Chaleur estivale : le prix de la climatisation a chuté de 97 % depuis 1952

Grey cat on air conditioner by pjrusello(CC BY-NC 2.0) — pjrusello, CC-BY

Combien payons-nous pour rester au frais ? L’évolution du prix de la climatisation va vous surprendre.

Par Alexander C. R. Hammond et Gale L. Pooley1, depuis les États-Unis.

Cet été, les vagues de chaleur ont provoqué des températures record dans toute l’Europe. La France, le Royaume-Uni, la Belgique, l’Allemagne, le Luxembourg et les Pays-Bas ont tous connu leurs plus hautes températures depuis le début des relevés. De ce côté-ci de l’Atlantique, la météo n’a guère été meilleure : plus des deux tiers des États-Unis étaient aux prises avec ce que le Washington Post a décrit comme une « vague de chaleur potentiellement mortelle ».

Avec toutes ces températures étouffantes, il peut être utile de nous intéresser à la climatisation, cette invention toute simple qui nous permet d’échapper à la chaleur estivale, d’habiter dans des endroits auparavant invivables, d’augmenter notre productivité au travail et d’éviter à des millions de gens d’être frappés mortellement par la canicule. Elle est utilisée par des centaines de millions de personnes dans le monde et, heureusement, elle devient de plus en plus abordable.

Contre les méfaits climatiques, les bienfaits des progrès techniques : la climatisation !

La climatisation a été inventée il y a 117 ans, en 1902, par Willis Carrier à Brooklyn, New York. Carrier a inventé cette machine pour une maison d’édition locale, qui rencontrait des problèmes causés par la chaleur et l’humidité dans sa fabrique. Les étés étouffants de Brooklyn faisaient que le papier d’impression de l’atelier d’édition absorbait souvent l’humidité de l’air, entrainant des gonflements et des déformations qui détérioraient l’alignement des couleurs sur les pages imprimées, causant des pertes financières.

Bien que la climatisation ait d’abord été utilisée à des fins industrielles, elle a gagné en popularité durant l’essor économique d’après-guerre, dans les années 1950, et son utilisation s’est répandue aux bureaux, hôtels, magasins, cinémas et résidences privées. L’un des aspects les plus impressionnants de l’invention de la climatisation est la rapidité avec laquelle elle est passée d’un bien de luxe réservé aux plus riches à un produit abordable pour le plus grand nombre.

Selon Measuringworth.com, en 1952, le salaire horaire moyen des ouvriers (les cols bleus) était de 1,72 dollars. À l’époque, comme Michael Cox et Richard Alm l’ont constaté dans leur étude de 1997 intitulée Time Well Spent: The Declining Real Cost of Living in America, le prix moyen d’un climatiseur de 1600 watts était de 350 dollars. Cela signifie qu’en 1952 un ouvrier devait travailler 203 heures pour gagner suffisamment d’argent pour s’acheter un appareil de climatisation.

Aujourd’hui, Walmart vend un climatiseur beaucoup plus efficace de 1700 watts (avec télécommande) pour seulement 178 dollars. Avec le salaire horaire actuel d’un ouvrier de 32 dollars, il ne faut plus que 5,56 heures de travail pour acheter un tel climatiseur. Cela signifie que le prix en temps de travail (le nombre d’heures de travail nécessaires pour gagner assez d’argent pour acheter un produit) de la climatisation a baissé de plus de 97 % depuis 1952.

En d’autres termes, pour la même quantité de travail qu’il a fallu pour acheter un climatiseur en 1952, vous pouvez en acheter plus de 36 aujourd’hui.

Si toute la population des États-Unis (158 millions) avait acheté un climatiseur en 1952, il aurait fallu au total 32,1 milliards d’heures de travail. Alors que la population des États-Unis a augmenté de 109 % pour atteindre 330 millions d’habitants, il ne faudrait aujourd’hui que 1,8 milliard d’heures de travail pour que chaque Américain ait les moyens d’acquérir un climatiseur. Cela signifie que même si la population a augmenté, la climatisation est devenue nettement plus accessible pour tous.

Surpopulation rime avec surabondance de biens

Nous nommons « surabondance » le phénomène selon lequel la baisse du prix calculé en temps de travail est proportionnellement plus rapide que la croissance de la population. Pour en savoir plus sur cette « surabondance », consultez le site web du nouveau projet de HumanProgress.org : The Simon Project. Contre toute attente, le projet Simon montre que le prix calculé en temps de travail des biens et des ressources diminue à mesure que la population augmente. Au lieu de provoquer des pénuries, des personnes supplémentaires rendent les biens et les ressources plus abondantes.

La baisse du prix de la climatisation est une tendance commune à presque tous les appareils ménagers, des grille-pain aux téléviseurs, des lave-vaisselle aux micro-ondes, des barbecues aux robots mixeurs.

En attendant le retour de la fraicheur automnale, nous devrions nous réjouir qu’une machine qui a sauvé et amélioré des millions de vies dans le monde continue de devenir de plus en plus abordable et abondante.


Sur le web. Traduction : Raphaël Marfaux pour Contrepoints.

  1. Gale L. Pooley est économiste, professeur associé à la Brigham Young University de Hawaï.
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