« Je pensais que j’étais pauvre… »

Pendant que des gens bien nourris discutent de la biotechnologie et des organismes génétiquement modifiés, 4 enfants de mon pays sur 10 se coucheront affamés ce soir.

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« Je pensais que j’étais pauvre… »

Publié le 27 décembre 2018
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Par Chidi Okereke1.

Quand j’avais environ 13 ans, je vivais avec ma tante et sa famille. Sa maison était plus proche de mon école, c’était plus pratique. Cependant, certains vendredis, je me rendais chez moi. Ma tante était gentille, sa maison était grande – c’était la première fois que j’avais ma propre chambre – mais rien ne me procurait plus de joie que de rentrer chez moi pour passer le week-end avec ma famille.

Alors un vendredi, j’ai fait un sac supplémentaire comme d’habitude et après l’école, j’ai fait le long trajet pour retourner chez moi. En y arrivant, tout ce que je voulais faire était d’annoncer à mes parents que l’un de mes professeurs avait dit que j’étais l’élève le plus brillant qu’elle ait jamais eu. Mais dès que je suis entré, j’ai su que quelque chose clochait – toutes nos affaires étaient à l’extérieur. J’ai demandé ce qui se passait et ma sœur m’a répondu que nous avions été expulsés de la maison parce que nous n’avions pas les moyens de payer le loyer. Nous étions sans abri.

Je n’ai jamais pleuré si fort.

Avance rapide de 16 ans : beaucoup de choses ont changé, heureusement. Parce que je sais ce que signifie être démuni, j’ai toujours essayé d’aider les gens le plus possible. Donc, pour le 25 décembre 2017, j’avais décidé de passer la journée avec #ChristmasOnTheStreetz (Noël dans la rue) avec mes amis. Nous sommes allés à Makoko, un bidonville de l’État de Lagos, où nous avions prévu de nourrir environ 2 000 enfants tout en jouant de la musique, en dansant avec eux et en leur offrant des cadeaux.

Tout allait bien jusqu’à ce que nous ayons manqué de nourriture. L’un des enfants qui devait encore manger a commencé à pleurer. Je réfléchissais aux moyens de la calmer quand j’ai regardé dehors et remarqué une nuée d’enfants maigres qui luttaient pour entrer dans la salle. Ils n’étaient pas seuls. Des mères avec leurs nourrissons, des adolescents, des adultes… tous voulaient un peu de la nourriture avec laquelle nous étions venus. Il était évident que beaucoup d’entre eux n’avaient pas mangé de vrai repas depuis un moment et cela m’a brisé le cœur.

Voyez-vous, j’ai grandi dans la pauvreté, mais il y avait presque toujours de quoi se nourrir à la maison. Même quand nous étions sans abri, il y avait toujours de la nourriture dans notre ventre – ma mère s’en assurait. Donc, voir ces enfants pleurer parce qu’ils ne faisaient pas partie des 2 000 que nous avions nourris m’a fait comprendre que la pauvreté que j’avais vécue n’était rien comparé à la pauvreté que vivent d’autres personnes.

J’en ai parlé à quelqu’un qui m’a dit que la situation était pire dans le Nord, en particulier dans les camps de personnes déplacées à l’intérieur de leur pays. J’ai commencé à creuser pour voir l’étendue du problème et j’ai trouvé de nombreuses statistiques déprimantes.

Plus de 86 millions de Nigérians vivent dans une pauvreté extrême, faisant de nous la capitale mondiale de la pauvreté. Le Nigeria est un pays en situation de déficit vivrier et un tiers des enfants de moins de 5 ans présentent un retard de croissance, soit trois fois plus qu’en Tunisie. Dans l’indice mondial de la faim de 2018, le Nigeria se classe au 103e rang sur 119 pays étudiés. J’allais ajouter une autre statistique, une autre réalité, mais je suis certain que vous comprenez bien le message : le Nigeria est aux prises avec un énorme problème de pauvreté et de faim et il est urgent de trouver des solutions.

C’est John F. Kennedy qui a dit : « Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous. Demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays. » Alors que le gouvernement avait le plus grand rôle à jouer dans la résolution de nos problèmes, j’ai créé une ferme où je sème du maïs et plante du manioc, deux cultures majeures au Nigeria. Je sais que c’est une goutte d’eau dans l’océan, mais je voulais contribuer au panier alimentaire du pays. Je voulais aussi comprendre le fonctionnement du secteur afin de pouvoir proposer des solutions et des recommandations au niveau politique lorsque l’occasion se présenterait.

Heureusement, une occasion s’est présentée. J’ai intégré le programme de bourses pour le leadership mondial de l’Alliance pour la Science ; j’y ai beaucoup appris sur la biotechnologie et sur ce qu’elle peut apporter. Des scientifiques du monde entier, y compris du Nigeria, ont consacré d’importantes ressources à la mise au point de techniques agricoles innovantes permettant de relever certains des plus grands défis auxquels les agriculteurs sont confrontés.

Des problèmes tels que le ravageur Maruca chez le niébé entraînent une perte de rendement dévastatrice de 80 %, induisant un triplement du prix de vente au détail du niébé riche en protéines (appelé localement haricot) sur le marché. Des problèmes comme le ver de la capsule chez le cotonnier ont rendu notre industrie textile moribonde. Je sais que la biotechnologie n’est pas une solution miracle, mais elle peut résoudre certains des problèmes urgents auxquels font face mon pays, mes compatriotes et les enfants de Makoko qui attendent notre retour ce Noël pour pouvoir manger de la bonne nourriture.

Malheureusement, il y a beaucoup de débats autour de la biotechnologie et des OGM. Bien que les scientifiques et les experts s’accordent à dire qu’ils sont sans danger pour la consommation humaine et animale, certaines personnes les combattent pour diverses raisons : les unes ignorantes, les autres égoïstes, d’autre encore menant un combat politique. Les détails du débat sont un sujet pour un autre jour, mais je peux vous dire que pendant que des gens bien nourris discutent de la biotechnologie et des organismes génétiquement modifiés, quatre enfants de mon pays sur dix se coucheront affamés ce soir. Les éléphants se battent et l’herbe souffre.

Traduit par Wackes Seppi.

Sur le web

  1. Chidi Okereke vit à Lagos et travaille dans les communications numériques. C’est un entrepreneur, un agriculteur, un expert des nouveaux médias et un boursier 2018 de l‘Alliance Mondiale pour la Science de Cornell.
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  • le Niger est l’un des pays ou la natalité explose ; trop d’enfants mais pas de quoi les nourrir ; quelle tristesse …..

  • Bon article de Mr Okereke qui montre concrètement les conséquences néfastes du pseudo-écologisme et toute son hypocrisie, luttes idiotes menées par des occidentaux opulents au détriment des pays souffrant de la misère.
    « Quand les éléphants se battent l’herbe souffre », le proverbe en conclusion est tout à fait à propos.

  • @vera

    Le Nigéria et le Niger sont deux nations et pays différents. Leur seul point commun.? C’est qu’énormément de Gens y crèvent de faim.

  • C est vrai que ce genre d histoire est triste et permet de relativiser les plaintes que nous avons en europe (ou personne n a faim)

    Le probleme majeur du nigeria est cependant pas evoque ici : c est un pays producteur de petrole mais comme beaucoup affligé d une kleptocratie qui fait qu une infime minorité proche du pouvoir percoit la rente et que le reste de la population vit dans la misere

  • Les pays riches en pétrole ou règnent en maître les dictatures sont légion…
    La rente pétrolière alimente la tyrannie , le peuple crève de faim..
    Corruption , nepotisme, racket , pillage des ressources, tout est bon pour alimenter les oligarques et potentats locaux..
    Et on accuse les pays riches de manipulations post colonialistes.
    pour justifier la misère locale…

  • L’Afrique regorge de ressources naturelles minières pétrolières et autres, et peine à se nourrir Cherchez l’erreur…

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