Pour une économie algérienne qui soutienne la transition démocratique

Les transitions démocratiques sont difficiles, parce qu’il y a des « profiteurs » à de nombreux niveaux politiques et économiques, et que certains d’entre eux se déguisent en démocrates.

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Democratie by Twitter Trends 2019 (CC BY 2.0)

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Pour une économie algérienne qui soutienne la transition démocratique

Publié le 22 avril 2019
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Par Yves Montenay.

La question principale en Algérie est de sortir du système économique actuel.

Il se trouve que j’enseignais l’économie à Sciences-po à l’époque du décollage des pays asiatiques, qui m’impressionnait alors que personne n’y croyait alors.

Il y a beaucoup d’enseignements à en tirer. Et depuis, les succès et les échecs très instructifs de nombreux autres pays ont confirmé l’efficacité de leurs méthodes de développement, d’autant plus intéressante qu’elle conforte les transitions démocratiques.

Il serait donc logique que la méthode asiatique soit examinée par le peuple algérien, même si elle paraît (faussement) contraire à son esprit national.

L’héritage économique des dictatures

Première constatation : les transitions démocratiques sont difficiles, parce qu’il y a des « profiteurs » à de nombreux niveaux politiques et économiques, et que certains d’entre eux se déguisent en démocrates.

Il est très difficile pour un nouveau gouvernement de faire le tri sans se priver de personnes compétentes, d’autant que les informations sur les uns et les autres ne sont pas toujours fiables. Il vaut donc mieux mettre en place un processus économique qui bouscule ce qui est en place, tout en accélérant le développement du pays.

Par exemple, Formose, Taiwan et la Corée du Sud ont réussi leur transition démocratique, parallèlement à ce développement et vraisemblablement grâce à lui.

En Roumanie, j’ai été témoin du remplacement de Ceausescu par ses collaborateurs (qui l’ont immédiatement fusillé pour qu’il ne parle pas). Ces derniers se sont présentés en libérateurs et sont restés un certain temps au pouvoir. Trente ans après, la transition n’a vraiment avancé qu’avec l’entrée dans l’Union Européenne, ce qui veut dire que l’ancien régime s’est assez largement maintenu pendant 20 ans !

Un mode de développement éprouvé

Tous les pays qui se sont développés en partant de bas ont commencé par faire appel aux entreprises étrangères. Cela les a aidés de plusieurs façons :

  • le point le plus connu est l’apport de capital, mais ce n’est peut-être pas le plus important ;
  • l’apport de compétences en technique et surtout en organisation me paraît fondamental, directement d’abord et indirectement par les exigences demandées aux sous-traitants et aussi en influençant des systèmes scolaires restés traditionnels ;
  • un relais d’une génération, le temps que les citoyens du pays se forment et que l’éducation nationale s’adapte, souvent appuyée par une multiplication d’écoles privées ;
  • enfin et surtout, la concurrence à l’économie « entre copains », voire mafieuse, concurrence économique mais aussi politique, car les attaques du vieux système envers les entreprises étrangères sont alors médiatisées, alors que celles contre les entreprises locales sont étouffées. C’est une pression de fait vers la démocratisation, en plus du développement des classes moyennes qui la consolide.

Inversement, les pays qui sont restés longtemps fermés comme la Chine de Mao et l’Inde se sont développés rapidement dès qu’ils se sont ouverts aux entreprises étrangères.

Sur le plan politique l’Inde était une démocratie, mais économiquement fermée. La Chine était une dictature absolue sous Mao, en libéralisation progressive ensuite et qui semble retomber en dictature actuellement, d’où mon idée que cela va profondément nuire à son développement.

Les objections nationalistes

La plupart des pays sont animés de sentiments patriotiques voire nationalistes. Certains comme l’Inde, la Chine ou le Japon ont une histoire et une culture anciennes et prestigieuses. Ils sont donc très réservés quand on évoque l’entrée de capitaux et de cadres étrangers, surtout s’agissant d’entreprises puissantes.

L’expérience montre pourtant que le pays dont le redressement a été accéléré par l’arrivée des entreprises étrangères n’a rien perdu de sa civilisation ni de son histoire, et qu’au contraire elle peut s’exprimer plus fort qu’auparavant. Le cas de la Chine l’illustre aujourd’hui, le cas du Japon l’avait illustré auparavant.

Par contre, le cas de l’Inde a montré qu’une grande civilisation se coupant du monde stagne dans la misère, devient une nation assistée et n’a pas le rang diplomatique correspondant à sa population et à son histoire. L’Inde n’est réapparue dans l’actualité que depuis qu’elle s’est partiellement ouverte, alors qu’avant on n’en parlait que pour déplorer ses famines.

On m’objecte parfois que les entreprises internationales, grandes ou moyennes, sont corruptrices. C’est un argument curieux venant de pays qui sont largement corrompus, alors que le but de l’ouverture est justement d’introduire une concurrence aboutissant à ce qu’il n’y ait pas de chasses gardées à acheter (pour certains importateurs, par exemple).

Il faut d’ailleurs remarquer que dans la plupart des pays occidentaux les lois relatives à la corruption, même si elle a lieu à l’étranger, sont passibles de poursuites dans le pays du siège social, alors que ce n’est pas le cas d’entreprises d’autres pays. J’ai travaillé avec des entreprises américaines dans plusieurs pays, et leurs représentants sortaient de la salle s’ils avaient l’impression que certains propos pouvaient être interprétés défavorablement.

Et puis la souveraineté est une notion qui est parfois employée à tort. L’Allemagne et la France n’ont pas de souveraineté monétaire puisqu’elles utilisent l’euro, ce qui a facilité et non entravé leurs développements. D’autres pays ont comme monnaie de droit ou de fait le dollar américain. C’est une question pratique qui a ses avantages et ses inconvénients, et l’examen montre que la notion de « souveraineté monétaire » n’a pas de sens concret, puisque la monnaie ne fait que refléter la santé d’un pays.

D’ailleurs aucune des demandes d’Africains d’abandonner le franc CFA n’a été reprise par leurs gouvernements qui voient bien les avantages d’avoir une monnaie rattachée à l’euro (qui a succédé au franc), ce qui leur évite des problèmes considérables.

Bref, toute transition démocratique ne peut gagner en pérennité que si elle ouvre le pays sur le monde, tant intellectuellement qu’économiquement.

Rester isolé sans acteurs ni témoins étrangers permet tous les mauvais coups contre la démocratie.

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  • « La question principale en Algérie est de sortir du système économique actuel. »

    ben apparemment pour la france c’est la meme chose..
    La France est loin d’être une republique vraiment démocratique, et son économie « administrée » une catastrophe

  • Les pays cités comme des réussites n’ont pas transité par la phase socialisante des républiques démocrcatiques et popualires, des sociétés nationales et de l’inexportabilité de la monnaie

    • Ce n’est pas vrai pour tous les pays, et de toute façon rien empêche d’essayer les bonnes recettes !

      Il est exact que dans le cas de l’Algérie et de bien d’autres pays, et dans une bien moindre mesure de la France, l’endoctrinement « national–étatiste » bloque intellectuellement l’usage de ces bonnes recettes.
      En France ils ne sont pas au pouvoir et dans ce domaine précis de la liberté d’installation des entreprises étrangères nous sommes un pays ouvert.

      J’ai eu une conversation particulièrement décourageante avec un démocrate algérien influent qui voit dans les freins actuel aux investissements étrangers une protection de « l’histoire et de la civilisation algérienne », alors qu’ils ne servent qu’à faire vivre le système qu’il combat !

      Je n’ai pas eu la cruauté de lui demander ce qu’il entendait par « l’histoire et la civilisation algérienne », … Probablement ce qu’il a appris à l’école de son pays … Mais c’est un autre sujet…

    • Par contre la Chine… et dans une certaine mesure et plus récemment l’Inde ont montré que ça marchait

      Il est certain que la persistance d’une bureaucratie datant de l’époque socialiste est un frein. Raison de plus pour la bousculer !

      Le pire c’est la non conscience du problème par des démocrates algériens influents : « Nous ne sommes pas le Maroc, nous devons protéger notre histoire et notre civilisation » … alors qu’ils désirent cependant « changer le système » !

  • C’est le socialisme qui freine le développement économique et le capitalisme qui l’accélère. Le régime politique c’est autre chose. Il y a des démocraties qui favorisent le socialisme (ex. la France) et des régimes autoritaires qui favorisent le capitalisme (ex. la Thaïlande, la Corée lors de son décollage, etc…). L’idéal, c’est une démocratie qui favorise le capitalisme (ex. la Suisse).

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