Les taux sont « cadeaux », mais pour qui ?

Pour soutenir l’économie, les autorités monétaires maintiennent les taux bas. Il s’agit d’un cadeau empoisonné pour les banques comme pour les épargnants.

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Les taux sont « cadeaux », mais pour qui ?

Publié le 15 avril 2019
- A +

Par Olivier Myard.

En maintenant les taux bas, les banques centrales restreignent les capacités bénéficiaires des banques, qui ont besoin de taux élevés pour recouvrer une rentabilité satisfaisante. Les maigres bénéfices des banques limitent leurs concours à l’économie, entravant la croissance.

Depuis 2009, les autorités des pays développés ont découvert la pierre philosophale de la politique économique, avec l’argent gratuit ou presque (du moins pour les riches et les États) pour l’éternité.

Désormais, plus de souci, on peut accumuler les déficits budgétaires afin de satisfaire les appétits des électeurs s’estimant oubliés du partage d’argent gratuit, et s’endetter à volonté sans souffrance, puisque les taux sont « cadeaux ». Un rêve de politicien !

Pas étonnant que les appétits s’aiguisent et qu’ils soient de plus en nombreux à solliciter vos suffrages…

Dans ces conditions, faut-il s’attendre à un effet « bonanza forever » ? Dépensons plus Folleville, la facture ne sera jamais présentée !

Nicolas Perrin a récemment souligné tous les risques, explosifs, que cette situation aberrante fait logiquement peser sur notre système économique. Inutile d’y revenir.

À tout cela s’ajoute un petit grain de sable, issu des normes dites de Bâle. Car les bénéfices des banques sont pénalisés par le maintien sur longue période de taux d’intérêt trop bas.

En effet, les normes prudentielles internationales imposent aux banques un ratio minimum entre fonds propres et encours total des prêts accordés à leurs clients (sauf pour les prêts aux États souverains, pour lesquels les règles sont plus généreuses…).

En conséquence, pour pouvoir prêter davantage et mieux satisfaire la demande de leurs clients, notamment pour des projets à forte valeur ajoutée annonciateurs d’une croissance saine future, les banques doivent faire grossir leurs fonds propres.

C’est mathématique.

Pour renforcer leurs fonds propres, et donc leurs capacités à mieux financer le développement économique, les banques n’ont que deux solutions.

La plus simple, la plus saine, c’est de faire suffisamment de bénéfices pour pouvoir, après distribution du dividende, mettre le résultat net restant en réserve.

Mais cela suppose d’avoir une excellente capacité bénéficiaire. Or le maintien sur longue période de taux d’intérêt bas ne permet pas aux banques d’accumuler des bénéfices à la hauteur des enjeux.

À défaut de dégager des bénéfices suffisamment élevés pour renforcer « naturellement » les fonds propres, il reste une bonne vieille méthode. Appeler les actionnaires à participer à une augmentation de capital.

Un signe que rien ne va plus pour les banques

Mais les actionnaires ne le feront que s’ils ont le sentiment qu’ils auront dans le futur un bon retour sur investissement. Or de nombreuses banques européennes cotent environ la moitié de leurs fonds propres, du jamais vu dans l’histoire moderne, signe magistral de la défiance des investisseurs à l’égard du secteur bancaire.

La perspective de taux d’intérêt bas, voire nuls ou négatifs « pour toujours », ne peut pas rendre les épargnants optimistes sur les capacités bénéficiaires des banques. Ces investisseurs ne seront donc pas très motivés par une augmentation de capital qui soit sera un échec, soit ne sera tout simplement pas tentée.

Certes, par la technique des T-LTRO et autres QE, les banques centrales mettent à disposition des banques commerciales des encours prêtables conséquents. Ces ressources s’ajoutent à celles qu’elles obtiennent par les mécanismes classiques de financement des banques.

Cependant, les ratios prudentiels étant inchangés, les capacités totales de prêt des banques restent plafonnées (sauf pour le risque souverain bien sûr…) proportionnellement à la taille de leurs fonds propres.

En définitive, pour le particulier, c’est « face je perds » (rendements obligataires voisins de zéro voire nuls ou négatifs, pénalisant l’assurance-vie et les plans retraite), ou bien « pile je perds » (économie anémiée sur la longue période, réduisant les opportunités de placements sains, sauf à être initié ou à prendre le risque d’une bulle).

Cette fragilisation du bilan des banques présente un risque systémique et porte les germes d’un effondrement de l’économie à terme et donc de l’éclatement des bulles. L’épargnant peut toujours se dire « tant que je gagne, je joue » mais qui peut croire qu’il sera assez lucide pour sortir des bulles à temps ?

Pour percevoir des rendements élevés dans cet univers de taux bas, certains pourront par exemple regarder les techniques de génération de revenus par la vente d’options.

Ou encore les investissements dans l’immobilier international, diversifié, dans des pays où la rente locative reste encore élevée, par l’intermédiaire de fonds se chargeant de la gestion et mutualisant les risques.

Pour plus d’informations, c’est ici.

Voir les commentaires (14)

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  • Le taux zero ne compense pas encore les annees a taux excesssifs alors patience,ils reviendront le moment venu.

  • Les taux faibles defavorisent certains mais en favorisent d autres. Il faut d ailleurs signaler que c est pas le taux qui est important mais la difference entre le taux d interet et l inflation (par ex dans les annees 70-80 vous aviez des taux d interet a plus d e10 % mais une inflation aussi forte. donc au final on etait aussi sur des taux d interet reels faibles). Autrement dit la situation actuelle n est pas si neuve que ca

    Quoiqu il en soit, les taux faible penalisent les epargnants mais favorisent a l opposés les emprunteurs (qui vont avoir des taux plus faible). C ets d ailleurs pas forcement une bonne nouvelle pour les emprunteurs car ca pousse le prix des actifs a la hausse (parfait exemple l immobilier francais ou les taux faible ont fait exploser les prix. au final l acheteur n y est pas gagnant car il doit payer plus cher. le gros gagnant est le vendeur)

  • Un peu sommaire comme explication. D’abord les banques sont toutes soumises aux mêmes règles et si elles accordent des taux bas à leurs clients c’est pour s’aligner sur leurs concurrentes. Si les taux de refinancement étaient plus haut cela décalerait sans doute d’autant les taux qu’elles accordent mais la différence qui fonde leur bénéfice devrait rester à peu près identique. Donc pour que les banques fassent plus de bénéfices, il faut qu’elles arrêtent de prêter à des mauvais risques et il ne faut pas qu’elles cèdent à la tentation de vendre à perte.
    Ensuite si les taux longs restent bas, c’est peut être aussi du à un excès d’épargne (un environnement anxiogène) et à un manque de projets assez profitables pour que les entrepreneurs acceptent de payer des taux d’intérêt élevés.
    Les grands profiteurs sont hélas les états dont la dette finit par se retrouver dans le bilan de la BCE. Cette croissance de la masse monétaire non gagée par un accroissement des moyens de production produit bien entendu une forte inflation. On ne la voit pas trop dans les produits de consommation courante mais elle est évidente dans les prix des actifs mobiliers (actions) et immobiliers recherchés (dans les métropoles).

  • bonjour,

    je suis assez d’accord avec le commentaire ci-dessus de JCB : c’est une question sans doute naïve, mais qu’est-ce qui empêche les banques d’augmenter leur taux de marge ?

    • La concurrence… Les banques ne sont qu’un intermédiaire entre les prêteurs et les emprunteurs. Elles ont des obligations prudentielles identiques, et répondent donc de manière à peu près identique aux stimulations des banques centrales, faute de quoi elles seraient écartées par la concurrence. C’est d’ailleurs bien ce que dit JCB.
      La bonne question qu’il soulève est celle de l’excès d’épargne « sans risque » et du manque de profitabilité des projets. Dans un cas comme dans l’autre, l’Etat qui devrait cesser de confisquer la plus grande part des rendements des placements plus risqués à son profit, et libérer les projets profitables plutôt que de chercher à sauver ceux qui tournent mal, l’Etat a la grande responsabilité de la situation. En fait, il est le seul que ça arrange, parce qu’avec les règles en vigueur, il peut placer sa dette à des conditions défiant tout calcul actuariel sensé…

      • oui mais non (je comprends bien ce que vous dites) : si les taux étaient plus élevés, cela ne rendrait pas plus facile le fait d’appliquer une marge plus élevée. on peut même penser que cela serait plus dur.

        • Je pense que vous vous limitez aux pourcentages, et que la réponse à votre interrogation est que si les taux étaient plus élevés, ce serait signe que le chiffre d’affaires sur lequel les banques appliqueraient le même taux de marge serait, lui, bien plus élevé.

    • Bah , les banques sont coincées , elle n’ont pas d’emprunteurs solvables a long terme, on suppose l’effondrement du syteme bientot !

  • On nous ferait presque croire que l’argent prêté disparait des banques, lol.

  • ça permet surtout de spéculer en bourse ,la preuve..des que l’annonce est faite du maintien des taux bas la bourse aime..racheter des affaires à restructurer avec de l’argent gratuit c’est tentant…plus que de souscrire à des emprunts ..

    • ???
      Dès que l’annonce est faite d’une baisse des taux, la bourse traduit les arbitrages entre les placements au nouveau taux et ceux aux anciens. La bourse n’aime rien de spécial, si ce n’est confronter les valeurs et les investissements les uns aux autres et arbitrer.

  • Bonjour,
    Rien n’empêche l’épargnant d’investir directement dans les PME ou autres petites sociétés innovantes et ainsi participer à l’expansion économique. Même dans les banques il y a des produits pour ça.
    Et tant pis si l’épargnant pépère en obligation d’état perd de l’argent du fait des taux négatifs . Il n’a qu’à prendre un peu de risque et aider les entrepreneurs via les fonds spéculatifs spécialisés ou en prise de capital direct.

  • Les commentaires sont fermés.

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