humaine et d’un excès d’optimisme béat. Il ne faut pas confondre la tolérance avec l’hyper-tolérance. La tolérance n’est pas synonyme d’acceptation des idées dominantes.

Les libéraux doivent mettre le paquet contre les ennemis de l’individu et ne pas accepter lâchement n’importe quoi : ainsi faut-il empêcher de nuire les intolérants avérés.

En résumé : La liberté, ça se défend.

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