La France et l’OTAN en Syrie. Le grand fourvoiement

L’historien et essayiste Roland Hureaux vient de publier une remarquable synthèse qui analyse l’action de l’Europe et l’aveuglement de l’OTAN dans le conflit syrien qui est un drame pour l’Europe.

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La France et l’OTAN en Syrie. Le grand fourvoiement

Publié le 8 mars 2019
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Huit ans après le début de son déclenchement, le conflit syrien est sur le point de se clore. La Syrie est désormais un pays ravagé, avec près de 350 000 morts et des millions de Syriens qui ont quitté le pays pour rejoindre l’Europe, le Liban ou la Turquie. À cela s’ajoutent les blessés, les amputés, les dégâts immenses des villes comme Alep, Mossoul, Palmyre et même Damas.

Huit ans de guerre dont le peuple syrien fut le grand perdant et l’Europe, dont la France, le grand vaincu. La Syrie est le lieu du fourvoiement de l’Europe et de la politique otanienne, ayant contribué à déclencher cette guerre, à la faire durer, à s’y enliser et à finalement la perdre. L’historien et essayiste Roland Hureaux vient de publier une remarquable synthèse de cette guerre, La France et l’OTAN en Syrie. Le grand fourvoiement qui analyse l’action de l’Europe et l’aveuglement de l’OTAN dans ce conflit qui est un drame pour l’Europe.

Le malentendu sur la Syrie

Lorsque des émeutes éclatent dans l’est du pays en mars 2011, les observateurs y voient la continuité des printemps arabes qui sont en train de secouer la région. Enfin, pense-t-on dans les chancelleries, les dictateurs vont tomber et la démocratie va surgir. Cet aveuglement a conduit à de nombreuses impasses. D’abord, croire que Bachar el-Assad allait être renverser.

C’était ne pas comprendre la structuration de la Syrie et le poids des Alaouites dans la direction de l’État. Ensuite, soutenir les groupes nommés « rebelles modérés » alors que c’était des islamistes. L’Europe les a soutenus et leur a fourni des armes, alors même qu’ils nous combattaient chez nous via les attentats. Enfin il y a la question migratoire, dont la grande vague a été déclenchée en 2015, provoquée et amplifiée par la Turquie, qui s’est servie de ces malheureux migrants comme d’un instrument de pression pour obtenir des compensations en Europe.

L’Occident perdu

L’Occident a cherché à faire croire qu’Assad avait utilisé des armes chimiques afin de justifier une intervention militaire pour le renverser, ce qui n’était pas vrai. En dépit de la propagande et des faux documents cherchant à lui attribuer la responsabilité des gazages, les faits ont toujours été démentis. La France était pourtant bien décidée à intervenir en septembre 2013, mais Obama s’est rétracté au dernier moment, lâchant son allié.

La victoire de Donald Trump a aussi changé la donne. Si Hillary Clinton l’avait emporté, elle serait partie en guerre contre la Syrie, risquant un choc frontal avec la Russie. Pour la forme, pour ne pas perdre la face et pour contenter l’appareil militaire américain, Trump a bombardé quelques hangars vides et zones désertiques. Mais en sous-main, il a pu éviter un élargissement de la guerre.

Au Proche-Orient, les Russes sortent grand vainqueur et renforcent leur présence en Syrie. Eux ont soutenu leur allié et ne l’ont pas abandonné. C’est un énième échec de l’OTAN, après les Balkans, l’Afghanistan, l’Irak, la Libye. De quoi donner des ailes à la Chine et à la Russie et discréditer le rôle des États satellites que sont devenus les États européens. Un siècle après les accords Sykes-Picot qui ont tracé les lignes d’influence entre Anglais et Français en Syrie et en Irak, il semble que les lignes du désert se soient effacées pour ces deux pays. Le grand fourvoiement syrien témoigne de l’impuissance de l’Europe à conduire une diplomatie réaliste qui réponde à ses intérêts.

Roland Hureaux, La France et l’OTAN en Syrie.Le grand fourvoiement, Éditions Bernard Giovanangeli, 237 pages.

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  • L’objectif clair était de détruire Assad pour ensuite s’attaquer à l’Iran.
    Bilan : Assad est toujours là , l’Iran est toujours là et la Russie est bien installée au Moyen Orient, elle a en plus pu tester et démontrer son nouvel arsenal.
    Après la Libye et la Syrie, les peuples nous disent : » s’il vous plait , aidez-nous , ne venez surtout pas !!  » , les Vénezueliens commencent à avoir peur .

  • La « politique » française se résume à la phrase de Fabius : « Al Nosra fait du bon boulot en Syrie ». Tout le reste en découle, ce que pointe l’article. Le France et l’Europe ont perdu toute capacité de peser sur l’évolution de la situation dans la région, sauf leur capacité de nuisance : soutien inconditionnel aux groupes palestiniens radicaux, et stigmatisation d’Israël, attaques (verbales) contre la Russie, promesses de mettre fin au règne d’Assad, compromissions avec la Turquie, bref un jeu de gribouille au gré des inspirations …

  • O T A N aujourd’hui ne veut strictement rien dire.
    Créée dans un but précis, et les raisons de sa création ayant radicalement changées cette institution agrandie de façon erratique, désordonnée et antinomique avec son pseudo objet est devenue un monstre, Qui fait des ses adhérents des jouets des américains.

  • Et ce n’est pas tout : il y a un stock de crétins lobotomisés qui attendent leur retour en Europe pour y continuer leurs exploits. Les USA ne veulent pas reprendre les leurs, mais incitent les états européens à reprendre ces individus.
    Nous n’avons fait que propager la haine et la méfiance. Et le pire, c ‘est que nous menons les mêmes politiques idiotes qu’on mené ces états du moyen-orient. On est donc bien mal placés pour les critiquer.

  • Pas tres convaincant comme article.
    Deja le fait que le regime syrien a utilise des gaz de combat a ete largement documenté (de toute facon les rebelles n avaient pas les competences pour utiliser massivement ce type d armes)

    De meme, l auteur oublie la source initiale du soulevement: la situation pitoyable de l economie syrienne (comme dans pas mal de kleptocratie arabes). Si la population etait satisfaite de son sort, y aurait il eut rebellion ? (par ex pas de rebellion au liban (democratie arabe) ou dans une dictature comme en chine)

    De meme, vous creditez la russie de la victoire mais vous oubliez l Iran. Ce ne sont pas les russes qui ont fourni les troupes au sol, c est l Iran et son allie le Hezbollah. C est au moins autant une victoire iranienne que russe. Bon je reconnais que c est pas tres vendeur de dire que les islamistes sunnites ont ete maté par la republique islamique d Iran (chiite) …

    PS:
    – l europe n existe pas en politique etrangere et encore moins dans le domaine militaire.
    – meme si Clinton aurait ete elue, il est peu probable que l engagement americain soit alle jusqu a l envoi de troupes au sol et une possible confrontation avec la russie. Par ex, lors des operations aerienne, les USA et la russie ont toujours pris soin de s avertir mutuellement des raids pour eviter justement un incident

    • avez-vous des références de document sur l’utilisation par le régime syrien de gaz de combat ?

      • par ex https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Armes_chimiques_pendant_la_guerre_civile_syrienne

        L arme chimique necessite des competances qui sont hors de portees de Guerilla. Il faut pouvoir produire les substance (autrement dit avoir des usines, on parle pas la de quelques litres). etre capable de les conditionner (de facon a ne pas gazer vos troupes qui vont les transporter et les tirer) et evidement de les utiliser (artillerie, eventuellement distribution d antidote a vos troupe si elles se font gazer par accident si le vent tourne)
        Bref des choses qui auraient ete tres compliquees pour les rebelles mais facile pour un Etat.

        Quant aux problemes moraux, inutile de dire que la kleptocratie syrienne n en a pas. Je vois donc pas pourquoi ils se seraient génés pour utiliser leurs stocks

  • Vous oubliez qu’il y a toujours un très grand vainqueur qui reste tapi : les marchands d’armes (y compris les états) qui ont tout intérêt à oeuvrer en sous-mains pour déclencher des conflits.

    • Bof bof. C est fini l epoque ou on pillait le vaincu pour se rembourser.
      Dans le cas de la syrie, ils n ont pas un sou. Les russes et iraniens (injustement oublies, c est eux qui ont paye le prix du sang) y seront de leur poche.

  • Les printes arabes et autres guerres civiles au moyen Orient font partie d’un plan du Pentagone
    http://arretsurinfo.ch/video-quand-le-general-wesley-clark-devoilait-le-plan-des-etats-unis-pour-envahir-7-pays/
    http://www.voltairenet.org/article199833.html
    Après, reste à trouver les prétextes pour entraîner les alliés (et leurs opinions publiques);dans ces guerres

  • Les commentaires sont fermés.

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