La Tunisie face à son destin (1)

Tunisia by Dennis Sylvester Hurd (CC BY 2.0) — CC-BY

La Tunisie est secouée, depuis 2011, par des crises à n’en plus finir et elle n’est toujours pas une démocratie. Cela fragilise gravement ce pays dont la recherche des équilibres instables est une spécificité.

Par Farhat Othman.

Rached Ghannouchi, chef du parti islamiste tunisien, est en France en ce joli mois de mai pour vérifier et/ou défendre la validité de sa stratégie en Tunisie. Il est patent que sous ses dehors d’apparence consensuelle, à la veille d’élections cruciales en fin d’année (législatives et présidentielle), elle demeure non seulement dogmatique, mais verse dans le pur intégrisme, comme le récent refus de l’égalité successorale.

Cela ne peut pas ne pas intéresser la France omniprésente en son ancien protectorat, qui est de plus aux portes de l’Europe et le plus proche pays du Maghreb en termes de mentalité du fait de l’œuvre de Bourguiba dont on entend même faire le procès. Ce qui fait que nombre d’observateurs de part et d’autre de la Méditerranée estiment qu’elle est même partie du continent européen de fait, comme toute l’Afrique du Nord du reste selon Hegel. C’est donc en quelque sorte l’arrière-cour des démocraties occidentales, devant y être arrimée pour en préserver l’âme.

Or, tout comme ces dernières sont en crise, la Tunisie est secouée, depuis sa révolution virtuelle début 2011, par des crises à n’en plus finir ; et elle n’est toujours pas une démocratie. Cela fragilise gravement ce pays dont la recherche des équilibres instables est une spécificité.

N’ayant jamais été une démocratie sous la dictature de Ben Ali qui a succédé à l’autoritarisme éclairé de Bourguiba, et bien que son peuple soit assez mûr pour la mériter, quitte à ce que sa jeunesse — désespérée de ne pouvoir vivre sa vie, y compris au niveau intime — choisisse le pire pour ne pas être traitée en mineure à demeure, la Tunisie est au mieux, aujourd’hui, un État de similidroit.

Malgré ce qu’on en dit, c’est une simulation tout au mieux d’une démocratie, une sous-démocratie adoubée par tous les intérêts d’Occident et d’Orient veillant sur ce petit pays. Car on cherche moins le bénéfice bien compris de la démocratie pour son peuple et, à terme pour la région et les pays alentour, y compris européens, que les retombées immédiatement bénéfiques en termes géostratégiques et surtout capitalistiques.

La fin de l’année 2019 devant être politiquement chargée malgré les périls menaçants et les appels au report des élections, et même au recours à l’article 80 de la constitution imposant le constat du péril imminent et la prise des mesures nécessitées par cette situation exceptionnelle, la Tunisie est donc face à son destin, et tout autant celui de la mer Méditerranée.

Enjeu tunisien

Huit ans après l’événement majeur de son histoire récente, la Tunisie vit bel et bien un moment historique décisif et ses dirigeants, son peuple, mais aussi ses voisins et amis, sont face à leurs responsabilités. S’il s’agit d’évidence, avec les deux premiers, d’un tandem nécessaire et inévitable, il en va de même des deux derniers au vu de leur présence envahissante dans le pays.

En effet, d’une part, sans son assise populaire, le responsable politique n’est qu’un fantoche ; de l’autre, même avec un pays bien guidé par ses responsables et peuple, il ne saurait rien faire en un monde globalisé sans l’appui de ses puissants voisins, très actifs qui plus est sur son territoire.

Le destin tunisien actuel est bien unique du fait des atouts innombrables qui font de ce petit pays une exception dans son environnement : maghrébin, arabe musulman d’un côté, africain, méditerranéen et occidental de l’autre. La Tunisie est bel et bien une exception en elle-même, même si une telle crise n’est pas propre à la Tunisie, puisqu’elle agite le monde, y compris ses démocraties les plus avérées.

De fait, il s’agit d’une crise universelle de la foi dans les institutions, le système partisan, le régime démocratique lui-même…, en un mot la machinerie politique et idéologique qui a été le socle de la modernité occidentale qui s’est diffractée dans tout l’univers pour en être le trait caractéristique majeur, ne serait-ce que par défaut. Ce qui n’est pas pour étonner puisqu’on change d’époque, le monde ancien avec ses concepts et son ordre étant obsolète, un monde nouveau devant le remplacer par de nouvelles conceptions de l’ordre des choses emportant moins de désordre dans des relations mondiales qui ne peuvent plus demeurer figées sur l’état issu de la Seconde Guerre mondiale.

Ailleurs qu’en Tunisie, en France par exemple, où il y a eu une quasi-insurrection populaire de plus en plus populiste, on en vient désormais à se convaincre de la nécessité de réviser les modes de penser prééminents à ce jour sur tous les aspects du vivre-ensemble, y compris ceux qu’on croyait indiscutables, allant de soi.

Ainsi, en cet Hexagone modèle pour nombre de Tunisiens, on en arrive à prendre conscience des carences du système politique et social, en saisir les ombres réelles au-delà des lumières factices ou réelles devenues clignotantes, ces misères tant physiques que morales de ce qui est devenu avec le temps une icône, la République une et indivisible, plus que jamais divisée, émiettée, communautarisée, mettant le présent en cause et l’avenir en péril, intimant l’ordre de repenser la chose politique.

C’est ce que la Tunisie a commencé à faire avec son coup du peuple, cette révolution virtuelle qui l’a sortie d’une longue apathie face aux  turpitudes des régimes autoritaires qui s’y sont succédé. Aussi il y a eu depuis huit ans ce à quoi l’on assiste aujourd’hui au pays de Voltaire : contestation des restrictions et des privations faites au nom de réformes, rompant avec cette illusion de la résignation populaire puisque le feu couvait dans le sous-sol de la centralité souterraine de la socialité, finissant par éclater et menacer l’édifice qu’on croyait stable.

Si, en France, c’est la taxe carbone qui a fait la brèche et déchaîné le feu qui n’est pas près de s’éteindre, ce fut l’acte d’immolation d’un jeune tunisien désespéré, empêché de vivre, qui a mis le feu aux poudres en Tunisie et partant au Maghreb et dans le monde arabe.

On le voit, la Tunisie n’est pas seule dans sa crise et elle a même quelque avance dans sa gestion, ayant entrevu différentes options, étant potentiellement en mesure d’en choisir la moins mauvaise, celle qui est le plus en harmonie avec l’âme du peuple et les réquisits du temps présent : un vivre-ensemble apaisé et paisible dans le cadre d’une solidarité réelle et active, tant sur le plan national qu’international.

Car c’est un leurre de croire à la souveraineté en son sens antique en ce monde plus que jamais interdépendant, devenu une sorte d’immeuble planétaire. Aussi, la décision nationale, si elle ne peut plus se présenter comme libre de la moindre contrainte, n’est pas moins souveraine si elle est libérée des contraintes léonines ne relevant pas d’un équilibre dans les concessions, une sorte non pas de donnant-donnant (la condition étatique de la Tunisie et son positionnement géostratégique lui imposant des devoirs), mais un type de rapport gagnant-gagnant appelé à tenir compte de l’ensemble des rapports et des conjonctures.

Nous détaillerons cela autour de centres d’intérêt majeurs comme la fin d’un monde qui n’est qu’une faim vorace d’un autre monde plus juste et nettement plus solidaire (une mondianité), ou les réels atouts d’une exception Tunisie quoiqu’encore en puissance, ou l’impératif catégorique de la réconciliation nationale en un pays écartelé entre des dogmatismes excessifs, ou encore la foi en l’avenir de ce pays dont le salut est fonction d’une foi sereine et paisible.

Nous ne manquerons bien évidemment pas d’aborder l’inévitable thématique de la croissance, mais avec ses atours neufs qu’impose la postmodernité — notre époque — qui la situe désormais dans l’innovation laquelle est le produit d’un environnent de droits et de libertés ; ce qui nous amène à proclamer l’État de droit comme l’impératif catégorique majeur du moment présent en Tunisie, meilleure parade aux contraintes de la géostratégie.

Mais, tout d’abord, nous nous devons de dire que de telles vérités nécessitent de la part des élites les plus éveillées, éprises du sens du service, du public comme de l’État, et éveillées à l’intérêt populaire et de la patrie, de se libérer de ce qui est devenu un véritable psychodrame dans ce pays, à savoir les échéances électorales de cette année.

Certes, dans l’absolu, un tel intérêt pour l’acte électoral est important, et même sain, dans la vie d’un pays se voulant enfin un État de droit ; toutefois, cela l’est nettement moins quand un tel État est encore en ébauche, que les structures qui doivent en assurer la réalisation et la pérennisation ne sont encore ni achevées ni mises en place, tel ce marqueur éminent de la démocratie qu’est la Cour constitutionnelle, sans parler de l’abrogation des vestiges de l’ordre de la dictature qu’est sa législation scélérate.

Car la Tunisie, ne l’oublions pas, est toujours soumise aux lois du régime déchu, sinon de la colonisation ; comment alors parler d’État de droit ou d’une souveraineté malmenée par de telles survivances du passé ?

Aussi, le patriotisme véritable est bien de se soucier de la mise en place, pierre par pierre, de ce qui fera au final l’édifice politique sur la nature duquel porteront les élections et non de se soucier de ces dernières alors qu’elles ne portent encore que sur une coquille vide. C’est le cœur même du projet politique qui sera soumis aux électeurs qui doit retenir l’attention des patriotes, tous ceux se voulant au service de ce peuple méritant le meilleur à l’exclusion de toute autre considération ne relevant forcément que de la politicaillerie.

Nous pensons qu’il n’est nulle autre politique qui serve l’État de droit et la démocratie en Tunisie que celle des droits et des libertés, en tous domaines, notamment social et des mœurs. Toutes les lois scélérates se prétendant morales sont à abolir d’urgence, n’étant qu’immorales, desservant l’islam, religion du pays selon sa constitution, et perpétuant la mentalité du protectorat. C’est ce qu’on pourrait qualifier du néologisme de poléthique : une politique éthique. Or, en postmodernité, il n’est de politique qu’antique, obsolète, ou alors éthique, où la raison est sensible et l’éthique esthétique.

L’expérience en cours en Tunisie, salutaire à plus d’un titre, est appelée à démontrer que les idées qui sont la structure de l’existence ne le sont véritablement qui si elles en sont aussi la substance. Plus que jamais, en effet, on doit s’atteler à humaniser les concepts, les remplir de chair et de sang, sous peine d’évoluer vers un fanatisme désincarné et une certaine aliénation finissant par aboutir à des situations tragiques. Surtout qu’il n’est plus de place à une Vérité abstraite et unique, l’humain devant s’habituer à la multiplicité des vérités que commande la nature humaine, à la fois imparfaite et complexe.

C’est la multiplicité bien assumée qui fait l’unicité harmonieuse. Et pour un pays musulman, cela est en parfaite adéquation avec une foi plurielle, double déjà dans sa nature comme foi et comme politique, imbriquant la cité de Dieu et la cité des humains. Cela correspond mieux à l’islam authentique postmoderne qui est un i-slam (selon ma graphie) supposant paix et sérénité, et non ce que nous avons comme fausse religion, relevant des israilyet ou tradition judéo-chrétienne ayant défiguré la foi des origines de l’islam des Lumières, encore vivace heureusement dans le soufisme.

La Tunisie : atouts et mutations

Aujourd’hui, le propos de Pascal prend tout son sens quand il assurait que « le contraire d’une vérité n’est pas une contre-vérité ; c’est une autre vérité ». Cela rejoint ce que confirme le nouvel esprit scientifique avec Bachelard où la vérité scientifique n’est plus définitive, dépendant du fait polémique qui fait que ce qui est anomique aujourd’hui est canonique demain et vice versa.

Effectivement, de nos jours, avec notamment les acquis de la physique quantique, la pensée est désormais contradictorielle où les contraires ne s’opposent pas, se rejoignant. Au reste, cela rappelle la distinction ancienne entre science et sapience, la sagesse, ou le degré plus élevé que nos soufis donnaient à la maarifa par rapport au ilm, la première étant en quelque sorte ces arts incluant la science sans s’y réduire.

On l’a dit : le soufisme incarne, à n’en pas douter, la meilleure lecture de la foi d’islam qui rythme la vie des Tunisiens ne serait-ce que du fait du texte constitutionnel qui y réfère, même s’il consacre dans le même temps la thèse ambiguë de l’État civil. Aussi, avec une lecture soufie, il est parfaitement possible de donner une signification cohérente à cette notion qui, tout en s’enracinant dans la tradition religieuse du pays, le fait de manière dynamique, ne mélangeant pas les sphères du privé et du public, les séparant même nettement comme le ferait la laïcité.

Cependant, c’est au nom de l’islam où la foi est affaire intime, avec une relation exclusive entre le fidèle et son créateur dans une sphère privée protégée, où nul n’entre, la sphère publique en étant totalement distincte ; et la religion n’a nul droit de cité en cette dernière afin d’être protégée des turpitudes humaines inévitables dans la vie publique, celle des épreuves et de la purification nécessaire de sa nature, imparfaite par définition.

Le soufisme, assurément, qui imprègne bien le tissu social tunisien comme dans tout le Maghreb, aiderait à ce que la révolution copernicienne des mentalités dont a besoin le pays ait lieu après sa sortie de la dictature ; ce qui féconderait cette interpellation majeure de la vision classique du vivre-ensemble serein et paisible et de la politique nécessitant une rénovation de la pratique politicienne avec l’introduction d’un minimum d’éthique. C’est ce que les anciens appellent courage de la vérité, un courage défini comme une tension vers l’idéal tout en tenant compte du réel, devant rythmer la nécessaire action de sortie de la dictature vers la démocratie.

Celle-ci ne doit pas être une simple liberté de parole débridée, versant dans le mensonge, le fameux fake, mais une pratique de libre parole et d’information éthique, une infothique ; ce qui aiderait à la transfiguration du politique en vue d’être éthique, cette poléthique que mande et commande l’enracinement dans ses propres valeurs et culture, y compris religieuse, tout en nous y facilitant l’accès dans le même temps. C’est que parler politique en pays d’islam impose un passage obligé par la religion qui est au cœur du fait politique en son sens étymologique.

D’ailleurs, il est impératif de distinguer entre l’islam politique et son instrumentalisation politicienne, l’islam étant une religion duale, une foi et une pratique de vivre, donc une culture tout autant et même plus qu’un culte. Ce qu’a compris le soufisme de la vérité selon l’expression du maître de l’islam salafi Ibn Taymia, depuis longtemps. À la vérité, cet islam des gens de la Soffa, préau de la mosquée du prophète à Médine, est bien le vrai salafisme, non sa déclinaison populaire qui irrigue la pratique musulmane des peuples maghrébins.

Or, à un moment de changement de paradigmes, le monde ancien cédant le pas devant un monde en gestation, c’est un tel islam qui est le plus apte à répondre à la soif de spiritualité qui anime ce moment de passage d’une modernité essoufflée à une postmodernité en gestation. Rappelons que celle-ci est la synergie du technologique le plus sophistiqué et de l’archaïque le plus rébarbatif ; aussi c’est dans le soufisme que l’on pourrait trouver une spiritualité universaliste sans les travers d’une religiosité manichéenne. D’autant qu’un tel islam est par définition laïque en ce sens qu’il distingue la sphère privée réservée au culte et à la foi et où n’entre nulle autorité de la sphère publique où n’intervient pas la religion.

Le coup du peuple, révolution 2.0 dite du jasmin, n’est qu’un aboutissement somme toute logique du mérite d’un peuple du meilleur, ayant cette qualité d’ouverture non seulement à l’altérité, mais aussi à l’innovation, puisqu’il est, sur cette terre, un esprit épris de liberté, une âme libertaire, et qui se suffit de ce que le sort lui apporte étant dans le même temps hédoniste. Cela fait partie de ce que l’histoire atteste sur cette terre comme étant singulière, constituant une exception non seulement dans le monde auquel elle est rattachée, maghrébin, africain, arabe et musulman, mais aussi et surtout méditerranéen dont elle est le coeur battant.

D’ailleurs, c’est une contrainte géostratégique dont elle ne saurait se détacher et qui rythme sa destinée, en faisant la singularité. La Tunisie y trouve bien les atouts de son exception en puissance que l’élément humain particulier vient renforcer avec une bigarrure de races et de caractères, où se signale la tension vers une liberté sans limites, ce que Bourguiba appelait démon berbère, allié à un autre démon, arabe celui-là.

Cela prend toute sa mesure dans la jeunesse du peuple, surtout la vigueur de sa partie féminine, plus que jamais portée sur l’action et la revendication depuis que Bourguiba l’a libérée. Au vrai, le Combattant suprême n’a fait que prolonger ce qui était déjà patent, la femme tunisienne ayant toujours eu du caractère, y compris en matière sacrée ou religieuse, comme l’atteste ce qu’on appelle mariage kairouanais, une militance anticipée en terre d’islam pour la monogamie.

Impératifs et contraintes

On l’a dit et on le redit volontiers : le salut et la destinée de la Tunisie est dans l’État de droit et non du similidroit actuel. Ce qui impose de réaliser, toutes affaires cessantes, la réforme législative, quitte à réunir en des assises solennelles l’Assemblée des Représentants du peuple. La Tunisie étant définitivement engagée en démocratie, ce sont d’abord les droits et les libertés citoyens qui la manifesteront, y compris sur le plan de la croissance puisqu’elles en sont la condition sine qua non de nos jours, ainsi que l’affirme le prix Nobel de l’économie Edmund Phelps dans La Prospérité des masses.

En effet, c’est par des droits et des libertés dans de tous les domaines, notamment de l’intime, qu’on agira sur le mental sclérosé et qu’on enlèvera de l’imaginaire populaire les freins qui empêchent d’innover. Or, l’inconscient tunisien possède un génie propre qui le porte à innover, n’était le milieu de contraintes légales qui le force à l’inertie mortifère. Finissons-en pour l’épiphanie, enfin, d’une exception Tunisie !

Outre l’action nationale sur les institutions et l’environnement légal, la Tunisie n’a que le choix de tenir compte des implications de sa position géographique qui en fait l’élément non négligeable d’un système. Si elle est coincée entre l’Algérie et la Libye, c’est bien qu’elle en subit aussi, d’une manière ou d’une autre, les priorités qui y ont cours. Mais elles ne sauraient occulter celles de sa dépendance de l’Occident, Européen en premier.

La question n’est donc pas si l’on peut échapper à ces contraintes, notre monde globalisé s’y opposant, mais comment ne pas en faire des fourches caudines sous lesquelles l’on serait obligé de passer contraint et forcé. L’art de la diplomatie que la Tunisie a su pratiquer un temps commande bien de savoir plier sous l’adversité sans rompre tout en préservant non seulement l’essentiel, mais la capacité de réagir en usant des armes adverses, se situant dans sa propre logique, mais orientée selon les intérêts suprêmes du pays.

Cela est possible aussi bien avec les voisins arabes musulmans qu’avec les partenaires d’Occident. Outre la carte du droit national et des valeurs de l’islam, il s’agit de jouer celle du droit international et de l’éthique dans les relations interétatiques. Ce qui est faisable en retournant les armes de l’adversaire contre lui-même comme d’exiger la libre circulation humaine pour conclure l’accord léonin d’ALECA, que l’Europe entend imposer à la Tunisie, en proposant de le transformer en ALECCA.