Il n’y a pas assez de femmes scientifiques car les jouets sont sexistes

Business Fashion By: BarbieFantasies - CC BY 2.0

Par h16.

Certes, il est maintenant possible de mettre dès trois ans votre enfant à l’école maternelle. Mais avant cela, il s’écoule tout de même plus de mille jours pendant lesquels votre progéniture échappe totalement aux bons soins de l’État. Heureusement, Emmanuel Macron, le président de tous les Français, y compris des petits lardons de moins de trois ans, a bien compris le problème et entend donc y remédier.

Pour lui, c’est clair : il faut absolument agir le plus tôt possible, avant même la naissance et dès la conception s’il le faut, pour enfin donner à tous les mêmes chances, c’est-à-dire les mêmes probabilités d’être consciencieusement broyés dans l’un ou l’autre rouage idiot d’une administration aveugle et impitoyable.

Le constat est sinon implacable, au moins logique : qui, mieux que l’État peut s’occuper si bien des enfants, même en bas-âge ? Après tout, parce que l’État s’occupe déjà si bien des enfants plus âgés, des adolescents, des adultes, parce que les handicapés, les personnes âgées, les chômeurs et les réfugiés peuvent déjà lui dire merci chaleureusement, il semble normal que les bambins soient les prochains sur la liste à passer au hachoir festif et au broyage administratif à coups de cerfas rigolos, ne trouvez-vous pas ?

Vous trouvez que j’exagère ?

Eh bien à vrai dire, si on s’en tient aux premières idées qui fleurissent, force est de constater qu’on est plutôt en dessous de la réalité : l’enjeu semblant d’ores et déjà porter sur « une société plus égalitaire », tout sera donc fait pour que la moindre différence soit correctement aplanie, à coups de lois dans un premier temps (avant de passer au bulldozer ensuite puis aux coups de pelle sur la nuque dans un dernier temps pour les plus récalcitrants, comme le veut la tradition).

Dès lors, voici notre gouvernement poussé à agir immédiatement en proposant l’établissement d’un nouveau papelard qui s’accompagnera, soyez en certain, d’une vigoureuse bordée de contraintes un jour ou l’autre prochain. Pour le moment, il s’agit simplement d’une charte pour lutter contre les stéréotypes dans les jeux, les joujoux et autres divertissements de nos chers bambins.

En charge de l’indispensable initiative, la secrétaire d’État à l’Économie Agnès Pannier-Runacher précise ainsi :

« On cherche à travailler sur la création de nouveaux jouets, la façon dont on en parle dans les annonces et la façon dont on les vend »

Oui oui, vous avez bien lu : Agnès cherche à travailler, ce qu’on ne peut qu’encourager, puisque tant qu’elle cherche ainsi, c’est avec l’argent des contribuables. En revanche, elle cherche aussi à travailler sur la création de nouveaux jouets, évaluer comment on les vend ou comment on en parle, ce qui ne semble absolument pas relever ni des devoirs régaliens de l’État, ni même du ministère de l’Économie (dont les productions ludiques ont plutôt tendance à filer des hémorroïdes aux Français), ni encore mois au secrétariat d’État dont elle a la charge.

À bien regarder la mission du ministère en question, non, décidément ma petite Agnès, vous n’avez pas à passer votre temps et donc cramer l’argent du contribuable pour créer de nouveaux jeux, vos concitoyens ont déjà le fondement suffisamment refaits des productions de vos prédécesseurs pour se passer des vôtres.

Mais si on devait se formaliser pour si peu, on ne s’en sortirait pas tant, à bien y regarder, toute l’administration française semble tendue comme un seul homme dans ses multiples missions de jouer les mouches du coche et d’obstinément intervenir partout où les choses ne vont pas déjà assez mal. Et comme la petite enfance n’était que partiellement sabotée par les délires technocratiques, l’étape actuelle (des secrétaires d’État s’improvisant designer ludiques) semble logique.

Enfin, logique, utilisons ce mot avec la légèreté qui sied à tout ce qui touche au gouvernement français puisque, pour notre secrétaire, l’impérieuse nécessité de tripoter des jeux d’enfants est partie selon elle d’un constat « économique » :

« La présence d’un nombre limité de femmes dans les carrières scientifiques. »

Bon, en fait, il s’agit plutôt d’un constat sociétal mais baste, si les politiciens utilisaient les mots idoines pour décrire vraiment leurs idées, cela ferait belle lurette qu’ils auraient tous été pendus haut et court en place publique.

Indépendamment, il reste le constat, exact, que les femmes choisissent moins souvent les carrières scientifiques que les hommes.

Or, pour nos élus en charge de l’aplanissement des inégalités au bulldozer législatif, quoi de plus insupportable comme différence que celle introduite par le sexe ? Quoi de plus rageant que constater que, indépendamment de la société, de la culture, l’histoire, les petits garçons ont la fâcheuse tendance de se diriger davantage vers les sciences que les petites filles ?

Oui, certes, cette tendance est observée partout dans le monde. Certes, plus une société est égalitaire sur le plan du genre, moins les femmes se dirigent vers les sciences. Certes.

Mais en réalité, on l’a bien compris, il ne s’agit pas ici de lutter vraiment contre les inégalités ; cette initiative n’est que l’aboutissement logique des efforts de propagande et d’infiltration d’idées déjà proférées plusieurs années auparavant : eh oui, qui se souvient des actions menées en 2014 qui visaient précisément ces mêmes domaines des jeux et l’insistance de certaines associations lucratives sans but louable à vouloir absolument dégenrer un peu tout ce qui leur passait par la tête ?

Finalement, les choses vont vite en sociale-démocratie lorsque tout l’appareil d’État a compris tout le bénéfice de contrôle qu’il pouvait retirer de ces lubies : il n’a fallu que cinq ans à ces idées plus ou moins farfelues pour devenir des leviers présentés comme opérationnels dans une lutte contre un problème fantasmé.

Car on est bien dans le fantasme, l’idée idiote qui consisterait à dire que les jeux formateraient l’esprit humain, raisonnement dans la même lignée que celui insistant pour dire que les jeux vidéo rendent violent (quand avant, ce fut le rock’n’roll ; manifestement, s’il y a bien un recyclage qui fonctionne à merveille, c’est celui des idées moisies), comme en témoigne l’une des membres de ces associations effervescentes :

« Dans la construction de soi et donc dans l’orientation, la place du jouet est fondamentale, si on ne donne pas à voir à des jeunes filles des jouets qui sont en lien avec la science, elles ne pourront pas se projeter dans ces métiers-là »

D’ailleurs, c’est bien simple, depuis que Super Mario et le Monopoly existent, le nombre de plombiers et de traders a littéralement explosé, ce qui suffit amplement à démontrer l’impact réel des jeux et des jouets sur l’esprit malléable des enfants. Heureusement que Pac Man n’a eu qu’un tout petit succès d’estime sinon nous aurions assisté à une invasion d’adultes spécialisés dans l’enfilage de boules de gomme.

En fait, dans ce contexte et avec ce mode de raisonnement, on part du principe que les petits garçons deviennent des hommes parce qu’ils jouent à des jeux de garçons. C’est aussi simpliste qu’idiot et cela occulte complètement la réflexion diamétralement opposée et nettement plus réaliste : les jouets et les jeux sont à ce point typés parce que les petits garçons sont des hommes en devenir, parce que les petites filles sont des femmes en devenir. Et non, bien évidemment, cela n’impose en rien qu’un petit garçon ne puisse pas avoir de poupée, une petite fille de garage à voitures, pas plus que cela interdirait à des parents de laisser leur jeune fils jouer à Barbie ou leur petite fille de monter un Légo.

Mais voilà : dans la société que ces associations construisent, si certaines différences sont louangées avec des chorales à 120 dB en son dolby, d’autres différences sont, elles, hideuses, à proscrire et parmi celles-là, celles qui voient moins de femmes, pourtant libres de leur choix, postuler dans les sciences dures. C’est insupportable.

La France est un pays merveilleux mais pour son État et son administration, il y reste tant et tant d’espaces de liberté à coloniser que chaque jour ne suffit pas à ajouter toutes les lois, programmes et autres décrets qui permettront enfin de réaliser un pavage complet de bonnes intentions de l’ensemble du territoire.


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