Rand Paul : « Si vous étiez Assad, vous auriez lancé une attaque chimique ? Non. »

Rand Paul (Crédits Gage Skidmore, licence Creative Commons)

Le sénateur américain Rand Paul réagit sur les préparatifs de guerre contre la Syrie.

Le sénateur américain Rand Paul réagit sur les préparatifs de guerre contre la Syrie.

Une  interview de Matt Welch, depuis Campbellsville, Kentucky, États-Unis.

Le sénateur Rand Paul (Républicain, au Kentucky) n’est pas du tout persuadé que le dictateur syrien Bashar El Assad est coupable d’avoir lancé une attaque chimique contre son propre peuple, ce causus belli étant utilisé pour préparer l’Amérique à encore une nouvelle guerre au Moyen-Orient.

À l’écart d’une rencontre non médiatique de leaders religieux, mercredi après-midi à l’Université de Campbellsville, Kentucky, Paul a cité Pat Buchanan pour exprimer son scepticisme sur les preuves apportées par l’administration Obama à propos de l’attaque chimique. Voici la transcription de notre brève rencontre avec lui.

Reason: À propos de la Syrie, pas mal de gens qui supportent une intervention font le parallèle non pas avec l’Irak mais plutôt avec le Kosovo, dans laquelle on peut envisager un bombardement limité et ainsi en obtenir un résultat favorable. Selon vous, est-ce une analogie appropriée à ce qui arrive actuellement et considérez vous le Kosovo comme une réussite ?

Rand Paul: Eh bien, vous savez, l’élément déclencheur d’une intervention en Syrie semble être l’utilisation d’armes chimiques. J’aurais tendance à penser que la première question à poser est de savoir « qui les a utilisées » ?

Reason: Vous n’êtes pas convaincu par les renseignements fournis jusqu’à présent ?

RP: Apparemment, il semble qu’il y a bien eu utilisation d’armes chimiques, et je pense que tout le monde est d’accord là-dessus — mais quand bien même, j’aimerais des preuves. Cependant, dans un second temps, je voudrais des preuves sur qui a déclenché cette attaque, vous me suivez ? […]

L’autre jour, Pat Buchanan, dans l’un de ses éditos, demandait justement cela en utilisant la phrase latine « cui bono ?« , c’est-à-dire, à qui profite le crime ? Je pense que c’est une question plutôt importante. Or, cet acte n’apporte absolument aucun bénéfice à Assad. Si vous étiez Assad, auriez-vous lancé cette attaque chimique ? Non. — le monde entier est maintenant motivé pour débarquer et l’attaquer. Cela n’a aucun sens d’un point de vue logique. Il n’était pas en position défensive, sur le point de se faire détruire. Je ne vois pas pourquoi il aurait utilisé les armes chimiques.

C’est bel et bien la première question à se poser. La seconde question est de savoir comment nous devons partir en guerre. Allons-nous en guerre via la décision unilatérale et arbitraire d’une personne unique, le président ? Ou entrons-nous en guerre de la façon que nos pères fondateurs ont choisie, c’est-à-dire après un débat public, et un vote du Congrès ? Je crois que la Constitution est claire à ce sujet : on doit en passer par un vote.

Si vous voulez discuter du problème syrien, il y a deux aspects ironiques à dépasser si vous voulez vous impliquer dans cette guerre. La première ironie, c’est que vous allez vous retrouver à supporter des rebelles islamiques contre des chrétiens. Deux millions de chrétiens vivent en Syrie, bien plus que dans n’importe quel autre pays de la région, autre que l’Égypte, et ils sont alliés à Assad. La seconde ironie à gérer est qu’alors, nous serions du même côté qu’Al Qaïda. Je croyais que nous combattions Al Qaïda.

À mon avis, on devrait résoudre ces deux problèmes avant de s’impliquer plus dans cette guerre avec la Syrie.


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