Loi alimentation : surprise, malgré les effets pervers, on continue !

Malgré les effets pervers maintenant reconnus de la Loi Alimentation, on continue de réclamer l'intervention de l'Etat dans la régulation des prix...
Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Produits alimentaires (Crédits : US National Cancer Institute, libre de droits)

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Loi alimentation : surprise, malgré les effets pervers, on continue !

Publié le 16 octobre 2019
- A +

Fin 2018, la Loi Alimentation est votée. Elle ne satisfait personne, tout le monde sait qu’elle va très probablement avoir des effets pervers, mais peu importe : les parlementaires, bien trop idéologues, la votent quand même.

Le débat était en effet tranché dès le début puisqu’il s’agissait pour le législateur d’intervenir pour stopper la guerre des prix et redonner du pouvoir d’achat aux agriculteurs, tout simplement parce que l’État a toujours été efficace lorsqu’il s’agit d’intervenir (mais si !), qu’il a toujours mis en place des lois pertinentes lorsqu’il s’agit de réguler les prix (mais si !) et qu’il a toujours montré du discernement lorsqu’il s’agit de donner du pouvoir d’achat à l’un ou à l’autre (mais si !). Et puis pour les députés, il est toujours plus simple de faire du gros signalement vertuel dodu plutôt qu’un peu de pédagogie et expliquer pourquoi leur énième intervention dans le domaine allait provoquer des catastrophes.

Baste, passons : la loi votée, quelques mois s’écoulent et tout se déroule comme prévu, c’est-à-dire mal.

C’est ainsi qu’en février de cette année, les premiers effets de bords néfastes commencent à se voir : le prix de certaines denrées augmente assez mécaniquement. Le pouvoir d’achat des agriculteurs, qui auraient dû bénéficier de cette hausse des prix, ne bouge pas d’un iota. C’est un échec.

Arrive le mois de juin et avec lui l’amer constat qu’en plus d’une hausse de certains prix, l’interdiction de certaines formes de promotions (qui permettent d’écouler des stocks à prix négociés) aboutit à fragiliser des PME dont le modèle d’affaire dépend étroitement de cette forme de ventes. Bref : aux agriculteurs qui ne voient pas leur pouvoir d’achat augmenter, aux consommateurs qui voient le prix de certains de leurs produits augmenter, il faut ajouter certaines entreprises maintenant en difficulté à cause de cette loi. L’échec, déjà lamentable, se fait cuisant.

À ce point de l’histoire, n’importe quel gouvernement un tant soit peu responsable aurait rapidement rétropédalé pour annuler ce fatras législatif dont l’expérimentation grandeur réelle tourne aussi rapidement au vinaigre.

Rassurez-vous : après l’inévitable parcours législatif qui permet la mise en place d’une loi mal torchée écrite avec les pieds par une brochette d’incompétents suite à des pressions de lobbies ridicules qui aboutit à des effets aussi prévisibles qu’indésirables, il est absolument hors de question de se remettre en question. Nous sommes en France, après tout.

Pourtant, les protestations des entreprises, menacées de fermeture par ces mesures idiotes, sont bien remontées à la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) qui a été obligée de consentir à certaines dérogations pour sauvegarder quelques emplois (une fois n’est pas coutume). Et si ce comportement d’une rare clémence vous étonne, ne paniquez pas : la loi est destinée à rester encore jusqu’en 2020 et d’ici là, Bercy et ses minions pourraient amplement changer leur fusil d’épaule si l’odeur de la viande fraîche se faisait trop insistante sur leur museau délicat.

Pourtant, les protestations des agriculteurs, qui n’ont pas touché un rond de plus, sont bien remontées dans les différentes tubulures administratives que le pays choie de toutes ses forces. Pourtant, des enquêtes viennent maintenant confirmer ce que tous les observateurs un tant soit peu neutres avaient déjà remarqué : flûte et zut, toute cette opération n’a pas du tout profité à ceux qu’on visait d’emblée (les agriculteurs). Pire, tout indique à présent que ce sont les distributeurs qui ont largement bénéficié de cette loi et de la hausse des prix qu’elle a induit.

Autrement dit et comme le remarque finalement l’UFC Que Choisir dans une récente enquête, c’est la grande distribution qui récupère l’essentiel du bénéfice de ces hausses.

En somme, cet échec prévisible est devenu un échec total qui persiste depuis des mois et des mois, sans que ni les administrations, ni le gouvernement, ne semblent décidés à annuler au plus vite cette « expérimentation » d’ores et déjà désastreuse.

Le pompon est cependant atteint lorsqu’on découvre que, devant ce constat effarant, les syndicats agricoles, Confédération Paysanne notamment, réclament au gouvernement – je cite« l’abandon immédiat » du relèvement du SRP et l’instauration d’un « véritable rééquilibrage » des négociations en faveur des acteurs agricoles.

Apparemment, l’intervention des chiens législatifs dans le jeu de quilles agricoles n’a pas suffi pour cette confédération : s’il semble entendu pour elle qu’il faille arrêter les âneries de la loi actuelle, il n’est pas dit qu’en relançant le bastringue d’un nouvel interventionnisme millimétré on n’arrive pas, enfin, à ce miraculeux rééquilibrage que tous attendent et dans lequel les producteurs sont grassement payés, les distributeurs font une marge décente et les consommateurs trouvent des petits prix joliment adaptés à leur pouvoir d’achat microdosé.

Il est assez stupéfiant de constater que, dans ce pays, lorsqu’encore une fois et malgré la multiplication d’avertissements, on aboutit à une déroute cuisante et parfaitement prévue, certains ne renoncent toujours ni à la fin (une régulation complètement chimérique des prix par l’État), ni aux moyens (coercitifs en l’espèce).

Cette Loi Alimentation, sa déroute ahurissante parce que prévisible et coûteuse, et les réactions qu’elle entraîne maintenant sont une excellente démonstration de cet esprit français actuel qui pourrit absolument tout dans le pays et qui impose que tout problème ne trouve sa solution que dans l’État, la loi et l’usage de la force de certains groupes sur d’autres.

C’est ce même esprit qui impose qu’une fois un dispositif en place, jamais le gouvernement, l’État ou les administrations ne feront marche arrière, même devant l’échec patent.

C’est encore cet esprit qui refuse obstinément de tenir compte des bilans, des analyses des échecs et des retours d’expérience. Personne ne veut avoir à assumer l’idée même qu’une erreur ait pu être commise. La loi ne sera donc jamais annulée, elle sera amendée, triturée et noyée sous d’autres textes, décrets et correctifs ce qui permettra de transformer ce furoncle en Frankenstein législatif putride qu’on lâchera dans la nature, charge aux citoyens de s’en accommoder.

C’est cet esprit, mélange d’arrogance, d’entêtement crétin et d’idéologie collectiviste s’infiltrant dans tous les domaines qui permet d’affirmer que ce pays est foutu.
—-
Sur le web

Voir les commentaires (29)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (29)
  • On s’aperçoit que cette loi a été faite pour la grande distributions, les grandes enseignes sous couvert d’aider à remonter le niveau des rémunérations des agriculteurs. On est dans l’hypocrisie complète, le cynisme absolu!!!

    • je ne crois pas que la loi a été faite POUR la grande distribution.
      c’est un énième chapitre du grand livre « le marché ne marche pas, mais il marche mieux que toi banane »…
      H16 a pu commencer par écrire son article dès le vote de la loi…
      j’attendais d’ailleurs cet article, j’ai failli attendre!!!

      dis papa c’est quoi une marge indécente? la marge indécente mon chéri c’est quand il y a la vilaine concurrence et le vilain marché … je comprends pas papa..
      c’est normal ..contente toi de le répéter.

      • mais allons plus loin…
        bientôt la loi alimentation 2..
        obligation d’acheter français.. puis la version 3 , on vous oblige à acheter ce qu’on veut que vous achetiez..

        et H16 n’aborde pas la question de pourquoi les agriculteurs français perdent de la compétitivité…ou la volonté par exemple que les français mangent moins de viande…

  • Ce gouvernement est l’otage de ceux qui ont fait élire Macron. Le reste n’est que prétextes pour s’acheter une vertu devant la population qui, contrairement à l’auteur, se contente pour beaucoup, de rouspéter contre la hausse des prix.

  • Belle démonstration par l’exemple. Elle rappelle les multiples échecs bien connus de tous qui fonctionnent selon le même principe : ca marche pas? on en rajoute encore pour ca « marche pas » encore mieux.
    La folie est de répéter inlassablement la même chose en attendant un résultat différent (Einstein).
    Si les hommes politiques (et leurs politiques) étaient évaluées comme dans les entreprises, les choses seraient différentes.

  • tout ce qui peut faire monter les prix fait monter la tva…
    a partir de là Bercy est complice avec tout le monde

  • Si cette élite avait un tant soit peu de logique, elle ferait comme Chirac, soit rien, ou si déguster son thé à 5 heures pm.
    Mais ces cloches, juste un peu fêlées entendent un carillon parfait. Mettraient-ils des tampons auriculaires ❓
    En attendant, le coq est fier et se pavane sur son tas de fumier.
    Qu’il en profite tant qu’il en reste, le fumier devenant rare.

  • persistance dans la bêtise : une spécificité de nos politiciens/fonctionnaires.

  • J’adore : l’organigramme (‘http://h16free.com/wp-content/uploads/2014/06/parcours-institutionnel-%C3%A9tape-finale.jpg’) et le chat (‘http://h16free.com/wp-content/uploads/2014/12/cat-jump-fail.gif’)…
    Pour le reste, CPEF, encore et toujours

  • Allant uniquement chez leclerc où tout est moins cher ….et bien , je n’ai rien vu de changé avec cette loi , les fruits et legumes sont toujours aussi chers et pourris lorsqu’ils sont francais ,les prix sont independants du marché mais il y a un plus , -10% sur la carte, youppi et avec l’electricte , -20% de mieux , re youpy….pour le reste bah , faut bien vivre mais ces lois ne s’adressent pas aux agriculteurs , premier maillon ,les mineurs de fond qui doivent suer sang et eau pour vivre ,mais aux transformateurs et distributeurs ,copains comme cochons en foire….ou je n’ai rien compris une fois de plus .si la france est foutue ,pour eux , ça va bien toujours…mais pas tant que ça malgré tout avec des clients sans un rond….enfin ,vu les charriots et leur contenu ,peut etre pas.

  • Il y a cependant un motif de satisfaction pour l’Etat dans les conséquences de cette loi : le prix des alcools forts les plus consommés a augmenté d’un coup d’environ 10 % !
    De là à penser que c’était prévu – l’Etat voulant depuis longtemps mener une lutte plus sévère contre l’alcool – il n’y a qu’un pas que rien ne me retient de franchir…

    • oui moi je vote avec mon portefeuille.. je ralentis ma consommation , resultat on augmente les impots

      • Ce n’est pas l’inverse , les impots augmentent , tu consommes moins ?

        • @reactitude
          Bonjour,
          Acheter de la nourriture au supermarché, payer une facture d’eau, d’électricité, ou de gaz, faire un plein d’essence, aller au garage automobile, c’est aussi consommer. Le truc c’est que chacun des prix pratiqués augmente plus vite que les revenus. Le truc c’est qu’avec 100€ actuels, vous consommerez moins qu’avec 100€ de 2002 par exemple, qu’il y a 10 ans, ou même que l’année passée. Sur le seul poste de carburant, c’est flagrant.

          • C’est vrai et faux à la fois ! Certains produits augmentent réellement (ceux à faible niveau technologique) trop peu pour le « fabricant » et beaucoup pour le consommateur -cas de la production agricole- par contre les produits fortement technologique baissent, il suffit de comparer en Euro/Franc constant pour les PC, les TV et chaîne audio… Et à plus longue échéance, dans les années 50 combien de français avaient une voiture par rapport à maintenant !
            Pour la bouffe, il faut que le consommateur lisent un peu les étiquettes et choisissent la prod française, puis européenne avant de prendre des cerises en décembre et du raisin en mai, revenons aux consommations saisonnières qui, donc peuvent être locales !

            • En principe oui,

              mais pourquoi le raisin du Chili en décembre est il vendu moins cher que le chasselas de Moissac en saison ?

        • peut importe la consommation, les impôts augmentent toujours, c’est une constante de l’univers un peut comme l’entropie

        • non, je suis riche de tous les besoins que je n’ai pas

        • Si tu ralentis ta consommation parce que les impôts augmentent, les recettes fiscales vont baisser (ou rapporter moins qu’attendu) donc que va faire l’Etat créer d’autres taxes ou les augmenter! Mais tout à une limite, et la recette globale va stagner puis baisser. (courbe de Laffer)

  • en janvier 2020 , l’électricité va augmenter ( entre 3,5 et 4% ) ; or , quand le prix de l’énergie augmente , tout augmente , y compris le panier de la ménagère ; et comme le souligne claude henry de chasne , ça fait monter la tva …..l’état est fauché , le pays est foutu , et les citoyens n’ont plus que les yeux pour pleurer……sauf à sortir les fourches du grenier histoire de bouter hors du pays les malfrats qui dirigent si mal la France ;

    • @véra
      Bonjour,
      « l’état est fauché, le pays est foutu »
      L’Etat est fauché c’est son actualité. 2200Mds de dettes, 1000Mds de recettes, 1600Mds de dépenses. Le pays est foutu, c’est son chemin.

      « et les citoyens n’ont plus que les yeux pour pleurer… »
      Pour les parasites, les citoyens sont encore à 47% avant la sècheresse lacrimale ; ils ont une bonne marge avant que les citoyens ne pleurent plus.

    • ah ben oui mais bon faut bien faire payer tout le monde !
      et pour çà on tape sur l’incompressible

  • H16, vous devriez faire un bilan de tout ce qui est bien réalisé depuis 2 ans. Cela ne devrait pas vous prendre trop de temps.

  • Et si on laissait le marché déterminer librement les prix?
    Oui je sais, c’est une idée stupide puisque, comme chacun sait, le marché est imparfait, et l’interventionnisme parfait.

  • Comme d’hab tous ce que touche l’état est pour l’état

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Par h16

Ah, la loi Egalim ! Quel roman ! On avait déjà pu sentir le parfum délicat de la déroute complète dès son élaboration, et ces colonnes furent l'occasion, avec plusieurs articles qui lui furent consacrés, que l'échec d'ampleur biblique fut bien au rendez-vous. Cependant, avec la nouvelle décision du Conseil constitutionnel, une nouvelle strate de dégâts consternants vient s'ajouter aux précédentes déjà nombreuses.

La loi Egalim, ou loi Alimentation, c'est ce chapelet d'articles qui s'était fixé pour mission de faire inter... Poursuivre la lecture

Un article de l'Institut Molinari

En dixième position dans le classement annuel des États moralisateurs de l’UE, la France multiplie les interdits sur le tabac, l’alimentation et l’alcool.

L’Institut économique Molinari publie la troisième édition[1. Cette étude a été réalisée par Christopher Snowdon. Christopher est Directeur de la division économie des modes de vie à l’Institute of Economic Affairs à Londres. Il est spécialiste des questions réglementaires liées aux modes de vie. Son travail a été réalisé en partenariat avec p... Poursuivre la lecture

Ce fut long, ce fut rude, mais nous y sommes à peu près parvenus : l'imprévisible a été courageusement repoussé hors de France et depuis, tout se déroule exactement comme prévu. C'est-à-dire mal.

Il y a de cela quelques années, on voyait déjà monter, comme une mayonnaise aussi onctueuse qu'épaisse, la nécessité d'une grosse loi joufflue pour insérer un peu plus l'État, ses normes, obligations, contraintes et autres taxations dans le domaine de l'alimentation, pourtant déjà bien investi par lui auparavant : l'interventionnisme étatique ... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles