Élections nationales et régionales en Belgique: « It’s the governance, stupid ! »

parlement Belgique drapeau Bruxelles Europe — Ludovic Delory, 2018,

Dimanche dernier, les électeurs belges ont choisi : la droite au Nord, la gauche au Sud et à Bruxelles. Tout le monde veut gouverner, mais qui pense à vraiment réformer le petit royaume ?

Par Thierry Godefridi.

Un ami américain m’a demandé de lui expliquer les résultats des élections législatives et régionales qui ont eu lieu dimanche dernier en Belgique, en même temps que celles pour les 21 sièges attribués à la Belgique au sein du Parlement européen à raison de 12 pour la communauté flamande, 10 pour la communauté francophone et un pour la communauté germanophone.

Ces 21 sièges, répartis en trois collèges électoraux distincts, sur les 751 sièges qui composent le Parlement européen confèrent à la représentation belge un poids cumulé de 2,8 %. Autant dire que si la fonction de député européen est lucrative et attrayante pour ceux qui ont la chance de l’exercer et de s’y faire oublier, parfois pendant des lustres, l’élection des membres du Parlement européen ne suscite pas des débordements d’enthousiasme en Belgique – où le vote est non seulement un droit, mais aussi un devoir : il est obligatoire.

Étant donné qu’un parti politique se voit octroyer des moyens financiers par l’État en fonction de sa représentation au Parlement « fédéral » (Chambre des représentants et Sénat) et du nombre de voix récoltées à ce niveau, c’est là que se situe, pour les partis belges, l’un des principaux enjeux des élections. La perte de quelques pourcents de voix et d’un certain nombre de sièges, voire du seul siège qu’elle occupait à la chambre, peut obliger une formation politique à effectuer de délicats choix d’ordre budgétaire, voire la condamner à vivoter ou à disparaître.

La vague verte s’écrase sur la réalité

Au niveau du Parlement fédéral, l’on s’attendait, portée par les marches pour le climat et les sondages, à une vague verte. Groen, côté flamand, et Ecolo, côté bruxellois et wallon, s’imaginaient déjà qu’ils fourniraient le prochain Premier ministre et formeraient le gouvernement. Certes, Groen (de 0,8 %) et Ecolo (de 2,8 %) ont progressé par rapport à leurs résultats de 2014, mais, avec 6,1 % des suffrages chacun (vu au plan national, s’agissant du Parlement fédéral), ils échouent en cinquième position derrière la N-VA (l’Alliance nationaliste flamande), qui a obtenu 16 % à elle seule, et les trois familles traditionnelles, la socialiste (PS + SPA), la libérale (Open VLD + MR), la démocrate chrétienne (CD&V + CDH), respectivement créditées de 16,2 %, 16,1 % et 12,6 % au niveau national.

Leur échec relatif, les écologistes le doivent à ce que nombre de leurs sympathisants n’ont pas perdu tout sens des réalités. Quand la présidente de Groen avance, dans un débat à la télévision flamande, qu’il suffirait d’obliger les banques à mobiliser l’épargne privée dans les investissements verts pour accélérer la transition énergétique, le président de la N-VA rétorque à raison que cela porte un nom, le communisme. La proximité des écologistes avec le parti marxiste (8,6 % au niveau national) a aussi été illustrée dans leur organisation conjointe de marches pour le climat ainsi que dans un tract électoral (aux relents communautaristes) distribué à Bruxelles par Ecolo qui mettait en évidence leurs convergences de vues.

La peur de l’étranger a fait recette

Ensemble, les Verts ne font que deux dixièmes de pourcent de mieux que le Vlaams Belang, le parti ultra-nationaliste flamand (11,9 %). La peur du climat a été moins mobilisatrice que le thème de la crise migratoire et de l’intégration (avec Theo Francken, deuxième – derrière son président, Bart De Wever – au coefficient des voix de préférence), voire le thème de la loi et de l’ordre après le meurtre de la jeune Julie Van Espen au début du mois de mai (avec le recul marqué du CD&V, le parti du ministre de la Justice, comme indice).

Certes, tous les partis de la coalition (N-VA, CD&V, Open VLD, MR) issue des précédentes élections ont perdu des voix et des sièges. Ils ne disposent plus que de 63 sièges (sur 150 à la Chambre) et même avec l’appoint des 5 sièges du CDH ils n’atteindraient plus la majorité. Les choses se compliquent si l’on fait intervenir le niveau régional flamand et si l’on tient compte du rejet exprimé par les uns et les autres du Vlaams Belang et de l’extrême gauche, car la seule majorité possible est constituée de la N-VA, du CD&V et de l’Open VLD, avec l’adjonction éventuelle d’un quatrième parti, le SPA par exemple, dès lors que sa présence au niveau flamand favoriserait la formation d’un gouvernement N-VA, PS + SPA, Open VLD + MR, qui disposerait d’une majorité de 80 sièges au niveau fédéral et qui serait même peut-être dirigé par un Premier ministre socialiste francophone bilingue.

C’est sans doute dans cette optique que le Roi a chargé MM. Reynders (MR) et Vande Lanotte (SPA) d’une mission dite d’information. Question subsidiaire : le CD&V – le parti démocrate chrétien flamand – accepterait-il d’être présent au niveau régional flamand et de ne pas l’être au niveau fédéral, ou les Belges retourneront-ils aux urnes avant la fin de l’année ?

Reste à essayer d’expliquer à mon ami américain pourquoi ce « magic kingdom » qu’est la Belgique avec ses quelque 11,5 millions d’habitants et 30 000 km2 de territoire a besoin de plus de Premiers ministres, de ministres, de mandataires publics et de niveaux de pouvoir par million d’habitants et par millier de kilomètres carrés que n’importe quel autre État au monde et pourquoi, ceci étant, ce n’est pas la gouvernance le thème central des préoccupations des citoyens.

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