Macron-Trump au D-Day : règlement de comptes à Omaha Beach

Emmanuel Macron n’a pas pu s’abstenir, hier sur les plages normandes, d’envoyer des salves à Donald Trump. Le président américain était venu, lui, rendre hommage aux soldats tombés le D-Day.

Par Ludovic Delory.

Sur les plages du Calvados encore souillées par le souvenir des milliers de soldats morts, Emmanuel Macron n’a pas seulement convoqué l’Histoire. Il a aussi évoqué la basse actualité politique du moment.

Dans son discours de commémoration du 75e anniversaire du Débarquement de Normandie, le président de la République n’a pas pu s’empêcher de faire une allusion très nette à l’état actuel des relations franco-américaines. S’adressant directement à Donald Trump, il a déclaré, en se tournant vers l’hôte de la Maison Blanche :

L’Amérique, cher Président Trump, n’est jamais aussi grande que lorsqu’elle se bat pour la liberté des autres.

Cette petite phrase n’avait rien d’anodin. Les commentateurs politiques (surtout français) ont immédiatement souligné le côté politique du discours macronien, avec des allusions à peine voilées au multilatéralisme que « pourfend » le président Trump, selon les termes de l’AFP.

Et c’est ainsi que, dans les allées du cimetière de Colleville-sur-Mer, devant une poignée de vétérans, devant 10 000 personnes venues se souvenir auprès des 9387 tombes blanches qui surplombent Omaha Beach, Emmanuel Macron a disserté sur l’état actuel du monde. En insistant sur ses divisions. Trump critique les instances internationales ? Macron cite en exemple les Nations Unies et l’OTAN. Trump soutient le Brexit ? Macron cite l’Union européenne.

Macron politique, Trump patriotique

Ce règlement de comptes avait-il sa place sur un lieu de mémoire ? Certes, les récentes attaques de Donald Trump envers la politique européenne — et française en particulier — n’ont pas manqué de secouer les rédactions et les corps diplomatiques, au cours des derniers mois.

Mais de son côté, le président des États-Unis a livré un discours patriotique ne laissant place à aucune allusion polémique. Un discours émaillé d’anecdotes historiques et d’hommages personnalisés aux vétérans présents sur place.

Hier, le contraste était saisissant. Un discours politique face à un discours d’hommage.

Sur cette terre de France libérée par les Alliés, le président Macron a, certes, rendu hommage à la « relation historique » qui lie son pays aux États-Unis, mais il n’a pu s’empêcher de multiplier les allusions à ce qui, aujourd’hui, sépare la France de son allié transatlantique : le dossier nucléaire iranien ou la coulée à pic des accords de Paris sur le climat.

Et, comme pour alimenter encore l’hostilité latente en ce jour du souvenir, une poignée de membres de collectifs ont manifesté, à Caen, contre la présence de Donald Trump.

Voici l’image que donne la France à son allié américain, 75 ans après l’un des jours les plus importants de son Histoire : celle d’un pays désarçonné, enferré dans son conformisme jacobin, probablement revanchard mais, fort heureusement, jamais oublieux de sa dette.