Darknet, GAFA, Bitcoin : l’anonymat est un choix

Big Brother nous regarde, mais cela signifie-t-il que la bataille est perdue ? Pouvons-nous encore agir est rendre la surveillance généralisée obsolète ?

Par Farid Gueham.
Un article de Trop Libre

« Les données de chaque habitant de la planète constituent un inquiétant trésor. Stockées, valorisées, capitalisées par les GAFA, ces Big Data d’une valeur inestimable appartiennent à des sociétés américaines, jamais européennes ».

Dans son ouvrage, Laurent Gayard nous offre une incursion dans le maquis de la guerre des données, un environnement où pour pouvoir agir, l’anonymat est non seulement un choix, mais aussi une arme. « Dire que défendre votre vie privée ne vous intéresse pas, parce que vous n’avez rien à cacher, revient à dire que vous êtes indifférent à la liberté d’expression parce que vous n’avez rien à dire ». Ces propos d’Edward Snowden sonnent comme un rappel, une mise en garde pour tous ceux qui considèrent encore le piratage comme du bidouillage. Big Brother nous regarde, mais cela signifie-t-il que la bataille est perdue ? Pouvons-nous encore agir est rendre cette surveillance obsolète ?

Internet : de la vitrine à la prison de verre

« L’affaire Snowden a montré en 2013 que les agences de renseignement et services des gouvernements savaient désormais comment tirer profit des avancées technologiques pour tenir à l’œil notre « humanité connectée », et les tout-puissants GAFAM ». 

Nous y sommes, le Panopticon, « panoptique » en français, prison permettant la surveillance généralisée imaginée par Jeremy Bentham à la fin du XVIIIe siècle, est aujourd’hui une réalité. Le succès des réseaux sociaux en atteste. Nous vivons dans l’ère du panoptisme numérique et au lieu de nous libérer, Internet nous a enfermé dans une prison de verre virtuelle.

Mais après une décennie d’extraversion sur les réseaux sociaux, nous constatons une regain d’intérêt pour l’anonymat et la protection des données privées. « Dans l’ère du Big Data, les données sont avidement rassemblées et analysées : les entreprises et les organisations les utilisent pour personnaliser des services, optimiser les processus de prise de décision, prévoir des tendances futures et plus encore ». Trente ans après la naissance du réseau des réseaux, une introspection s’impose afin de mieux comprendre l’intérêt que suscitent nos données personnelles et de nous prémunir de ces usages non souhaités et d’aller encore plus loin dans l’exploration des réseaux cachés et des cryptomonnaies.

D’Archie à Google

« Quand Page et Brin lancent leur société Google en 1998, plusieurs moteurs de recherche existaient alors sur Internet qui avait un visage bien différent de celui d’aujourd’hui. Le premier moteur de recherche proposé sur Internet était Archie (« Archive » en abrégé) ». 

La première version d’Archie fut lancée en 1990, avant même que l’administration Clinton ait pris la décision d’ouvrir le réseau internet aux opérateurs privés. Et avec le lancement par Tim Berners Lee et Robert Cailliau du World Wide Web, l’apparition et la multiplication du nombre de véritables sites Internet en ligne allaient conférer au navigateur le succès qu’on lui connaît. Aujourd’hui, Alphabet, la maison-mère de Google pèse 773 milliards de dollars en bourse.

C’est l’avènement de la « googlocratie » : fini Altavista, Lycos, Google règne sans partage ou presque sur le web. La légende veut que les dirigeants de Google aient conservé la table de ping-pong qui servait à leurs premières réunions et au cours des années, cette table va réunir des investisseurs de plus en plus conséquents. En 1999, le moteur de recherche est capable de traiter trois millions de recherches quotidiennes.

Un an plus tard, le moteur Google est capable d’effectuer des recherches en anglais, allemand, danois, espagnol, finnois, français, italien, néerlandais. En 2000, Google lance son service d’information en continu, Google News, Gmail en 2002, Chrome en 2008. « En 2015, Sandar Pichai, vice-président de la société annonçait que Google Chrome comptait un milliard d’utilisateurs et Gmail 900 millions, contre 475 millions pour Outlook, son principal concurrent. [… ] La googlocratie pouvait célébrer un triomphe presque sans partage », constate Laurent Gayard.

Idiocratie 2.0 : souriez, vous êtes hackés

« Facebook a tout tenté, en effet pour capter et retenir l’attention des utilisateurs. Comme le jeu, la nicotine, l’alcool, ou l’héroïne, Facebook et Google, plus particulièrement à travers sa filiale YouTube, proposent une satisfaction à court terme sortie de sévères effets secondaires sur le long terme entraînés par des sollicitations constantes ».

Pour le PDG de Netflix, le premier concurrent de son entreprise est… le sommeil. Nous dormons ainsi 8,8 heures par jour, regardons la télévision 3 heures par jour, mangeons et buvons pendant une heure, lisons 19 minutes et pratiquons une activité sportive pendant 17 minutes.

Le reste du temps, nous le consacrons à Facebook, SnapChat, Google, YouTube, au fil de nos like, partages de photos et autres publications. Mais l’humanité n’est peut-être pas perdue, comme en témoigne le lancement par Microsoft de son intelligence artificielle, Tay le 23 mars 2016.

L’IA imite à la perfection le comportement d’une adolescente accro aux réseaux sociaux, naïve et généreuse en publications. Après une journée d’échanges intensifs sur twitter, Tay bascule dans le côté obscur des réseaux sociaux et tweete que « toutes les féministes doivent brûler en enfer » et finit par proclamer « qu’Hitler avait raison », qu’elle « déteste les Juifs ».

Le jour où une intelligence artificielle viendra menacer l’être humain, la solution est toute trouvée pour Laurent Gayard : « il suffira de lui créer un compte Facebook ou Twitter pour qu’elle devienne aussi stupide que nous et nous laisse en paix ». 

Rendre big brother obsolète : promesses et mirages de la blockchain

« La prudence devrait en effet conduire les utilisateurs d’Internet à se méfier également du trop grand pouvoir accumulé par les GAFA et à accueillir avec un peu plus de sens critique les avancées technologiques vantées par les ingénieurs ou entrepreneurs qui promettent de changer le monde avec un large sourire et un IPad ». 

La science ne devient dangereuse que lorsqu’on la met au service de l’idéologie, de l’utilitarisme et d’un monopole du « trop puissant » conclut Laurent Gayard.

Pour aller plus loin :

–       « Prisons du panoptique : de Bentham à Michel Foucault »lemonde.fr

–       « D’Archie à Google : l’histoire des moteurs de recherche », lacroix.com

–       « Connaissez-vous Robert Cailliau, le co-inventeur du web », franceculture.fr

–       « A peine lancée, une intelligence artificielle de Microsoft dérape sur twitter », lemonde.fr

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