La belle réponse de Peugeot à ses Gilets jaunes

GRR 1 (Peugeot) By: Dunk 🐝 - CC BY 2.0

Peugeot relance le principe de la participation des salariés aux fruits de l’expansion.

Par Michel Albouy.

Le 26 février 2019, le PDG du groupe PSA, Carlos Tavarès, a annoncé pour cette année le versement à ses salariés français ayant un salaire inférieur ou égal à deux fois le smic, le versement d’une prime de performance et d’intéressement de 3 810 euros bruts, contre 2 660 euros l’an dernier soit une augmentation de 43 %.

Avec cette annonce, le groupe automobile entend relancer le principe de l’intéressement des salariés aux performances de l’entreprise, et notamment pour les petits salaires. Ce faisant, il montre également sa volonté de répondre à la demande de pouvoir d’achat exprimée par les Gilets jaunes. Cette prime est justifiée par l’excellente performance économique et financière de PSA.

Grâce à l’acquisition d’Opel le chiffre d’affaires du groupe a bondi de 20 % à 74 milliards d’euros et le bénéfice net à 2,83 milliards d’euros en hausse de 47 %. Loin d’être une simple opération de communication, la prime de 3 810 euros qui sera versée aux petits salaires représente un montant significatif et une véritable hausse de pouvoir d’achat. Avec un tel montant, on est loin de ce que le président Macron a demandé aux entreprises de verser aux salariés en réponse au mouvement des Gilets jaunes, soit 600 euros.

Le versement de la prime de performance et d’intéressement de PSA présente plusieurs vertus. Tout d’abord, elle relance le principe de la participation des salariés aux fruits de l’expansion si chère au Général de Gaulle. Par ailleurs, elle montre qu’une entreprise profitable et qui réussit ne bénéficie pas qu’à ses actionnaires comme on l’entend trop souvent. En clair que le profit n’est pas l’ennemi des salariés et qu’il vaut mieux travailler dans une entreprise en bonne santé que chez un canard boiteux.

La décision des dirigeants de PSA est d’autant plus courageuse que ce groupe a été au bord du gouffre il y a peu de temps. Rappelons-nous, c’était en 2013, et PSA était dans l’obligation de trouver de l’argent frais pour se recapitaliser. C’est ainsi que l’État français et le chinois Dongfeng sont entrés au capital du groupe familial à hauteur de 14 % chacun en apportant 3 milliards d’euros au total.

À l’époque, cette décision a fait l’objet d’une forte controverse au sein de la famille Peugeot, certains estimant qu’il n’était pas nécessaire d’ouvrir le capital à ces deux acteurs et qu’il était possible de trouver des capitaux sur le marché. Quand on voit aujourd’hui qu’en un an PSA dégage un bénéfice net pratiquement équivalent à cette recapitalisation, on peut effectivement se demander s’il était vraiment nécessaire de faire entrer un constructeur chinois au conseil d’administration.

D’autant plus qu’il semble que les espoirs mis sur le marché chinois soient loin de se réaliser. Finalement une acquisition européenne bien menée, Opel,  a eu un impact plus important.

Le versement de la prime de 3 810 euros a fait l’objet de critiques de la part de certains syndicalistes. Comme d’habitude, son montant a été rapproché des dividendes « colossaux » versés aux actionnaires. Rappelons à cet égard que de 2011 à 2015, PSA n’a versé aucun dividende à ses actionnaires et que ce n’est qu’en 2016 que la société a repris le versement d’un dividende de 0,48 euros. En 2017, le dividende par action était de 0,53 euro. Afin de voir l’effort consenti par la société en faveur de ses salariés il suffit de calculer le nombre d’actions permettant d’obtenir un montant de 3 810 euros.

En divisant ce montant par 0,53 euro, on obtient 7 188 actions, soit au cours actuel de 22 euros, un capital de 158 000 euros environ ; un montant qui dépasse le plafond de versement du PEA (Plan d’épargne en actions). On ne peut donc pas dire que le montant de cette prime soit ridicule puisqu’elle équivaut aux dividendes que toucherait un actionnaire ayant investi 158 000 euros dans PSA.

Précisions toutefois que cette comparaison n’est pas raison car on ne peut comparer une prime versée aux salariés aux dividendes distribués aux actionnaires. Dans un cas, celui de la prime, il s’agit d’un véritable gain pour le salarié, alors que dans le cas des dividendes il ne s’agit pas d’un enrichissement pour les actionnaires comme tout bon financier le sait (voir le Vernimmen).

Au total, on ne peut que se féliciter du redressement spectaculaire de Peugeot et de sa décision de relancer le principe de la participation des salariés aux fruits de l’expansion. Souhaitons que cela continue !