Le capitalisme rend les gens moins égoïstes

Trapeze IMGP1827 by Mark Setchell (CC BY-SA 2.0)

Pourquoi l’individualisme et le libre-échange rendent les gens plus altruistes et plus dignes de confiance.

Par Barry Brownstein.
Un article de la Foundation for Economic Education

Il y a quelques années, l’une de mes étudiantes de MBA, immigrée d’Albanie et ayant  grandi dans un système communiste, échangeait avec ses camarades de classe sur ce qu’elle considérait être la différence de mentalité la plus inattendue entre les Américains et les Albanais. Avec beaucoup d’émotion, elle expliquait qu’en Albanie, la charité était rare : se soucier de quelqu’un d’autre que de soi-même ou de sa famille était peu courant. En revanche, elle percevait les Américains comme des gens généreux et attentionnés.

Mon étudiante racontait combien elle trouvait exaspérant d’entendre que le capitalisme conduit à la loi du plus fort. Selon son expérience, c’était le contraire : dans un système communiste, la mentalité est de ne pas se soucier d’autrui.

Aujourd’hui, elle a d’autres raisons d’être exaspérée. Dans de larges couches de la société, la croyance selon laquelle le capitalisme nous enseigne tellement de défendre nos intérêts personnels que nous devenons indifférents au bien-être des autres semble être acceptée comme une vérité. Comme le fait remarquer Dan Sanchez, rédacteur en chef de la FEE, « certains vont jusqu’à exiger l’abolition du capitalisme en faveur du socialisme afin de restaurer pleinement la générosité et la défense délibérée de l’intérêt public dans le cœur de l’humanité ».

Dans son livre, The Fear Factor, Abigail Marsh, professeur en neurosciences, observe que « la majorité des personnes interrogées aux États-Unis et ailleurs pensent que les gens sont, en règle générale, égoïstes, préoccupés par leurs propres intérêts et non dignes de confiance, et que la situation s’aggrave ».

Toutefois, le consensus massif autour d’une croyance répandue ne rend pas celle-ci valide. Le capitalisme implique l’altruisme.

La nature de l’humanité

Marsh a montré qu’une « quantité impressionnante de données scientifiques appuie la conclusion que les êtres humains ne sont en aucun cas fondamentalement égoïstes ou sans cœur ». En chacun de nous, il y a une disposition à la compassion de même qu’il existe une tendance à se comporter de façons cruelles ou agressives.

La perfection humaine n’est pas de ce monde. Selon Marsh, la véritable question est : « à quel moment exprimons-nous de la compassion plutôt que de la cruauté, pourquoi, et à qui ? »

Les recherches scientifiques indiquent que « les États-Unis sont un pays plus généreux que n’importe quel autre pays sur terre ». Confirmant les constats de mon étudiante albanaise, les données montrent, en particulier, que les Américains « se distinguent par l’aide qu’ils apportent aux inconnus dans le besoin ».

Marsh écrit :

Au regard des situations réelles, les sociétés humaines modernes sont généreuses, pacifiques, compatissantes et en constante amélioration. Nous ne pouvons nous considérer comme égoïstes et violents que par rapport à une société utopique dans laquelle il n’y a pas de violence ou de cruauté – une comparaison quelque peu injuste étant donné qu’il n’existe aucune preuve de l’existence d’une telle société.

Nous pouvons imaginer des utopies plus altruistes que les sociétés capitalistes, mais les sociétés capitalistes sont plus généreuses que les sociétés collectivistes du monde réel.

Le capitalisme élargit notre cercle de compassion

Marsh définit l’altruisme comme « le fait d’agir dans le but final d’améliorer le bien-être d’autrui ». Elle explique :

L’altruisme n’est pas uniquement une question de capacité à faire preuve de compassion et d’assistance. Presque tout le monde peut être compatissant et attentionné, du moins à l’égard de certaines personnes. La vraie question est de savoir ce que vous faites de cette capacité quand la personne qui a besoin de votre compassion et de votre générosité est un inconnu ?

Dans les sociétés tribales et collectivistes, il y a peu de considération pour les inconnus. Marsh explique pourquoi :

Renforcer les liens de groupe nécessite que les membres d’une culture collectiviste établissent des distinctions claires entre les membres du groupe, pour lesquels le bien-être, les objectifs et les identités sont profondément inter-reliés, et tous les autres. Et relativement peu de valeur est accordée au bien-être de tous les autres…. Le collectivisme est assorti d’un faible niveau de « mobilité relationnelle », ce qui signifie que les réseaux de relations dans les sociétés collectivistes sont non seulement forts et interdépendants, mais aussi stables dans le temps. Un collectiviste aura la conviction que ses relations les plus fortes demeureront ses relations les plus fortes pendant les années ou les décennies à venir.

En somme, selon Marsh, « des décennies de recherche en psychologie sociale ont aussi parfaitement montré que scinder les gens dans des groupes clairement délimités est un excellent moyen pour les amener à traiter de plus mauvaise façon les membres des autres groupes ».

Il est curieux que ceux qui proclament un grand amour pour autrui promeuvent souvent une politique identitaire tribale, accompagnée d’un traitement malveillant de ceux qui ne font pas partie de leur « groupe ».

Contrairement au collectivisme, le capitalisme élargit notre cercle de compassion pour inclure les inconnus. Comme le souligne Marsh, « dans les cultures individualistes, le degré élevé de « mobilité relationnelle » signifie que toute personne peu familière pourrait « un jour devenir un ami ». »

Dans un article du magazine Forbes, « A Virtuous Cycle » [un cercle vertueux, NdT], James Surowiecki explique pourquoi le capitalisme promeut « la confiance, l’honnêteté et la bienséance », même avec des inconnus. Surowiecki écrit :

L’évolution du capitalisme s’est fait dans le sens d’une plus grande confiance, d’une plus grande transparence, et de comportements moins égoïstes ; ce n’est pas par hasard que cette évolution a apporté avec elle une plus grande productivité et une plus grande croissance économique.

Bien sûr, cette évolution n’a pas eu lieu parce que les capitalistes sont par nature de bonnes personnes. Au contraire, cela s’est produit parce que les avantages de la confiance – c’est-à-dire d’être confiant et digne de confiance – sont potentiellement immenses et parce qu’un système de marché performant apprend aux gens à reconnaître ces avantages. À ce jour, il est bien démontré que des économies prospères exigent un niveau de confiance solide dans la fiabilité et l’équité des transactions quotidiennes.

Surowiecki souligne que dans le capitalisme, la confiance se construit à travers l’échange et pas seulement à partir de relations personnelles :

La confiance était uniquement le produit d’une relation personnelle – j’ai confiance en ce type parce que je le connais – au lieu d’être une présomption plus générale sur la base de laquelle vous pourriez faire des affaires. Le véritable triomphe du capitalisme aux XIXe et XXe siècles a été l’intégration de la confiance dans le tissu de base des affaires quotidiennes. L’achat et la vente n’étaient plus une question de connexion personnelle. Il s’agissait maintenant de la vertu de l’échange mutuel.

Le capitalisme conduit à l’altruisme

La montée de l’altruisme que Marsh observe s’est produite en même temps que la montée du capitalisme. Cette corrélation n’est pas fallacieuse. Pour faire des affaires, nous apprenons à faire confiance aux inconnus et à être digne de confiance aux yeux des inconnus. En conséquence, nous accordons « plus de valeur au bien-être des inconnus ».

Marsh fait valoir l’amélioration de la qualité de vie :

La proportion de personnes vivant dans la pauvreté absolue […] est passée d’environ 90% de la population mondiale en 1820 à un peu moins de 10% aujourd’hui. […] Cette hausse de la prospérité et de la qualité de vie a été à l’origine de nombreux autres effets positifs, notamment des tendances positives constantes en matière de générosité et d’altruisme envers les inconnus.

Plus il y a de capitalisme, plus il y a de compassion et d’altruisme envers les inconnus. Surowiecki explique comment le capitalisme « a favorisé l’universalisme au détriment du provincialisme, […] une volonté de faire et de tenir des promesses – souvent à des inconnus et à des étrangers […] [de même qu’] un sens de la responsabilité individuelle plutôt que collective ».

Dans la mesure où, comme l’écrit Surowiecki, « la relation entre capitalisme et humanitarisme est désormais devenue invisible », beaucoup de gens prétendent, en dépit du bon sens et des faits, que davantage de collectivisme conduirait à une société plus solidaire.

La fraternité est consubstantielle à l’humanité ; et le capitalisme – et non le collectivisme – montre la voie.


Sur le web. Traduction : Raphaël Marfaux pour Contrepoints.