Les Français sont plus pauvres que les plus pauvres des Américains

Euro vs dollar by Dennis Skley(CC BY-ND 2.0) — Dennis Skley, CC-BY

La vérité, c’est que les dépenses sociales ne constituent pas la clef pour réduire la pauvreté, augmenter le revenu médian, ou plus généralement améliorer la qualité de vie des citoyens.

Par Ryan McMaken.1

Les Français sont champions du monde en matière de dépenses sociales… mais des chiffres choquants démontrent que cela ne se reflète guère dans le niveau de revenus des citoyens.

Avec la montée du mouvement des Gilets jaunes en France – un mouvement qui a débuté au mois d’octobre dernier et qui se maintient encore aujourd’hui – les commentateurs et militants politiques ont commencé à réévaluer la situation des foyers français en termes de niveau de revenu et de pauvreté.

Depuis que le mouvement a commencé, des articles avec des titres tels que « Le niveau révoltant de la pauvreté en France en 2018 » ou « La France s’interroge sur elle-même au moment où près d’un million d’enfants vivent dans la pauvreté » se sont multipliés et sont devenus de plus en plus ouvertement politiques dans le contexte des manifestations.

Traditionnellement, la réaction du gouvernement face à ceux qui dénoncent un problème de pauvreté endémique – accusation qui, comme aux États-Unis, n’est pas nécessairement exacte – a consisté à augmenter les budgets alloués aux programmes sociaux.

Des dépenses sociales qui n’améliorent pas le niveau de vie des Français

Mais il y a un problème : la France dépense déjà davantage d’argent dans les programmes sociaux que n’importe quel autre pays européen. D’après l’OCDE, la France se situe à la première place du classement en termes de dépenses sociales publiques par rapport au PIB, avec un ratio qui dépasse 31 %.

En comparaison, les dépenses sociales représentent 27 % du PIB en Suède, tandis qu’elles s’établissent à 25 % en Allemagne et en Norvège. La Suisse se situe quasiment tout en bas du classement avec un ratio de 19,7 %, et les États-Unis se situent à 19,3 %.

Ces chiffres peuvent varier d’une année sur l’autre, mais on peut constater que la France occupait déjà la tête du classement en 2016 :


Source : OCDE

Toutefois, la pauvreté n’est pas le seul domaine dans lequel les commentateurs politiques et les manifestants dénoncent un « décrochage ». En matière de revenus médians des ménages, la France fait également pâle figure par rapport à ses voisins européens.

Les revenus bien faibles des Français

D’après les statistiques de l’OCDE portant sur le revenu médian disponible – qui tient compte du niveau des impôts et des transferts sociaux – la France se situe en dessous de l’Allemagne, de la Belgique et de la Suisse. Le Canada, les États-Unis et l’Australie se classent également largement au-dessus.

De plus, le citoyen français médian semble devoir se contenter de peu par rapport à la plupart des Américains. En réalisant un comparatif entre la France et les différents États américains – à l’aide de la méthode expliquée ici – on peut constater que le revenu disponible médian en France est probablement inférieur à celui de l’ensemble des États américains, à l’exception de la Louisiane.

Pour simplifier, j’ai repris les chiffres de l’OCDE concernant le revenu disponible médian par pays et j’ai ensuite ajusté le revenu disponible médian des États-Unis pour chaque État en fonction de l’écart entre le niveau de revenu médian de l’État et le revenu médian à l’échelle nationale.

Les États américains nettement mieux classés que la France

C’est une méthode d’évaluation approximative, mais les résultats sont plausibles. Il ne semble pas insensé de suggérer que la qualité des infrastructures, le niveau des revenus et la qualité de vie en général sont en effet particulièrement élevés dans des États prospères tels que l’Utah, le Colorado et Washington – comme le suggèrent les chiffres du revenu médian que nous avons calculés pour chaque État :


les FrançaisSource : OCDE, US Census

Bien évidemment, face à des données telles que celles-ci, les plus sceptiques pourraient objecter que « tout ne se résume pas à une question d’argent ! » et que « les généreux programmes d’aide sociale rendent la vie des citoyens plus confortable et plus longue ».

Eh bien, si c’est le cas, la France semble alors avoir beaucoup de mal à faire en sorte que les dépenses sociales engagées aient un effet significatif sur l’état de santé et le bien-être de ses citoyens.

Les partisans de l’argument de la « qualité de vie » ont par exemple tendance à mettre en avant les chiffres de l’espérance de vie comme indicateur de référence. Mais dans ce domaine, la France ne fait pas mieux que l’Australie, en dépit du fait que les Australiens dépensent moins que la France dans les programmes sociaux.

De la même manière, la Suisse a réussi à obtenir de bien meilleurs résultats en matière de santé publique, tout en maintenant ses dépenses sociales largement en dessous de l’État français.

Des dépenses sociales élevées peuvent être un indicateur d’une économie atone

La vérité, c’est que les dépenses sociales ne constituent pas la clef pour réduire la pauvreté, augmenter le revenu médian, ou plus généralement améliorer la qualité de vie des citoyens.

En fait, une hausse des dépenses sociales peut même être le résultat d’une situation de stagnation économique étant donné que les programmes sociaux risquent d’être de plus en plus utilisés si un plus grand nombre de personnes fait face à la pauvreté, au chômage ou à une hausse insoutenable du coût de la vie.

C’est ce que nous pouvons clairement observer au sein des États-Unis. En comparant le niveau des dépenses sociales État par État, on peut constater que ce sont généralement dans ceux souffrant des taux de pauvreté les plus élevés et où les travailleurs sont les moins productifs que les dépenses sociales sont les plus élevées.

En d’autres termes, les dépenses sociales ne permettent de résoudre aucun de ces problèmes, mais elles sont beaucoup plus importantes dans les économies les moins productives.

De plus, si l’on mesure les dépenses sociales en pourcentage du PIB, il s’ensuit que, toutes choses étant égales par ailleurs, les économies les moins productives auront mécaniquement les taux de dépenses sociales les plus élevés. Après tout, même avec des dépenses sociales en augmentation, ce taux serait en baisse dans une économie dont la croissance du PIB se maintiendrait à un rythme supérieur à celle des dépenses sociales.

Cependant, ce n’est pas la situation que nous constatons en France. La croissance des dépenses sociales y est au contraire élevée et chaque fois qu’une pression s’exerce sur le gouvernement pour « faire quelque chose » afin de réduire la pauvreté, il n’apporte pas d’autre solution qu’un accroissement supplémentaire des dépenses sociales.

La seule véritable solution serait de faire tout ce que l’État français se refuse farouchement à faire : alléger les réglementations, adopter une politique de libre-échange vis-à-vis du reste du monde, briser le pouvoir des syndicats, couper les subventions et mettre fin au contrôle des prix ainsi qu’à toutes les autres mesures politiques visant à favoriser les groupes d’intérêt les plus puissants au détriment du reste de la population.

L’économie française – qui est connue pour son manque de flexibilité et d’ouverture à la concurrence, en particulier dans certains secteurs économiques protégés tels que l’agriculture – semble s’installer parmi les moins libres en Europe.

Elle est simplement incapable de générer la croissance économique nécessaire afin de maintenir les dépenses sociales sous contrôle et à un niveau soutenable à long terme. Comme le montrent les manifestations actuelles des Gilets jaunes, de nombreux citoyens français en sont parfaitement conscients.

Sur le web

Pour plus d’informations, c’est ici.

  1. Ryan McMaken est rédacteur en chef au Mises Institute. Diplômé d’économie et de sciences politiques de l’université du Colorado, il a été économiste au sein du département du logement du Colorado de 2009 à 2014. Il est également l’auteur de « Commie Cowboys: The Bourgeoisie and the Nation-State in the Western Genre ».