Pourquoi Marx adorait les banques centrales

Statue of Karl Marx By: David Merrett - CC BY 2.0

En émettant de la monnaie fiduciaire à partir du vent, une petite clique de partisans des banques centrales et leurs employés, décident, pour paraphraser Friedrich Nietzsche, d’une « réévaluation des valeurs. »

Par Thorsten Polleit.
Un article du Mises Institute

Dans son Manifeste pour le Parti Communiste (1848), co-publié avec Friedrich Engels, Karl Marx appelle à prendre des mesures – pragmatiquement indiquées comme des « incursions despotiques sur les droits de propriétés » —qui seraient « inévitables en tant que moyen afin de révolutionner entièrement les modes de production, » c’est-à-dire afin de permettre l’avènement du socialo-communisme.

La cinquième mesure de Marx stipule : « La centralisation du crédit auprès de l’État, à travers des banques nationales fonctionnant avec un capital d’État et un système de monopole exclusif. » Un postulat particulièrement perspicace, a fortiori alors qu’à l’époque où Marx l’avait formulé, les métaux précieux, or et argent principalement, étaient utilisés comme monnaie.

Comme chacun le sait, les quantités d’or et d’argent ne peuvent être augmentées par simple volonté. De ce fait, le crédit, y compris le prêt et l’emprunt d’argent, ne peut s’élargir en fonction des opportunités politiques. Néanmoins, Marx fantasmait peut-être déjà sur les conséquences que pourraient avoir une telle situation : un État créant de la monnaie grâce à l’expansion de crédit et ayant usurpé et monopolisé les moyens de production de la monnaie. Bien avant Marx, l’historien et homme d’église anglais Thomas Fuller avait savamment illustré le pouvoir de la monnaie : « La monnaie est le cœur de l’amour aussi bien que le nerf de la guerre. »

Des origines de la banque centrale moderne

L’idée de banque centrale date d’il y a bien longtemps. À titre d’exemple, la Banque Centrale suédoise, la Sveriges Riksbank, a été fondée en 1668, et la Banque Centrale d’Angleterre, la Bank of England, a été édifiée en 1694. Les opérations frauduleuses de ce type d’institution furent rapidement mises en lumière, et plus particulièrement au travers des écrits de l’économiste britannique David Ricardo. Dans son essai de 1809, Essai sur le haut prix des lingots, il indiquait notamment que c’était la hausse de quantité de monnaie, sous forme de billets de banque non basées sur la quantité d’or disponible, qui était responsable de la hausse générale des prix, un effet plus communément nommé inflation.

Cependant, l’idée politico-économique que les banques centrales détenant le monopole des moyens de production de la monnaie useraient encore et toujours de leur pouvoir de façon malhonnête, favoriseraient le copinage, et seraient responsables de la dégradation de la valeur monétaire n’a toujours pas à ce jour suffi à discréditer le monstrueux concept même qu’est la banque centrale. Il semble qu’en ce qui concerne les sujets traitant de la monnaie, les concepts de Marx sur le matérialisme dialectique ont produit leurs effets : ce qui existe semble former l’esprit des personnes (et non l’inverse). Un effet qui a certainement participé à la création du marxisme des banques centrales à une échelle mondiale.

Couper les derniers liens avec la « Commodity Money »

Le 15 août 1971, la vision de Marx devient réalité : l’administration américaine mit fin au principe de remboursement de la dette américaine en or physique, rendant de ce fait l’or, monnaie du monde civilisé par excellence, officiellement démonétisé. Via cette attaque surprise, une  monnaie sans valeur de référence, ou système monétaire fiduciaire, fut mis en place aux États-Unis ainsi que dans le reste du monde. Dès lors, toutes les monnaies du monde s’avèrent être fiduciaires : la création de monnaie est issue de la hausse du crédit en cours, sans être supportée par une épargne ou des provisions réelles, à travers le monopole des banques centrales.

Le système monétaire fiduciaire, la création de monnaie à travers la hausse du crédit en circulation, a provoqué un nouveau type d’esclavage par dette à grande échelle. Les consommateurs, sociétés, et bien entendu les gouvernements, sont devenus de plus en plus dépendants des banques centrales, débitant continuellement des montants de crédits et de monnaie, fournis à taux bas, de plus en plus importants. Dans de nombreux pays, les banques centrales sont devenues, de facto, des éléments centraux du pouvoir : leurs décisions politiques et monétaires déterminant la pluie et le beau temps de la société et de l’économie du pays.

En émettant de la monnaie fiduciaire à partir du vent, une petite clique de partisans des banques centrales et leurs employés, décident, pour paraphraser Friedrich Nietzsche, d’une « réévaluation des valeurs. » L’inflation chronique, par exemple, décourage l’épargne, entraînant de ce fait une culture de la dette de plus en plus importante ; de par la manipulation par le bas des taux d’intérêt par les banques centrales, les besoins futurs sont sous-évalués par rapport aux besoins présents ; les faveurs d’une sorte d’État profond monétaire se fait au prix d’une démolition des libertés civiles et entrepreneuriales.

Une banque centrale supranationale

En Europe, le marxisme des banques centrales a permis une promesse remarquable : dix États nations représentant un total de près de 337 millions d’individus ont abandonné leurs droits à l’autogestion des affaires monétaires, se soumettant aux diktats de la politique monétaire d’une banque centrale supranationale entièrement contrôlée par un Parlement ne délivrant qu’une seule monnaie, l’euro. Et si le succès est au rendez-vous pour le marxisme des banques centrales en Europe, le véritable fer de lance du mouvement a toujours été la banque centrale américaine : la Federal Reserve (Fed).

Plus que jamais, le monde d’aujourd’hui repose sur la monnaie fiduciaire imprimée par la Fed. De fait, toutes les principales monnaies sont indexées sur le petit billet vert et c’est la Fed qui détermine les conditions de crédit et liquidité possibles sur les marchés financiers internationaux. Elle préside en réalité un cartel de banques centrales mondiales qui, s’il poursuit sans entrave, arrivera finalement à contrôler l’économie mondiale grâce à son monopole sur la monnaie, devenu inattaquable ; réduisant ainsi à néant l’un des derniers remparts encore présents contre la tyrannie sans limite de l’État.

Les idées et leurs conséquences

Ceux qui favorisent une société libre ne peuvent désormais qu’espérer que quelque chose puisse entraver le marxisme des banques centrales. C’est loin d’être impossible. Le socialo-communisme n’est pas l’inévitable destin de la vie sociale et de l’évolution du cours de l’Histoire, comme voudraient le croire les marxistes. Ce qui compte réellement sont les idées ou les théories, car les idées, peu importe leurs contenus, leurs origines, ou si elles sont justes ou fausses, sont à la fois la base et le moteur de l’action humaine. Ludwig Von Mises était d’ailleurs parfaitement conscient de cette incontestable vision :

La société humaine est une problématique de l’esprit. La coopération sociale doit d’abord être conçue, puis testée, puis réalisée dans l’action. Ce sont les idées qui font l’histoire et non les « forces matérielles productives », ces schémas nébuleux et mystiques de la conception matérialiste de l’histoire. Si nous pouvions vaincre l’idée de socialisme, si l’humanité pouvait être amenée à reconnaître la nécessité sociale de la propriété privée des moyens de production, le socialisme devrait alors quitter la scène. C’est la seule chose qui compte.

En toile de fond des propos de Mises, nous pourrions ajouter qu’une fois que les populations comprennent que le marxisme (ainsi que tous ses sous-genres du socialisme) ne garantissent pas un meilleur standard de vie, cela entraînera la fin des banques centrales et de la monnaie. En d’autres termes, que le marxisme des banques centrales et de la monnaie fiduciaire domine ou soit jeté par les fenêtres (ou dans les toilettes), c’est la bataille des idées qui en décidera.

Traduction Virginie Ngo pour Contrepoints

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