La France va-t-elle profiter du déclin du modèle économique allemand ?

Emmanuel Macron et Angela Merkel au lendemain de l'élection du Président, mai 2017

La France a des atouts… mais ils sont éphémères et intrinsèquement liés à ses faiblesses. En termes de croissance, 2020 ne sera pas 2019.

Par Nicolas Perrin.

La France ne profitera pas des difficultés allemandes à venir. C’est même l’Union européenne (UE) dans son ensemble qui va pâtir du passage à une économie mondiale de services.

Par ailleurs, le passage progressif de chaînes de valeur globales à des chaînes de valeur régionales va contraindre l’UE à se concentrer sur sa demande interne, lui faisant ainsi perdre le supplément de croissance qu’elle tire pour le moment des exportations vers les économies plus vigoureuses du reste du monde.

Dans un tel contexte, la France va-t-elle pouvoir tirer son épingle du jeu ?

2019 : la France au-dessus de l’Allemagne, mais pour de mauvaises raisons

Comme l’explique Natixis, la France a les atouts de ses (nombreuses) faiblesses. Mais cela ne va pas durer.

Voici ce que constate la banque :

« 2019 devrait être une assez bonne année pour la France, mais pour des raisons peu satisfaisantes et qui ne sont pas durables :

 – la hausse du déficit public, avec la hausse des transferts aux ménages et les baisses d’impôts, mais elle ne se produit qu’en 2019, après il faudra réduire le déficit public ;

– l’accélération des salaires, avec les incitations gouvernementales et les difficultés d’embauche des entreprises, mais elle dégrade la compétitivité ;

– la baisse de l’inflation avec celle du prix du pétrole, qui devrait se redresser en 2020 ;

– le poids faible de l’industrie en France, qui est un des problèmes structurels majeurs de la France, mais qui la protège en 2019 du retournement cyclique mondial à la baisse de l’industrie. 

Tout ceci montre que si 2019 sera une assez bonne année pour la croissance de la France, 2020 devrait être une année beaucoup plus difficile. »

On en revient à ce que je vous faisais remarquer dans mon précédent billet : le dernier de la classe ne fanfaronne jamais très longtemps.

Par ailleurs, notez que notre état de désindustrialisation avancé nous épargne les problèmes de notre voisin d’outre-Rhin. On se console comme on peut… mais le monde ne tourne jamais à l’envers très longtemps.

2020 : les embryons de réformes n’empêcheront pas la dégradation de la situation économique

Inutile de vous faire un dessin : on est sur le symétrique de la situation de 2019, avec pour seul contrepoint les embryons de réformes du gouvernement Philippe.

Quelle économie après la désindustrialisation ?

Pour le moment, comme l’explique Natixis, « le développement du bas de gamme entretient l’illusion » avec « la croissance des emplois dans les services domestiques peu sophistiqués (distribution, transport, services à la personne, hôtels restaurants) » et, bien sûr, « l’excédent extérieur fortement croissant pour le tourisme » – lequel durera aussi longtemps que la déplorable gestion publique de notre patrimoine national permettra à ce dernier de tenir debout.

Tant la croissance que l’emploi et la balance courante sont in fine « sauvés » par le bas de gamme, le déficit public et la politique monétaire laxiste de la BCE.

Sauf qu’à plus long terme, nous allons devoir faire face à un problème de taille :

Comme le dit Natixis, « on ne voit pas comment la désindustrialisation de la France pourrait s’arrêter ». La liste de nos ennuis est en effet longue comme le bras :

« — la demande mondiale de produits industriels s’affaiblit ;

— la compétitivité/coût de l’industrie française ne s’améliore pas ;

— le niveau de gamme relatif de l’industrie française ne se redresse pas ;

— l’évolution de l’industrie automobile va réduire la valeur ajoutée industrielle ;

— l’industrie a des difficultés de recrutement importantes. »

Outre le fait que notre désindustrialisation va dégrader notre commerce extérieur, il faut s’attendre également à ce qu’elle ait des effets défavorables sur le pouvoir d’achat puisque « le niveau de productivité et de salaire est plus élevé dans l’industrie que dans le reste de l’économie », comme le rappelle Natixis.

(À supposer bien sûr que l’on puisse recaser tout le monde dans les services, sans quoi l’on risque de finir par regretter notre taux de chômage à un chiffre.)

Seulement voilà : avoir un déficit extérieur important, cela est strictement impossible sur le long terme. Comment une telle situation peut-elle alors se résoudre ?

Là encore, Natixis propose une réponse.

Vous vous doutez que la France n’est pas le seul pays dans cette situation. Nos frères d’armes sont en l’occurrence l’Espagne, l’Italie, l’Inde, la Turquie ou encore le Brésil, pour les plus significatifs d’entre eux.

Il existe trois solutions pour faire disparaître un déficit extérieur, explique Natixis :

« – Soit la dépréciation du taux de change (Inde, Turquie) ;

– soit la réduction des salaires (à la fois pour diminuer la demande intérieure et pour améliorer la compétitivité-coût, comme en Espagne) ;

– soit la hausse des taux d’intérêt (pour réduire la demande intérieure, comme en Italie).

 Un ajustement macroéconomique est donc inévitable dans les pays où la spécialisation productive conduit à une industrie de trop petite taille. »

Comment la France pourrait-elle s’en tirer ?

Notre pays ne peut pas mettre en œuvre la première ni la dernière des solutions ci-dessus puisqu’il ne contrôle plus sa politique monétaire. Reste la voie qu’a suivie l’Allemagne entre 2003 et 2005, et plus récemment l’Espagne.

Sauf à ce que la France retrouve sa souveraineté monétaire, voilà donc qui nous promet encore de nombreux samedis agités.

Reste alors une dernière possibilité, continue Natixis : « Accroître le niveau de gamme de [la] production, en modernisant le capital des entreprises, en améliorant les compétences de la population active. » Mais ceci ne peut pas se faire en un claquement de doigts et, en attendant, la France continuera « à perdre des parts de marché et à se désindustrialiser ».

Évidemment, une telle politique devrait passer par l’abandon du clientélisme de notre classe politique, et réciproquement par la fin de l’approbation de « la facilité » par les électeurs.

C’est donc toute notre politique actuelle qui est à revoir.

On peut toujours rêver…

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