Donald Trump limoge John Bolton : un revers pour les néoconservateurs ?

Aujourd’hui, Donald Trump renvoie John Bolton, ce qui peut apparaître comme un camouflet public à l’endroit des plus rigides des néoconservateurs.

Par Frédéric Mas.

Donald Trump a congédié son conseiller à la sécurité nationale John Bolton mardi. Il a déclaré sur twitter : « J’ai informé John Bolton hier soir que ses services ne sont plus nécessaires à la Maison Blanche. Je n’étais pas du tout d’accord avec bon nombre de ses suggestions, comme l’ont été d’autres membres de l’administration, et par conséquent… J’ai demandé à John sa démission, qui m’a été donnée ce matin. Je remercie John pour ses services. »

Réaction assez inédite en politique américaine, au moins depuis l’arrivée de Donald Trump au pouvoir, John Bolton s’est empressé de répondre au président des États-Unis en le contredisant.

Faut-il voir ici un signe du chaos qui règne au sommet de l’État américain, ou plus sûrement, une démonstration supplémentaire de l’extraordinaire rigidité idéologique du néoconservateur Bolton face à un Donald Trump toujours prêt à négocier pour arriver à ses fins ?

La guerre partout

Ce n’est vraisemblablement pas une question de fond qui a séparé les deux hommes, puisque Bolton a été immédiatement remplacé par son second, Charlie Kupperman. Les deux hommes s’inscrivent dans la même nébuleuse qui a eu son heure de gloire sous la présidence de George Bush Jr après les attentats du 11 septembre. Face à la nouvelle situation internationale créée par le terrorisme, les néoconservateurs pensaient pouvoir utiliser l’hégémonie politique, militaire et diplomatique américaine pour façonner un monde à leur convenance, le tout sous couvert de « démocratisation ».

En pratique, ses défenseurs les plus radicaux, dont John Bolton, défendaient la guerre permanente pour défendre les intérêts américains, encourageant les interventions militaires en Afghanistan ou au Proche-Orient, avec les succès qu’on connait. Le point culminant de ce désastre fut la guerre en Irak, qui, au lieu d’endiguer le terrorisme, le fit exploser, déstabilisa une région entière, fit reculer durablement l’influence américaine au profit de ses adversaires stratégiques et engendra un coût humain et matériel immense.

Toujours la guerre

Pour John Bolton, les 20 dernières années de recul des États-Unis au Proche-Orient n’ont pas servi de leçon, et la solution reste la même là où les intérêts américains, ou de ses alliés, sont en jeu : il faut bombarder l’Iran, comme il faut changer le régime nord-coréen par la force, ou intervenir au Venezuela, en Syrie, en Lybie en y envoyant des Marines, dont la vie ne semble pas coûter trop cher comparée aux bénéfices « démocratiques » espérés.

Les trois erreurs des interventionnistes

L’ancien conseiller du président Trump représente à merveille ce que Nassim Taleb nomme les interventionistas, ces élites occidentales qui soutiennent l’intervention militaire partout dans le monde sans avoir à en payer les conséquences.

Pour Taleb, ces interventionistas, en en appelant à la guerre permanente et au changement de régime, font trois erreurs constantes : premièrement, ils pensent en termes statiques, et sont donc incapables de comprendre les étapes qui suivent l’intervention militaire. Deuxièmement, ils ne comprennent pas que les systèmes complexes n’ont pas d’effets unidimensionnels évidents. Troisièmement, les interventionistas sont incapables de prévoir ceux qu’ils aident en intervenant1.

Concrètement, quand les bureaucrates du département d’État américain ont armé les Talibans pour endiguer l’expansion soviétique en Afghanistan, ils n’ont jamais envisagé les conséquences de leurs actes, tout comme les faucons n’envisagent en aucun cas les conséquences désastreuses sur le plan humain de leur propagande en Lybie, en Syrie, en Irak, en Iran, en Ukraine etc.

Aujourd’hui, Donald Trump renvoie John Bolton, ce qui peut apparaître comme un camouflet public à l’endroit des plus rigides des néoconservateurs. Cela augure-t-il pourtant un changement de conduite en politique étrangère ? Il semblerait en tout cas que le locataire de la Maison Blanche se fasse pragmatique et ouvert au dialogue avec ses homologues du Kremlin, d’Afghanistan ou même de Pongyang. Sans doute faut-il aussi voir ici une sorte de recentrage américain sur la Chine, faisant des autres puissances concurrentes des menaces de moindre envergure comparées au géant asiatique. En tout cas, une chose est sûre, le monde d’aujourd’hui ne se prête plus aux lectures manichéennes proposées par les néoconservateurs.

  1. Nassim Nicholas Taleb, Jouer sa peau, Les belles lettres, 2017, p. 20, trad. C. Rimoldy.
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