Pourquoi Marx adorait les banques centrales

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Statue of Karl Marx by David Merrett (CC BY 2.0)

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Pourquoi Marx adorait les banques centrales

Publié le 27 février 2019
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Par Thorsten Polleit.
Un article du Mises Institute

Dans son Manifeste pour le Parti Communiste (1848), co-publié avec Friedrich Engels, Karl Marx appelle à prendre des mesures – pragmatiquement indiquées comme des « incursions despotiques sur les droits de propriétés » —qui seraient « inévitables en tant que moyen afin de révolutionner entièrement les modes de production, » c’est-à-dire afin de permettre l’avènement du socialo-communisme.

La cinquième mesure de Marx stipule : « La centralisation du crédit auprès de l’État, à travers des banques nationales fonctionnant avec un capital d’État et un système de monopole exclusif. » Un postulat particulièrement perspicace, a fortiori alors qu’à l’époque où Marx l’avait formulé, les métaux précieux, or et argent principalement, étaient utilisés comme monnaie.

Comme chacun le sait, les quantités d’or et d’argent ne peuvent être augmentées par simple volonté. De ce fait, le crédit, y compris le prêt et l’emprunt d’argent, ne peut s’élargir en fonction des opportunités politiques. Néanmoins, Marx fantasmait peut-être déjà sur les conséquences que pourraient avoir une telle situation : un État créant de la monnaie grâce à l’expansion de crédit et ayant usurpé et monopolisé les moyens de production de la monnaie. Bien avant Marx, l’historien et homme d’église anglais Thomas Fuller avait savamment illustré le pouvoir de la monnaie : « La monnaie est le cœur de l’amour aussi bien que le nerf de la guerre. »

Des origines de la banque centrale moderne

L’idée de banque centrale date d’il y a bien longtemps. À titre d’exemple, la Banque Centrale suédoise, la Sveriges Riksbank, a été fondée en 1668, et la Banque Centrale d’Angleterre, la Bank of England, a été édifiée en 1694. Les opérations frauduleuses de ce type d’institution furent rapidement mises en lumière, et plus particulièrement au travers des écrits de l’économiste britannique David Ricardo. Dans son essai de 1809, Essai sur le haut prix des lingots, il indiquait notamment que c’était la hausse de quantité de monnaie, sous forme de billets de banque non basées sur la quantité d’or disponible, qui était responsable de la hausse générale des prix, un effet plus communément nommé inflation.

Cependant, l’idée politico-économique que les banques centrales détenant le monopole des moyens de production de la monnaie useraient encore et toujours de leur pouvoir de façon malhonnête, favoriseraient le copinage, et seraient responsables de la dégradation de la valeur monétaire n’a toujours pas à ce jour suffi à discréditer le monstrueux concept même qu’est la banque centrale. Il semble qu’en ce qui concerne les sujets traitant de la monnaie, les concepts de Marx sur le matérialisme dialectique ont produit leurs effets : ce qui existe semble former l’esprit des personnes (et non l’inverse). Un effet qui a certainement participé à la création du marxisme des banques centrales à une échelle mondiale.

Couper les derniers liens avec la « Commodity Money »

Le 15 août 1971, la vision de Marx devient réalité : l’administration américaine mit fin au principe de remboursement de la dette américaine en or physique, rendant de ce fait l’or, monnaie du monde civilisé par excellence, officiellement démonétisé. Via cette attaque surprise, une  monnaie sans valeur de référence, ou système monétaire fiduciaire, fut mis en place aux États-Unis ainsi que dans le reste du monde. Dès lors, toutes les monnaies du monde s’avèrent être fiduciaires : la création de monnaie est issue de la hausse du crédit en cours, sans être supportée par une épargne ou des provisions réelles, à travers le monopole des banques centrales.

Le système monétaire fiduciaire, la création de monnaie à travers la hausse du crédit en circulation, a provoqué un nouveau type d’esclavage par dette à grande échelle. Les consommateurs, sociétés, et bien entendu les gouvernements, sont devenus de plus en plus dépendants des banques centrales, débitant continuellement des montants de crédits et de monnaie, fournis à taux bas, de plus en plus importants. Dans de nombreux pays, les banques centrales sont devenues, de facto, des éléments centraux du pouvoir : leurs décisions politiques et monétaires déterminant la pluie et le beau temps de la société et de l’économie du pays.

En émettant de la monnaie fiduciaire à partir du vent, une petite clique de partisans des banques centrales et leurs employés, décident, pour paraphraser Friedrich Nietzsche, d’une « réévaluation des valeurs. » L’inflation chronique, par exemple, décourage l’épargne, entraînant de ce fait une culture de la dette de plus en plus importante ; de par la manipulation par le bas des taux d’intérêt par les banques centrales, les besoins futurs sont sous-évalués par rapport aux besoins présents ; les faveurs d’une sorte d’État profond monétaire se fait au prix d’une démolition des libertés civiles et entrepreneuriales.

Une banque centrale supranationale

En Europe, le marxisme des banques centrales a permis une promesse remarquable : dix États nations représentant un total de près de 337 millions d’individus ont abandonné leurs droits à l’autogestion des affaires monétaires, se soumettant aux diktats de la politique monétaire d’une banque centrale supranationale entièrement contrôlée par un Parlement ne délivrant qu’une seule monnaie, l’euro. Et si le succès est au rendez-vous pour le marxisme des banques centrales en Europe, le véritable fer de lance du mouvement a toujours été la banque centrale américaine : la Federal Reserve (Fed).

Plus que jamais, le monde d’aujourd’hui repose sur la monnaie fiduciaire imprimée par la Fed. De fait, toutes les principales monnaies sont indexées sur le petit billet vert et c’est la Fed qui détermine les conditions de crédit et liquidité possibles sur les marchés financiers internationaux. Elle préside en réalité un cartel de banques centrales mondiales qui, s’il poursuit sans entrave, arrivera finalement à contrôler l’économie mondiale grâce à son monopole sur la monnaie, devenu inattaquable ; réduisant ainsi à néant l’un des derniers remparts encore présents contre la tyrannie sans limite de l’État.

Les idées et leurs conséquences

Ceux qui favorisent une société libre ne peuvent désormais qu’espérer que quelque chose puisse entraver le marxisme des banques centrales. C’est loin d’être impossible. Le socialo-communisme n’est pas l’inévitable destin de la vie sociale et de l’évolution du cours de l’Histoire, comme voudraient le croire les marxistes. Ce qui compte réellement sont les idées ou les théories, car les idées, peu importe leurs contenus, leurs origines, ou si elles sont justes ou fausses, sont à la fois la base et le moteur de l’action humaine. Ludwig Von Mises était d’ailleurs parfaitement conscient de cette incontestable vision :

La société humaine est une problématique de l’esprit. La coopération sociale doit d’abord être conçue, puis testée, puis réalisée dans l’action. Ce sont les idées qui font l’histoire et non les « forces matérielles productives », ces schémas nébuleux et mystiques de la conception matérialiste de l’histoire. Si nous pouvions vaincre l’idée de socialisme, si l’humanité pouvait être amenée à reconnaître la nécessité sociale de la propriété privée des moyens de production, le socialisme devrait alors quitter la scène. C’est la seule chose qui compte.

En toile de fond des propos de Mises, nous pourrions ajouter qu’une fois que les populations comprennent que le marxisme (ainsi que tous ses sous-genres du socialisme) ne garantissent pas un meilleur standard de vie, cela entraînera la fin des banques centrales et de la monnaie. En d’autres termes, que le marxisme des banques centrales et de la monnaie fiduciaire domine ou soit jeté par les fenêtres (ou dans les toilettes), c’est la bataille des idées qui en décidera.

Traduction Virginie Ngo pour Contrepoints

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  • Excellent article.
    Marx et Engels ont d’ailleurs été financés par ce qu’on aurait pu appeler au XIXe siecle la « finance internationale ».

  • Superbe article! Un des meilleurs sur les derniers mois! Bravo à Thorsten Polleit!

  • C’est Engels l’illuminé qui a financer l’édition du « Capital » de Marx. Le fric commande le monde qu’on le veuille ou non. Et accessoirement le « Cul ».

  • Sous régime de concurrence monétaire, chaque banque devient sa propre banque centrale, émettrice de sa propre monnaie en concurrence avec les autres monnaies des autres banques, et non plus émettrice d’une monnaie commune permettant de socialiser les pertes, de socialiser les erreurs, de socialiser les incompétences. Socialiser, c’est toujours et partout faire payer à l’innocent les fautes du coupable. Socialiser, collectiviser, c’est créer de l’injustice.

    Tout monopole public non régalien est institué dans l’unique but de prendre à certains leurs richesses légitimement acquises et les donner à d’autres qui ne les méritent pas et dont le seul mérite est d’avoir la faveur du pouvoir politique. Exemple : le monopole de la SNCF. Un monopole est une extension abusive et destructrice du domaine politique de l’action humaine au détriment du domaine économique de l’action humaine.

    Le monopole monétaire des banques centrales est le pire des monopoles publics, engendrant la pire des injustices.

  • De ce fait, le crédit, y compris le prêt et l’emprunt d’argent, ne peut s’élargir en fonction des opportunités politiques.

    Bien que certains y trouvent une morale vengeresse, il ne s’ait que d’un vice donné à ceux tiennent l’état, où tout le monde est déresponsabilisé.
    La proposition suivante me semble vertueuse si l’on fait appel à la responsabilité des acteurs :

    De ce fait, le crédit, y compris le prêt et l’emprunt d’argent, ne peut s’élargir en fonction des opportunités économiques.

  • Cet article n’est pas sérieux ! C’est juste une tirade primaire contre le socialisme ; il a fallu réanimé Marx pour lui donner de la consistance.
    Tous les pays, absolument tous, ont une banque centrale. Beaucoup sont nées avant le socialisme. Peut-être qu’il y a d’autres raisons que le socialisme (géopolitique par exemple). Par ailleurs, bien que je ne m’y connaisse pas beaucoup, toutes les banques centrales ne sont pas un monopole d’Etat. Par exemple la BNS (Suisse) est décentralisée (Cantons, banques cantonales et acteurs privés). Il doit y avoir d’autres organisations j’imagine plus ou moins sous contrôle.

    Certes il y a de gros inconvénients (risques) qu’une banque centrale soit aux mains de l’Etat, mais arrêtez de croire que le socialisme est responsable de tous les malheurs tel le diable. Il a sa part mais n’incarne pas tous les vices humains.

    Sinon oui c’est bien ce qui existe qui forme l’esprit des personnes ; le cerveau est bête il ne fait que réinterprèter en flux continu les signaux sensoriels avec les expériences passées. A ce titre le socialisme est une construction aprioriste, vous pouvez détruire l’idée, il ne disparaîtra pas.

    • Vous n’y connaissez effectivement pas grand chose…
      Tous les pays ont eu une banque centrale mais n’en ont pas toujours eu une. La création de la Banque de France date de Napoléon, la FED date de 1913. Certaines sont antérieures à marx d’autres, postérieures. Il n’en demeurre pas moins qu’il a vanté le truc et que le monopole du crédit était un vieux crédo décrit par ce vieux crado de Proudhon. Proudhon dont la daube intellectuelle est la base de la fange marxiste.
      Par ailleurs il y a une différence entre une banque centrale sous le régime de l’étalon or et une banque centrale sous le régime de la monnaie fiat monopolistique.
      Quant à la BNS elle a comme les autres banques centrales, le contrôle du monopole d’émission de sa monnaie. En clair il faut une license banquaire chez la BNS et des réserves obligatoires chez eux pour emettre des prets en CHF en créant de la monnaie.

      Enfin, le socialisme c’est de la jalousie qui se trouve des excuses pour passer à l’acte. Donc oui ça existera toujours. Ce n’est pas pour autant qu’il faut cesser de le combattre.

      • En citant la FED, c’est un exemple intéressant. Parce que la FED est créé après deux précédents (1791 et 1816) et une période sans banque centrale à partir de 1830. Finalement après moults débats et des crises à répétition on revient vers le choix d’une banque centrale. Et je ne crois pas que la raison fondamentale soit le socialisme. D’ailleurs le camp opposé à une banque centrale l’était par méfiance des banquiers.
        En revanche que le socialisme trouve un intérêt au principe d’une banque centrale est évident mais c’est un autre aspect.

        Je ne dis pas qu’une BC soit la panacée, loin de moi l’idée, mais sans BC cela ne l’est pas non plus.

    • @indivisible
      1) Le socialisme, c’est l’exploitation des faibles par les puissants. Une idée pas vraiment nouvelle, pas plus que son application. Le socialisme est donc bien antérieur aux banques centrales.
      2) Les banques centrales sont l’un des instruments « modernes » de cette exploitation.
      3) Le fait qu’il y ait des banques centrales dans tous les États illustre simplement que tous sont socialistes, à divers degrés (c’est le taux d’exploitation qui varie). Normal, organisation humaine aspirant au monopole de la violence sur un territoire, l’État est socialiste par nature en même temps qu’il en est l’instrument.
      Le marxisme n’est qu’une énième justification du socialisme adaptée à son époque, comme le sont aujourd’hui le « réchauffement climatique », la « sauvegarde de la planète » ou la « protection de l’environnement ».

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