La Californie ou l’enfer pavé de bonnes intentions

Chirurgie salle d'opérations 4 (Crédits CG94 photos, licence Creative Commons)

Vous croyez bien faire ? Réfléchissez-y avant de vous lancer. La Californie en est un exemple.

Par Jon Miltimore.
Foundation for Economic Education, 9 janvier 2019

Lors d’un discours à Harvard, il y a plusieurs années, le milliardaire Charlie Munger racontait l’histoire de ce chirurgien qui procédait systématiquement à l’ablation de la vésicule biliaire, même si celle-ci était parfaitement saine. Ce médecin a finalement été radié, mais bien tardivement.

Munger, le vice-président de Berkshire Hathaway, s’est demandé ce qui motivait ce praticien. Il a donc interrogé un chirurgien qui avait participé à sa radiation.

« Il pensait que la vésicule biliaire était à l’origine de tous les problèmes médicaux et que, si vous aimiez vraiment vos patients, vous ne pouviez pas l’enlever trop tôt », lui a expliqué le médecin.

Le chirurgien n’était motivé ni par le profit ni par le sadisme, il croyait bien faire.

Le sophisme de la justice

Cette anecdote est une illustration parfaite du sophisme de la justice, qui, selon Barry Brownstein, est endémique dans la vie politique moderne et constitue l’un des principaux moteurs du socialisme démocratique.

Le Dr. Bo Bennett décrit ce sophisme de la justice (également connu sous le nom de sophisme des bonnes intentions) comme cette conviction que l’on a nécessairement raison quand on est pétri de bonnes intentions.

Je me suis récemment rendu compte que la Californie était l’illustration parfaite de ce sophisme.

Considérez ces trois faits sur le Golden State :

  1. la Californie dépense annuellement environ 98,5 milliards de dollars en aides sociales — le record américain — mais présente le taux de pauvreté le plus important des USA ;
  2. elle a le taux d’impôt sur le revenu le plus élevé des États-Unis (13,3 %), mais est l’un des États de l’Union les plus inégalitaires en termes de revenus, au quatrième rang sur 50 États ;
  3. le secteur du logement est l’un des plus réglementés des États-Unis, mais sa population de sans-abri est la plus élevée, elle se classe au 49e rang (par habitant) en matière de logements.

Quand l’intention est plus importante que le résultat

Que les politiciens persistent dans des politiques néfastes ne doit pas nous surprendre. L’économiste Milton Friedman, lauréat du prix Nobel, observait déjà l’irrésistible penchant des politiciens « à juger les politiques et les programmes en fonction de leurs intentions plutôt que de leurs résultats».

Dans son livre Capitalism and Freedom, Friedman a décrit les dangers d’une telle approche.

[La menace vient]… des hommes de bonnes intentions et de bonne volonté qui souhaitent nous réformer. Trouvant la persuasion et l’exemple trop lents pour réaliser les grands changements sociaux qu’ils envisagent, ils souhaitent utiliser le pouvoir de l’État pour parvenir à leurs fins et ont confiance en leur capacité de le réaliser. Pourtant… un pouvoir concentré n’est pas rendu inoffensif par les bonnes intentions de ceux qui le créent.

Je ne doute pas que les législateurs californiens, à l’instar du chirurgien retirant une vésicule biliaire saine, croient qu’ils font ce qui est bien. Cependant, ils doivent, comme le médecin, prendre conscience de la réalité et se rendre compte qu’ils n’améliorent pas le sort des gens.

Traduction : Gérard-Michel Thermeau pour Contrepoints

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