Le RIC : la possibilité pour le président Macron d’entrer dans l’histoire

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Le RIC : la possibilité pour le président Macron d’entrer dans l’histoire

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 15 janvier 2019
- A +

Par Adelin Remy1.

La revendication la plus cohérente et la plus fréquente des Gilets jaunes est celle qui porte sur le référendum d’initiative citoyenne (RIC) : ils demandent que la démocratie représentative soit complétée par une procédure régulière de votes de la population.

En effet, le référendum existe dans une cinquantaine d’États et de régions dans le monde, la procédure la plus achevée étant sans aucun doute celle de la Suisse (fédérale depuis 1848, locale depuis le XVe siècle) où les sujets les plus variés font l’objet de votations (p.ex. vente d’or par la banque centrale, achat d’avions militaires, etc).

En Suisse, un pays auquel il est fait très rarement référence dans les médias français :

 

  • les citoyens ne manifestent pas en rue tous les week-ends, ne pillent pas les magasins de la Bahnhofstrasse et ne brûlent pas des dizaines de voitures à chaque Saint-Sylvestre ;
  • le budget du gouvernement fédéral est en boni et la dette publique représente 33 % du produit intérieur brut (contre 81 % dans l’Union européenne) ;
  • les prélèvements fiscaux représentent 28 % du PIB (contre 48 % en France) ;
  • le PIB/habitant nominal est le double de la France ;
  • il n’y a pas de chômage autre que structurel (2,4 %) ;
  • il n’y a pas de partis populistes importants, d’extrême gauche ou d’extrême droite (qui prônent le vote populaire pour le confisquer une fois arrivés au pouvoir) ;
  • la sécurité est excellente et le pays est attractif, comme le montre le pourcentage d’étrangers (25 % de la population) qui est un des plus élevés en Europe ;
  • il n’y a pas de SDF à tous les coins de rue quand on arrive en train, alors que la Suisse ne dépense que 34 % du PIB (contre 57 % en France).

Le référendum d’initiative partagée a été introduit en France en 2008 dans l’article 11 de la Constitution, et impossible à mettre en oeuvre par les seuls citoyens. Jusqu’ici, les référendums organisés de temps à autre en France ont davantage été des plébiscites pour le gouvernement que des réponses au problème posé, notamment en 1962 (régionalisation) et en 1992 (traité de Maestricht). Quand ils sont organisés de manière régulière, comme en Suisse, le résultat n’est plus un plébiscite du gouvernement et s’impose à tous ceux qui défendent une opinion contraire au résultat obtenu.

Et si le modèle suisse inspirait Macron ?

Au lieu d’imaginer un nouveau système de RIC que l’on espère contraignant, le président Macron, son gouvernement et le parlement feraient mieux de s’inspirer du système suisse. Chaque pays a une ou plusieurs choses qu’il fait mieux que les autres : aux États-Unis, ce sont notamment les ordinateurs et le cinéma ; en France, la gastronomie, le vin et l’industrie du luxe ; en Belgique, la capitale de l’Europe, la bière et le chocolat ; en Suisse, la démocratie directe, le ski et les montres.

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Les votations suisses, rappelons-le, permettent au parlement de préparer les votations en écartant les sujets farfelus et donnent une meilleure sécurité aux élus, puisque si une votation annule par veto une réglementation, ce veto n’entraîne aucune démission.

Les élus ont donc un travail plus intelligent que celui d’empiler lois sur lois, règlements sur règlements pour répondre à une situation momentanée, et les détricoter plus tard.

La votation, plus efficace que les élections

Le chèque en blanc que représente le vote tous les quatre ou cinq ans ne suffit plus aujourd’hui à répondre aux besoins de la population : les résultats sont très décevants (57 % du PIB en dépenses publiques, l’argent manque partout et les services publics se dégradent) et la population est frustrée, comme le montre le mouvement des Gilets jaunes. La sphère politique en France et dans beaucoup d’autres pays est le seul espace de civilisation où le vote régulier n’existe pas, en dehors des échéances électorales : c’est un peu comme si les copropriétaires d’un immeuble votaient pour désigner un syndic pour plusieurs années sans se réunir avec lui chaque trimestre.

La démocratie directe qui complète la démocratie représentative sans la supprimer est la démocratie du XXIe siècle : il faut rappeler aux élus que la population a beaucoup d’intelligence et de bon sens, parfois plus qu’eux, et qu’elle peut décider raisonnablement sur des sujets à la mode tels que le revenu universel (rejeté à 78 % par les Suisses en 2016) ou la diminution des impôts (rejet de la suppression de l’impôt sur les revenus par les résidents du Massachusetts en 2002). Par ailleurs, le niveau de formation de la population et la possibilité de voter électroniquement chez soi (comme en Suisse aujourd’hui) permettent plus facilement cette évolution démocratique.

La démocratie parlementaire et directe est à la démocratie purement représentative ce que l’économie de marché est à l’économie planifiée : un système de décision plus rationnel qui permet de mobiliser l’information existentielle de tous et pas seulement l’information centralisée et souvent biaisée dont doivent se contenter les experts2.

Si le président Macron a le courage de compléter la démocratie représentative par la démocratie directe, il restera dans l’histoire.

 

Pour plus d’information sur la démocratie directe : La démocratie directe en Europe francophone, par Adelin Remy, Agefi Luxembourg, juillet 2014.

  1. Adelin Remy est éditeur à la revue AGEFI Luxembourg. Il possède la double nationalité belge et française
  2. Yvan Blot, La démocratie directe, une chance pour la France, Economica 2012. Yvan Blot, décédé en octobre 2018, a été député européen et membre de l’Assemblée nationale. Il a défendu la démocratie directe dès 1986. De manière surprenante, il a rejoint le FN en 1988 (pour en être exclu en 1998).
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  • Excellent article, merci à l’auteur.

    Oui le RIC est notre seule issue de secours, probablement que les débuts seraient difficile, mais c’est le prix à payer pour plus de liberté.

    • Oui, oui, mais l’idéal serait quand même que les issues de secours ne servent quasiment à rien, juste à aérer le théâtre les jours de canicule…
      Le titre de l’article me rappelle juste que les peuples heureux n’ont pas d’histoire (et que Macron est déjà entré dans l’histoire comme président d’un pays qui cumule les records de l’imposition, de la redistribution, de l’inefficacité économique publique, etc.).

  • Avant de plonger dans le RIC il faudrait songer à rallumer les Lumières.

    • Vous ne cessez jamais à mettre la charrue devant les boeufs, c’est tout de même impressionnant !
      Comment voulez vous que quelque chose de bon se passe dans ce pays tant que les mêmes individus et surtout les mêmes mécanismes de décision en place depuis plusieurs dizaines d’années se trouvent aux commandes ? Où avez vous vu de monopole lâcher sa mainmise de son propre gré ?
      On a beau vous expliquer, presque dans chaque article ici, que l’ignorance de la population en termes économiques, politiques, etc. est une volonté explicite pour pouvoir exercer un meilleur contrôle. On a beau vous montrer l’intérêt des politiques, des hauts fonctionnaires, des « capitaines d’industrie » et autres espèces protégées comme les journalistes à surtout ne pas débattre des vrais problèmes et à noyer le poisson aussi longtemps que possible. On a beau vous montrer les complexités inutiles ajoutées à chaque occasion par toutes les strates de notre mille-feuille pour que plus personne ne s’y retrouve. Etc, etc.
      Et malgré tout ça, vous attendez toujours un « geste » de la part de nos bourreaux. Le syndrome de Stockholm dans toute sa splendeur.

      • Il y a faudra moins de courage de Macron que de persévérance dans la population en effet.
        D’ailleues les « Macron émission » qui est l’autre revendication commune, semblent montrer que l’on ne croit pas que Macron ait du courage. Plus simplement, il est douteux qu’il soit capable de descendre de son piédestal pour changer de politique.

      • Expliquez moi toujours et encore la même chose si ça vous chante, ici on est libre …
        Mais pensez à sortir un peu, c’est bon pour la santé.

      • La nature est ainsi faite que le syndrome de stockholm a son opposé : le syndrome de lima. Comme le disait ma grand-mère la vérité doit se situer quelque part entre les deux, comme pour presque tout dans la vie. Car la « volonté explicite » n’interdit pas de lire CP, de consulter internet ou de voyager hors de nos frontières. Nous ne sommes pas en Corée du Nord. L’ignorance du peuple est aussi de sa faute.

        Non il n’y a pas de « volonté explicite » ou de grand plan de spoliation national, c’est tout bêtement que notre système laisse plus de place aux vices humains. Vous ne seriez pas victime du syndrome de l’homme battu.

        • Je ne suis personnellement victime de rien du tout. Je suis déjà passé par un régime totalitaire, je sais à quoi m’en tenir. Ce qui n’est pas le cas d’une grande partie de nos concitoyens.
          Je regarde, j’écoute, et je constate un grand désarroi. Si vous ne le constatez pas, ce n’est pas mon problème, ni ma faute.
          Je suis globalement d’accord avec le point de vue d’Orwell sur la complicité, cela n’empêche pas d’avoir une hiérarchie des responsabilités. Quand vous parlez de « notre système », est-il tombé du ciel ? N’y-aurait-il pas des humains derrière, qui l’ont mis en place ? Qui s’en sont servis ? Etc.

          • Je ne dis rien d’autre que remplacer les hommes sans changer le système revient à ne rien faire. Adopter le RIC c’est changer le système, plus profondément qu’on ne l’imagine. C’est un chantier immense trop peut-être pour démarrer. En revanche l’idée amène les dirigeants à réagir, on verra ce qu’il en sortira de concret, mais c’est déjà une bonne chose.

  • «il n’y a pas de SDF à tous les coins de rue quand on arrive en train, alors que la Suisse ne dépense que 34 % du PIB (contre 57 % en France).»

    C’est un tantinet provocateur, mais j’ai l’impression que les marginaux et les idéalistes sont venus en France. J’en connais quelques uns qui font du fromage de chèvres bio par ici. Ils sont d’ailleurs souvent un peu critique envers la Suisse. Mais très sympas.

  • Macron pourrait entrer dans l’histoire en admettant que l’état à atteint et largement dépassé son niveau d’incompétence :

    – incompétence financière dans la régulation des banques.
    – incompétence économique pour assurer la prospérité et résorber le chomage.
    – incompétence technique avec l’inévitable black-out qui mettra l’Europe à genoux tôt ou tard.
    – incompétence scientifique avec la promotion et l’attribution de légion d’honneur aux escrocs du climat.
    – incompétence politique et sociale acec la monté des extrémisme.
    – incompétence en défense et politique extérieure avec la Syrie et la production massive de réfugiés qui ont détruits l’unité européenne.

  • Non. C’est impossible en France. Ça ne marchera jamais !
    Le principal acteur de nos malheur est l’Etat. La technocratie et l’administration fixent le BIEN et le MAL avec des lois et des taxes. Le RIC est de la foutaise dans ce cadre là. L’Etat devrait d’abord se couper les 2 bras et les 2 jambes en guise de bonne foi. Mais il ne le fera pas car à ce moment là les fonctionnaires et les syndicats crameront le pays. Que peut faire Macron à part faire son porc comme ses copains d’avant ? Oh, il pourrait choisir la noblesse d’esprit, le courage, l’audace, l’honneur, la liberté, la responsabilité…mais il veut surtout nous changer nous ! Car le problème c’est le peuple…hein ???

    • C’est le problème de tous les constructivistes. Et de tous ceux qui se croient plus intelligents que les autres et se croient donc investis de la mission de prêcher la bonne parole. Pas de bol, les deux se rejoignent (trop souvent).

    • D’accord avec vous, je n’ai aucun espoir ni confiance dans le RIC. Il y a des choses plus simples à faire pour relancer la Démocratie dans notre pays.
      Et connaissant la propension (l' »exception »)Française a faire des usines à gaz, et la mauvaise volonté de ceux qui le formaliserait, ce RIC n’aboutira pas, ou sera inutilisable. La France n’est pas la Suisse. Perte de temps et d’énergie, alors que les deux sont extrêmement précieux.

  • Cet article Contrepoints est intéressant. L’institution du RIC, sur les mêmes bases qu’en Suisse, serait une avancée démocratique importante pour notre pays.
    Mais, il faut avoir à l’esprit que ce qui fonctionne parfaitement à l’échelle des Cantons Suisses ne fonctionnera pas de la même façon dans une France ultra-centralisatrice.
    Les évolutions politico-économiques à venir devraient également porter sur une régionalisation des pouvoirs politiques et économiques. La France pourrait ainsi devenir un pays fédéral dans le cadre d’une nouvelle constitution soumise à référendum….

  • Pfff, macon parle et brasse du vent. Distribution de brioches. Bla-bla-bla. Ex du Brexit. Pathétique et pathologique. Écologie ? Encore oui, fouettez moi maîtresse. Pervers, névrosé, narcissique. Connard quoi.

  • Attention, une très grande différence est que la Suisse a un gouvernement de coalition. Tous les grands partis sont représentés. Il faudrait donc des ministres LR, RN et LFI soient dans le gouvernement, grosso modo selon la proportionnelle. Et à ces personnes de l’ouvrir bien grand pour défendre une position commune et convaincre leur parti. Tant que cela ne sera pas le cas, des claques sont prévisibles et nombreuses.

    Cela, j’aimerais volontiers le voir en France, ce serait une évolution immense.

    Je dit : CHICHE ❗

    • « Des claques » pas vraiment mais, certainement, la découverte et l’apprentissage de la démocratie…
      Mais ne vous faites aucune illusion, ce qui est actuellement perçu par certains comme une ouverture du dialogue, n’est en fait, qu’un piège Énarchique destiné à permettre d’inventorier les contradictions des CJ pour, au final, ne rien concéder et renforcer les pouvoirs des « barons de la république ».

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