Afrique : oser une démocratie épousant les spécificités culturelles

Quelle démocratie pourrait convenir au continent africain ?

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Aide au développement en Afrique (Crédits : MAECD-DFATD, Jean-François Leblanc, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Afrique : oser une démocratie épousant les spécificités culturelles

Publié le 20 avril 2019
- A +

Par George Ayittey.
Un article de Libre Afrique

La démocratie représentative et multipartite à l’occidentale est possible, mais malheureusement difficile à implémenter en Afrique. Compte tenu de ses spécificités, quelle démocratie pourrait convenir au continent ?

Majorité versus consensus

Fondamentalement, il existe deux formes de démocratie : soit les décisions sont prises à la majorité des voix selon le modèle occidental. Cette forme a l’avantage d’être transparente, rapide et efficace, mais son inconvénient est qu’elle ignore les opinions minoritaires. Soit une autre alternative serait de prendre les décisions par consensus. Cette formule présente l’avantage de prendre en compte toutes les positions minoritaires.

Cependant, l’inconvénient est que cette seconde forme peut prendre énormément de temps pour parvenir à un consensus si le nombre de personnes impliquées est élevé et surtout hétérogène. Notons cependant que le Comité Nobel de la paix et l’Organisation mondiale du commerce (OMC) prennent leurs décisions par consensus. Il en va de même de nombreuses sociétés africaines traditionnelles. Le simple fait qu’un groupe ne prenne pas ses décisions en votant ne signifie pas pour autant qu’il ne comprend pas l’essence de la démocratie.

Les spécificités en Afrique

Au début des années 90, après l’effondrement de l’ex-Union soviétique, le vent du changement pour la démocratie a soufflé sur l’Afrique, renversant des autocrates de longue date. Dans notre hâte de démocratiser, et aussi pour remplir les conditions de l’aide occidentale, nous avons copié et adopté la forme de démocratie occidentale et avons négligé de bâtir un modèle à nous, sur notre propre tradition démocratique.

Le modèle occidental a permis à un dirigeant africain élu d’utiliser le pouvoir et l’appareil d’État pour faire avancer les intérêts économiques de son groupe ethnique et exclure tous les autres : comme Kenyatta au Kenya avec les Gikuyu, Moi au Kenya avec les Kalenjin, Biya au Cameroun avec les Beti, Eyadema au Togo avec les Kabye, pour n’en nommer que quelques-uns. Dès lors, il n’est pas étonnant que presque toutes les guerres civiles en Afrique aient été déclenchées par des groupes marginalisés ou exclus du gâteau.

Au niveau de certains villages africains, le chef est choisi par la reine mère de la famille royale pour régner à vie. Sa nomination doit être ratifiée par le Conseil des anciens, composé des chefs de familles élargies du village. En matière de gouvernance, le chef doit se concerter avec les membres du Conseil sur toutes les questions importantes.

Sans ce conseil, le chef est impuissant. Si le chef et le conseil ne peuvent pas prendre une décision unanimement sur une question importante, une réunion de village est convoquée et la question est soumise à la population, qui en débattra jusqu’à ce qu’elle parvienne à un consensus.

Les assemblées villageoises existent parmi diverses tribus africaines, notamment les Ashanti du Ghana, les Igbo du Nigéria, les Somaliens, les Tswana du Botswana, les Shona du Zimbabwe, les Xhosa et les Zoulous d’Afrique du Sud. Si le chef est mauvais, il peut être rappelé par la reine mère, révoqué par le Conseil des anciens ou abandonné par le peuple.

Quelle démocratie en Afrique ?

Traditionnellement, les rois africains n’avaient aucune fonction politique. Leur rôle était spirituel ou surnaturel, celui de jouer le médiateur entre les forces cosmologiques : le ciel, la Terre et le monde, chacune d’elles étant représentée par un dieu. Le rôle du roi est de concilier ces dieux et de maintenir l’harmonie entre eux. Si le dieu du ciel est en colère, il y aura du tonnerre, de fortes averses, des inondations, etc. Cela voudrait dire que le roi n’a pas rempli sa fonction et qu’il a perdu la tête.

Les Africains auraient pu s’appuyer sur ce système. En Occident, l’unité économique et sociale de base est l’individu ; en Afrique, c’est la famille élargie ou la communauté. L’Américain dit : « Je suis parce que je suis ». L’Africain dit : « Je suis parce que nous sommes ». Le nous désigne la communauté. Alors, laissez chaque groupe choisir ses chefs et les placer dans une assemblée nationale. Ensuite, laissez chaque province ou État choisir ses dirigeants et les placer dans un Conseil national. Choisissez le président de ce Conseil national et évitez les énormes dépenses électorales liées à la démocratie à l’occidentale. Ces ressources peuvent être mieux utilisées pour le développement des pays africains pauvres. Enfin, laissez le président et le Conseil national prendre leurs décisions par consensus. En cas d’impasse, renvoyez la question à l’Assemblée nationale. Ce type de démocratie est conforme à notre propre héritage africain.

Sur le web

Voir le commentaire (1)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (1)
  • Effectivement les systèmes politiques doivent être adaptés aux réalités historiques des pays. Mais les traditions ancestrales sont tout de même à revoir dans de nombreux pays africains notamment sur le rapport aux femmes. L’excision et les mariages forcés sont toujours pratiqués justement parce que relevant de traditions ancestrales.

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Le libéralisme est décidément une notion bien floue et très mal perçue par une grande partie des Français, nourris dès le plus jeune âge aux mamelles de l’État et qui sont persuadés, à tort puisqu’on le leur fait croire en permanence, que le libéralisme serait je ne sais quelle force occulte organisée qui les plongerait dans une sorte d’océan où ils se noieraient sans que personne leur vienne en aide. D’où la justification de l’interventionnisme et de l’État-providence, sans lesquels nous serions sans doute perdus.

Quatorzième volet de... Poursuivre la lecture

8
Sauvegarder cet article

Par Olivier Maurice.

Le terme démocratie libérale est devenu tellement usité, tellement galvaudé et mis à toutes les sauces qu’il est plus que facile de confondre les deux termes : démocratie et libéralisme. Comme si le libéralisme impliquait inévitablement un régime démocratique et vice-versa.

La confusion est suffisamment entretenue par les médias et la classe politique, au point qu’aux États-Unis, les deux mots sont devenus quasiment synonymes et que l’on nomme communément liberals les membres ou sympathisants du parti démocr... Poursuivre la lecture

Et de cinq ! Après les refus de la CFDT, de LFI, de LR et du RN d’y participer, c’est au tour du deuxième personnage de l’État, Gérard Larcher, président du Sénat, de signifier une fin de non-recevoir à Emmanuel Macron pour son projet de Conseil national de Refondation. Un événement à l’acronyme loin d’être anodin, annoncé quelques jours avant des élections législatives peu réjouissantes pour la majorité sortante et qui devrait se dérouler le jeudi 8 septembre.

Un conseil dans la lignée des nombreux comités Théodule créés depuis 2017 e... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles