Bitcoin : la monnaie acéphale

reklamo: bitcoin | bitkoin | биткоин By: Vitalij Fleganov - CC BY 2.0

Bitcoin offre la liberté à ses utilisateurs. Acéphale, décentralisée, cette monnaie virtuelle a tout pour devenir le moyen de paiement du XXIe siècle.

Par Farid Gueham.
Un article de Trop Libre

« Créé en 2009 cette monnaie décrite par les uns comme virtuelle mais considérée par d’autres comme un véritable or numérique, s’échange en pair à pair sur Internet en dehors du réseau bancaire traditionnel. Quelles sont les propriétés spécifiques de cet objet numérique infalsifiable ? Quelles sont les caractéristiques monétaires d’un jeton informatique émis sans autorité centrale, sans banque, sans État ? Que nous dit Bitcoin des nouveaux usages économiques de la cybercriminalité, de la société de surveillance ainsi que de l’évolution du cyberespace ? ». Jacques Favier, normalien agrégé d’histoire et Adli Takkal Bataille, diplômé de linguistique et spécialiste du numérique, offrent une vision complète des effets du Bitcoin sur Internet et dans la société.

Le bitcoin ou l’histoire d’une rupture

« Contrairement à la monnaie de compte qui fut sans doute à la base des premières opérations de calcul de type monétaire, contrairement à la monnaie métallique circulante, frappée par l’État, dont les Grecs furent les inventeurs – et qui nous a été familière jusqu’à une époque encore très récente – le Bitcoin ou autres monnaies numériques semblent étrangères au sens commun et en tout cas, plus éloignées de l’idée traditionnelle de la « vraie » monnaie qui nous a été léguée jusqu’à ce jour par la culture gréco-romaine ». 

Une monnaie acéphale donc, sans tête, qui fonctionne, et ce n’est pas sa moindre originalité, sur la base d’un réseau sans organe central de contrôle et de gestion, ni la sanction et la garantie d’un tiers de confiance. Autre point de rupture majeur dans notre rapport à la monnaie, l’adoption de l’inconvertibilité du dollar : annoncée par le président Nixon le 15 août 1971, cette mesure permettait de suspendre temporairement la convertibilité du dollar américain en or, afin de mettre fin aux spéculations qui visaient la monnaie. Accepter qu’une monnaie puisse exister sans être gagée sur du tangible : c’est aussi le point de départ du Bitcoin, une monnaie sans couverture, sans convertibilité.

Ébauche des usages hétéroclites du bitcoin

« Le bitcoin peut-il être une monnaie classique ? Bien que des critiques superficielles contre le bitcoin, de celles qu’on assène avec plus de rhétorique que de pertinence, commence par « si tout le monde voulait s’en servir… ». Oui, si 7 milliards d’hommes voulaient se servir du seul bitcoin pour toutes leurs transactions, il y aurait pour l’instant de gros problèmes ». 

Le bitcoin peut-il répondre à toute la gamme de services que l’on attend d’une véritable monnaie ? Peut-il servir à régler des achats ou des dettes ? Pourrait-il servir de valeur de réserve dans le temps ? Pour les auteurs, la réponse est oui, mais à la condition que les contreparties (les commerçants par exemple), l’acceptent. Le bitcoin pourra servir, directement ou indirectement d’instrument d’échange pour régler ses achats, mais pour les dettes, la déclinaison est plus incertaine, dans la mesure ou les établissements de crédits ne reconnaissent pas les bitcoins.

Le bitcoin dispose par ailleurs d’un avantage par rapport aux autres monnaies : il est plus divisible que nombre de devises, et sa fluidité est sans égale ; « par rapport aux premiers transports de numéraire, la première révolution fut la lettre de change. Malgré de notables progrès du système bancaire international ( SWIFT, SEPA, TARGET, etc…) il n’offre pas aux utilisateurs bancaires et non bancaires de système de transfert aussi rapide, sûr et peu coûteux que le bitcoin ».

Une monnaie accessible, adaptable et programmable

Le bitcoin est une monnaie accessible, car au-delà de la barrière technologique, pour celui qui n’a pas, ou ne sait pas utiliser le lecteur de QR Code présent sur son smartphone, l’appréhension relève le pus souvent de facteurs, qui sont autant de marqueurs sociaux ou de classe d’âge.

Mais une fois la barrière franchie, l’appréhension de l’outil est très rapide. « Un petit reportage datant du printemps 2014 et disponible sur YouTube (Bitcoin in Ouganda), raconte comment un Américain de Brookline, Massachusetts, lassé de perdre deux jours et bien plus de 10 % sur ce que sa femme Ronah et lui-même envoyaient à Ronald, son beau-frère, jeune étudiant en comptabilité en Ouganda, a acheté ses premiers bouts de bitcoin et comment Ronald s’en est fort bien débrouillé à Kampala pour les échanger contre les shillings locaux », rappellent les auteurs.

La monnaie est ainsi un outil de contournement, depuis les procédés informels, jusqu’aux solutions offertes par certains nouveaux entrants, en téléphonie mobile par exemple, ou pour le transfert d’argent des populations émigrées. Le bitcoin est aussi une monnaie adaptable, qui pourrait convenir aux pays émergents ou en crise, un change beaucoup moins onéreux que le change manuel en banque, mais qui introduit également de nouvelles barrières, notamment la nécessité de le changer contre des espèces.

Le bitcoin est une méta-monnaie

Il est aussi une nouvelle monnaie, qui change notre paradigme actuel de la monnaie sur plusieurs aspects : philosophiques, anthropologiques, sociologiques, symboliques, techniques, etc. Mais le bitcoin est bien plus qu’une monnaie, tant du point de vue des utilisateurs que des usages qui sont illimités. « Comme le fait remarquer Andreas Antonopoulos dans ses conférences, dire que le bitcoin est juste une monnaie numérique, c’est un peu comme dire qu’internet est un téléphone amélioré, « the internet is a fancy telephone », rapportent les auteurs.

Le bitcoin, père de toutes les crypto-monnaies

« Comme toutes les inventions géniales, le bitcoin a déclenché un élan de créativité. Cette invention étant libre de droit, beaucoup ont essayé de la reprendre, les uns en changeant juste quelques paramètres, les autres en essayant de tout réécrire ». 

Lorsque l’on aborde la question de la modification partielle d’un code, on parle de fork, un procédé datant des débuts de l’informatique, particulièrement développé pour les systèmes d’exploitation GNU/Linux. Dans le cas du bitcoin, on parle assez rapidement de crypto-monnaies ou d’altercoins, pour « alternatives coins ». Le bitcoin est donc le père de toutes les crypto-monnaies, qu’elles soient des forks, ou bien des inspirations utilisant ses principes de base.

Le bitcoin et les autres disrupteurs, sont à l’origine d’un nouvel écosystème sociétal et politique

Le bitcoin génère encore un certain nombre d’incertitudes, autour de son usage premier (monnaie fluide, réserve, ou valeur marginale), sur sa place dans le marché financier, sur la posture des États vis-à-vis de lui, des tribunaux face aux contrats auto-exécutables, des polices face aux échanges anonymisés et décentralisés. Mais le bitcoin, c’est avant tout la remise en cause d’une d’autorité, une volonté « d’enlever l’effigie des puissances tutélaires et les majestueux profils des autorités sur toutes sortes de médailles qu’il a été question, en commençant par la monnaie acéphale ». 

Pour aller plus loin :

–       « Nixon suspend la convertibilité du dollar en or », les archives du monde, lemonde.fr

–       « Le bitcoin face à la « gouvernance par la dette »lesechos.fr

–       « Le bitcoin : bien plus qu’une monnaie », lejournal.cnrs.fr

–       « Le bitcoin : bien plus qu’une monnaie », ouvrage de Philippe Rodriguez,edilivre.com

–      « Nouvelles monnaies : les enjeux macro-économiques, financiers et sociétaux », par Pierre Antoine Gailly, le cese.fr

–       « Les états doivent-ils réguler le bitcoin et les cryptomonnaies ? »,lefigaro.fr

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