Les Français sont plus pauvres que les plus pauvres des Américains

La vérité, c’est que les dépenses sociales ne constituent pas la clef pour réduire la pauvreté, augmenter le revenu médian, ou plus généralement améliorer la qualité de vie des citoyens.

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Les Français sont plus pauvres que les plus pauvres des Américains

Publié le 27 mai 2019
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Par Ryan McMaken.1

Les Français sont champions du monde en matière de dépenses sociales… mais des chiffres choquants démontrent que cela ne se reflète guère dans le niveau de revenus des citoyens.

Avec la montée du mouvement des Gilets jaunes en France – un mouvement qui a débuté au mois d’octobre dernier et qui se maintient encore aujourd’hui – les commentateurs et militants politiques ont commencé à réévaluer la situation des foyers français en termes de niveau de revenu et de pauvreté.

Depuis que le mouvement a commencé, des articles avec des titres tels que « Le niveau révoltant de la pauvreté en France en 2018 » ou « La France s’interroge sur elle-même au moment où près d’un million d’enfants vivent dans la pauvreté » se sont multipliés et sont devenus de plus en plus ouvertement politiques dans le contexte des manifestations.

Traditionnellement, la réaction du gouvernement face à ceux qui dénoncent un problème de pauvreté endémique – accusation qui, comme aux États-Unis, n’est pas nécessairement exacte – a consisté à augmenter les budgets alloués aux programmes sociaux.

Des dépenses sociales qui n’améliorent pas le niveau de vie des Français

Mais il y a un problème : la France dépense déjà davantage d’argent dans les programmes sociaux que n’importe quel autre pays européen. D’après l’OCDE, la France se situe à la première place du classement en termes de dépenses sociales publiques par rapport au PIB, avec un ratio qui dépasse 31 %.

En comparaison, les dépenses sociales représentent 27 % du PIB en Suède, tandis qu’elles s’établissent à 25 % en Allemagne et en Norvège. La Suisse se situe quasiment tout en bas du classement avec un ratio de 19,7 %, et les États-Unis se situent à 19,3 %.

Ces chiffres peuvent varier d’une année sur l’autre, mais on peut constater que la France occupait déjà la tête du classement en 2016 :


Source : OCDE

Toutefois, la pauvreté n’est pas le seul domaine dans lequel les commentateurs politiques et les manifestants dénoncent un « décrochage ». En matière de revenus médians des ménages, la France fait également pâle figure par rapport à ses voisins européens.

Les revenus bien faibles des Français

D’après les statistiques de l’OCDE portant sur le revenu médian disponible – qui tient compte du niveau des impôts et des transferts sociaux – la France se situe en dessous de l’Allemagne, de la Belgique et de la Suisse. Le Canada, les États-Unis et l’Australie se classent également largement au-dessus.

De plus, le citoyen français médian semble devoir se contenter de peu par rapport à la plupart des Américains. En réalisant un comparatif entre la France et les différents États américains – à l’aide de la méthode expliquée ici – on peut constater que le revenu disponible médian en France est probablement inférieur à celui de l’ensemble des États américains, à l’exception de la Louisiane.

Pour simplifier, j’ai repris les chiffres de l’OCDE concernant le revenu disponible médian par pays et j’ai ensuite ajusté le revenu disponible médian des États-Unis pour chaque État en fonction de l’écart entre le niveau de revenu médian de l’État et le revenu médian à l’échelle nationale.

Les États américains nettement mieux classés que la France

C’est une méthode d’évaluation approximative, mais les résultats sont plausibles. Il ne semble pas insensé de suggérer que la qualité des infrastructures, le niveau des revenus et la qualité de vie en général sont en effet particulièrement élevés dans des États prospères tels que l’Utah, le Colorado et Washington – comme le suggèrent les chiffres du revenu médian que nous avons calculés pour chaque État :


les FrançaisSource : OCDE, US Census

Bien évidemment, face à des données telles que celles-ci, les plus sceptiques pourraient objecter que « tout ne se résume pas à une question d’argent ! » et que « les généreux programmes d’aide sociale rendent la vie des citoyens plus confortable et plus longue ».

Eh bien, si c’est le cas, la France semble alors avoir beaucoup de mal à faire en sorte que les dépenses sociales engagées aient un effet significatif sur l’état de santé et le bien-être de ses citoyens.

Les partisans de l’argument de la « qualité de vie » ont par exemple tendance à mettre en avant les chiffres de l’espérance de vie comme indicateur de référence. Mais dans ce domaine, la France ne fait pas mieux que l’Australie, en dépit du fait que les Australiens dépensent moins que la France dans les programmes sociaux.

De la même manière, la Suisse a réussi à obtenir de bien meilleurs résultats en matière de santé publique, tout en maintenant ses dépenses sociales largement en dessous de l’État français.

Des dépenses sociales élevées peuvent être un indicateur d’une économie atone

La vérité, c’est que les dépenses sociales ne constituent pas la clef pour réduire la pauvreté, augmenter le revenu médian, ou plus généralement améliorer la qualité de vie des citoyens.

En fait, une hausse des dépenses sociales peut même être le résultat d’une situation de stagnation économique étant donné que les programmes sociaux risquent d’être de plus en plus utilisés si un plus grand nombre de personnes fait face à la pauvreté, au chômage ou à une hausse insoutenable du coût de la vie.

C’est ce que nous pouvons clairement observer au sein des États-Unis. En comparant le niveau des dépenses sociales État par État, on peut constater que ce sont généralement dans ceux souffrant des taux de pauvreté les plus élevés et où les travailleurs sont les moins productifs que les dépenses sociales sont les plus élevées.

En d’autres termes, les dépenses sociales ne permettent de résoudre aucun de ces problèmes, mais elles sont beaucoup plus importantes dans les économies les moins productives.

De plus, si l’on mesure les dépenses sociales en pourcentage du PIB, il s’ensuit que, toutes choses étant égales par ailleurs, les économies les moins productives auront mécaniquement les taux de dépenses sociales les plus élevés. Après tout, même avec des dépenses sociales en augmentation, ce taux serait en baisse dans une économie dont la croissance du PIB se maintiendrait à un rythme supérieur à celle des dépenses sociales.

Cependant, ce n’est pas la situation que nous constatons en France. La croissance des dépenses sociales y est au contraire élevée et chaque fois qu’une pression s’exerce sur le gouvernement pour « faire quelque chose » afin de réduire la pauvreté, il n’apporte pas d’autre solution qu’un accroissement supplémentaire des dépenses sociales.

La seule véritable solution serait de faire tout ce que l’État français se refuse farouchement à faire : alléger les réglementations, adopter une politique de libre-échange vis-à-vis du reste du monde, briser le pouvoir des syndicats, couper les subventions et mettre fin au contrôle des prix ainsi qu’à toutes les autres mesures politiques visant à favoriser les groupes d’intérêt les plus puissants au détriment du reste de la population.

L’économie française – qui est connue pour son manque de flexibilité et d’ouverture à la concurrence, en particulier dans certains secteurs économiques protégés tels que l’agriculture – semble s’installer parmi les moins libres en Europe.

Elle est simplement incapable de générer la croissance économique nécessaire afin de maintenir les dépenses sociales sous contrôle et à un niveau soutenable à long terme. Comme le montrent les manifestations actuelles des Gilets jaunes, de nombreux citoyens français en sont parfaitement conscients.

Sur le web

Pour plus d’informations, c’est ici.

  1. Ryan McMaken est rédacteur en chef au Mises Institute. Diplômé d’économie et de sciences politiques de l’université du Colorado, il a été économiste au sein du département du logement du Colorado de 2009 à 2014. Il est également l’auteur de « Commie Cowboys: The Bourgeoisie and the Nation-State in the Western Genre ».
Voir les commentaires (23)

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  • Merci pour cet article très intéressant. J’aurais juste une réserve sur la dernière phrase. Quand on entend les revendications des GJ, pas sûr qu’ils soient pour plus de liberté (plus d’impôts pour les riches, plus de dépenses sociales…). Les débuts étaient prometteurs, mais ça n’a pas duré longtemps.

    • C’est parce que la gauche s’est empressée de récupérer le mouvement en envoyant ses sbires devant les caméras. La protestation contre les taxes et règlements fut abandonnée au profit de revendications purement gauchistes!

  • Excellent article !

    Je vais le diffuser auprès d’amis sociaux-démocrates… sans grand espoir : la plupart du temps, quand on leur présente ce genre de données prouvant la vacuité de leur modèle social-démocrate, ils se cachent les yeux, refusent d’admettre les faits et s’enferment dans le déni, leur dogme égalitariste étant bien trop ancré dans leur tête.

  • Étant donné que les dépenses sociales ne tombent pas du ciel mais sont issues de la confiscation de revenus, on ne voit pas par quel miracle elles devraient améliorer la prospérité générale. A moins de croire que l’argent redistribué par l’État est économiquement plus vertueux que dépensé ou investi par celui qui l’a gagné.
    Le moteur de toute cette dynamique perverse est la pulsion d’égalité si tend à couper tout ce qui dépasse et dont l’aboutissement inévitable est le zéro absolu pour tous. Pourquoi en France plus qu’ailleurs? A cause d’une culture qui valorise la jalousie érigée en vertu altruiste.

    • L’égalité avec en plus des politiques économiques keynésienne !

    • Pour compléter vos propos je dirai même que cette pulsion d’égalité n’est pas la bonne. Nous devrions basculer sur plus d’équité, valoriser les réussites et pousser tout un chacun à la recherche de son bonheur.

      Un état providence qui tend plus que jamais vers un état nourricier et qui, plus que jamais, n’éduque pas ses enfants dans la bonne direction. La fracture entre deux France existe bel et bien : une grande majorité des français a perdu son ambition, et une autre moitié tire la France à bout de bras en essuyant les plâtres.

      On ne réussit pas sans douleur : entre nuits blanches, stress, divorce… le tribu de la réussite en france est lourd et difficile à payer. Il conditionne ces valeureux guerriers à un état d’esprit qui réprimande volontiers celui qui ose clamer sa part au nom de l’égalité.

      La réussite de la politique française en est là : réussir à diviser.

  • Pour que l’article soit complet, et bien que je sois d’accord en tous points sur les préconisations, et sur l’état des lieux, je dirais qu’il faudrait utiliser des stats à parité PPA. Je doute que ce soit le cas ici, vu le classement de la Nouvelle Zélande (par ex)

  • Il y a quand meme quelques biais a l article, meme s il est clair que des depenses sociales elevees sont un signe d une economie pas florissante.

    biais 1: on parle de revenu median (aka 50 % des gens au dessus, 50 % en dessous). Les prestations sociales s adressant par Definition aux plus pauvres (disons les 10 % les plus pauvres), on devrait utiliser autre chose que le revenu median

    biais 2: les depenses sociales en France comprennent les pensions de retraites (c est meme le plus gros poste) et les soins medicaux. Aux USA/Suisse c est prive et donc pas comptabilise comme depense sociale. par contre vous devez quand meme payer une assurance santé (facultative au USA mais obligatoire en suisse) ou epargner pour votre retraite

    biais 3: un montant en $ ne signifie rien. avec le meme montant (ex 3000 €) vous vivez comme un roi au Portugal mais comme un super pauvre a Zurich

    • B1 Il existe 3 valeurs centrales pour caractériser une population et réaliser des comparaisons, le mode, la médiane et la moyenne. Le choix n’est pas non plus immense. Mais le concours est ouvert pour inventer autre chose.

      B2 Les dépenses sociales ne s’adressent pas qu’aux plus pauvres. Les retraites et la santé concernent tout le monde. Aux USA, ces dépenses représentent un pourcentage non négligeable du PIB (https://www.cleiss.fr/docs/regimes/regime_etatsunis.html).

      B3 Les termes roi et super pauvre exagèrent largement la réalité des différences de niveau de vie. Par ailleurs, les PPA introduisent d’autres biais. On peut discuter sans fin de l’opportunité de les employer ou pas.

      Bref, tout ceci ne remet pas en cause la pertinence de la comparaison.

      • B1: si vous voulez mesurer quelque chose, il faut prendre l instrument de mesure adequat. Le titre de l article est « Les Français sont plus pauvres que les plus pauvres des Américains ». Prendre la mediane pour mesurer la pauvrete, c est comme vouloir penser 1 kg de farine avec un pese personne…
        B2: tout a fait. C est d ailleurs une des raison de l envolee des depenses en France. Je serai d avis de restreindre les depenses soicales aux plus pauvres (mais ca risque d hurler). Et si on compare avec les USA, ne doit on pas reintegrer les depenses qui sont chez eux privees pour faire la comparaison

        B3: j ai certes un peu exageré avec roi et super pauvre. Mais je peux vous assurer que vivre a Zurich avec 3000€/mois c est vivre tres tres chichement. Et si les retraites francais vont en masse au Portugal c est aussi car la vie y est nettement moins chere qu en france

  • La Fonction crée l’organe et inversement. Le resto du cœur entretient la Faim.

    • @Esprit critique
      Bonsoir,
      C’est quand même fou de voir tous ces milliards cramés dans le social et aides aux pauvres, de voir qu’il y en a de plus en plus, de voir que certains qui travaillent ne s’en sortent pas, ou en faisant du black, et que des associations telles que Les Resto du Coeur ne désemplissent pas. C’est aussi fou le nombre d’associations sociales réclamant des dons : « Aider, Donnez » slogan du Secours Populaire par exemple.

      • Les politiciens n’ont aucun intérêt à voir la pauvreté reculer. Leur pouvoir découle de la distribution du pognon des autres. leur objectif, c’est le rétablissement des tickets de rationnement : quoi de mieux qu’une population tenue en laisse ?

  • Le problème du modèle français, c’est que même si les prélèvements partent d’une bonne stratégie de répartition, dans les faits ils ne sont jamais affectés dans les bonnes boites. On le sait, le gouvernement pioche à droite à gauche pour combler les trous. A force de faire du madoff, on finit par dérégler la machine. Résultat, le salaire du français se voit confisqué pour la population générale et les puissants cherchent à s’évader… Redonnons aux gens la liberté de pouvoir choisir !

  • Les dépenses sociales élevées sont le signe que, pour beaucoup, on ne peut plus vivre de son travail en France.

  • et pourtant l’avenir est à la décroissance, parait il et au refus de la concurrence ….

    • @moneo
      Bonsoir,
      Du coup la France est un pays en avance sur son temps.
      Heureusement que l’avenir est à la décroissance parce que pour ça on est prêt.

  • Les prélèvements confiscatoires font fuir les Français les plus motivés, beaucoup de nos compatriotes pensent sérieusement que l’on peut prélever ‘les riches’ sans limite (quels riches?…) et même qu’il suffit de créer de l’argent ex nihilo pour alimenter l’économie… Le niveau de nos compatriotes en matière d’économie est extrêmement bas… Un peu comme celui de beaucoup de Venezueliens qui ont choisi le  »bienfaiteur » Chavez…
    Aujourd’hui c’est la misère absolue qui les accompagne…

  • c’est le signe que la france est en train de gagner le pari de la décroissance.

    • Au bas du plateau de la décroissance, les élites au pouvoir devront dégager et faire de la place à leurs nouveaux maîtres étrangers.

  • Les commentaires sont fermés.

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