Êtes-vous mal payés ? La vérité sur les salaires français

David Goehring-salaire minimum-creative common

Les chefs d’entreprise diront que les salaires, en France, sont trop élevés. Les salariés ne seront pas de cet avis. Une analyse objective se doit de tenir compte d’un troisième acteur : l’État.

Par Eddie Willers.

Emmanuel Macron a présenté cette semaine les réponses qu’il souhaitait apporter à la suite de ces longues semaines de Grand débat à travers la France. Un des souhaits exprimés par le président se résumait dans la formule « il faut que le travail paie ». Nous pourrions ainsi interpréter cette formule de la façon suivante : les salaires en France sont trop faibles. Ce qui est vrai.

Dans le même temps, de nombreux chefs d’entreprises affirment pour leur part que ceux-ci sont déjà très élevés. Ce qui est vrai également.

Comment est-ce possible que salariés et chefs d’entreprises aient tous les deux raison à ce sujet ? C’est parce qu’un tiers vient s’immiscer entre ce que l’entreprise verse et ce que le salarié reçoit. Ce tiers, c’est l’État et sa ponction est de plus en plus forte.

Attardons-nous dans un premier temps sur l’affirmation des chefs d’entreprise : un salarié français coûte cher. Un chef d’entreprise, lorsqu’il décide d’embaucher un salarié, le fait parce qu’à ses yeux l’employé lui rapportera plus qu’il ne lui coûtera. Il doit donc correctement estimer la productivité du futur salarié afin de déterminer si le coût total de celui-ci ne sera pas trop fort.

Or depuis la crise de 2009, la productivité française a augmenté moins vite que le coût total pour un employeur, comme en témoigne le graphique suivant issu du premier rapport du Conseil National de Productivité :

Nous voyons bien que le CICE est venu légèrement corriger cette différence entre productivité et coût du travail, mais cela reste insuffisant. Un chef d’entreprise a donc raison de dire que les salaires dans le sens « prix du travail d’un salarié » sont trop élevés par rapport à ce qu’ils lui rapportent.

Dans le même temps, les salariés reçoivent des salaires dans le sens « montant versé sur leur compte en banque » relativement faibles. Ainsi, si vous gagnez plus de 3500 euros net mensuels, j’ai le plaisir de vous informer que vous faites partie des 10 % des salariés les mieux rémunérés de France. Au risque de choquer, ce montant est démesurément faible. Et ce n’est pas ce fameux salaire différé dont j’ai déjà fait la critique par ailleurs qui vient compenser cela.

En réalité, la seule explication à cette situation est le fait qu’un intermédiaire vienne ponctionner la moitié du salaire qui devrait être versé intégralement à l’employé, sans que l’on puisse demander son avis à ce dernier sur l’utilisation qu’il souhaiterait faire de son argent. Ce niveau de ponction est incroyablement élevé par rapport aux autres pays du monde, ce qui n’est qu’un juste retour de choses lorsque nous nous attardons sur le niveau de notre dépense publique.

En lieu et place de s’en prendre à leurs employeurs, face aux faibles sommes qu’ils reçoivent sur leurs comptes, un certain nombre de Français devraient en réalité se retourner vers l’État. Après tout, il est aussi leur employeur puisqu’ils lui donnent la moitié de ce qu’ils pourraient percevoir.

La situation serait bien différente si les Français percevaient la totalité de leur salaire et étaient obligés par la suite de payer des impôts et cotisations. Ils pourraient alors se rendre compte de ce que coûte notre merveilleux modèle social. Mais aujourd’hui il faut sortir sa loupe pour lire au milieu des 2000 chiffres d’une fiche de paie le coût réel pour l’employeur.

Si les salaires sont trop faibles en France, cela est bien dû à la gestion dispendieuse de l’État, pas aux pingreries des patrons.

Sur le web

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.