La crise de la précarité énergétique

Une énergie accessible, propre et peu coûteuse, est une nécessité vitale pour l’homme et ses activités.

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Reduced to one meagre bar; old lady fighting to keep warm in Perth, Scotland By: Ninian Reid - CC BY 2.0

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La crise de la précarité énergétique

Publié le 13 décembre 2018
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Par Christophe de Brouwer.

La précarité énergétique (« fuel poverty » en anglais) est une notion déjà ancienne qui vise un manque en moyen de chauffage domestique durant l’hiver.

On parle aujourd’hui de « crise de la précarité énergétique » en Grande-Bretagne (« fuel poverty crisis »), car l’hiver 2017-2018 fut particulièrement dramatique.

L’Office national britannique des statistiques, dans une publication récente (novembre 2018) a calculé un excès de mortalité (une surmortalité) durant les mois de décembre à mars 2017-2018, de 50 100 personnes. Ce sont les stigmates d’un des hivers les plus tragiques de notre époque « moderne » (pour trouver un niveau aussi élevé, il faut retourner à l’hiver 1999-2000). Cela concerne tous les âges, même si les plus âgés (> 65 ans) sont les plus touchés.

Il y a toujours eu un excès de décès en Grande-Bretagne, tout comme dans les autres pays qui connaissent une saison d’hiver, durant les mois froids qui vont de décembre à mars.

15 000 décès pour insuffisance de chauffage à domicile

Parmi ces décès, pour l’hiver 2017-2018, 15 000 seraient directement attribuables à une insuffisance de chauffage à domicile, soit environ 1/3 de l’excès total de mortalité hivernale.

Donnée effroyable. Examinons comment on en est arrivé à ce décompte macabre car évitable.

Ces excès sont calculés assez simplement en comparant le nombre de décès durant ces mois d’hiver (observés) au nombre moyen de décès observés durant les autres mois (attendus).

Les raisons de ces décès, surtout chez les personnes âgées, sont multicausales. Il faut que plusieurs causes soient simultanément présentes pour provoquer le décès. Avec le vieillissement, la co-morbidité devient la règle.

En termes de causes génériques, nous avons les maladies respiratoires pour 34,7 % (la pneumonie et les maladies chroniques obstructives), suivi des démences (par exemple l’Alzheimer) pour 21,6 %, et des maladies cardio-vasculaires pour 23 %. Dans un très grand nombre de cas, on trouvera une co-morbidité menant au décès lié à la grippe saisonnière et au froid.

Le lien des décès avec le froid est difficile à réaliser, celui-ci est surtout corrélé avec la pauvreté, l’exposition à l’un provoquant l’exposition à l’autre et vice-versa.

(NB : La difficulté méthodologique vient notamment du fait que les causes ne sont pas indépendantes les unes des autres.)

L’impact de la pauvreté

Plusieurs études furent menées pour comprendre l’impact de la pauvreté sur la capacité de se chauffer à domicile. Le risque de ne pouvoir se chauffer adéquatement touche, selon les statistiques britanniques, 7 % de la population, soit un peu plus de 4 millions d’habitants en Grande-Bretagne. Cela concerne principalement les personnes âgées et notamment les femmes.

Généralement, on retient la proportion de l’excès de mortalité liée aux habitations insuffisamment chauffées proposée par Janet Rudge dans une publication de l’OMS de 2011 (pp 81-95), prenant en compte différentes études déjà réalisées et incluant de nombreux éléments.

Cet excès varie selon les pays, et on sait par exemple qu’elle est deux fois plus faible dans les pays scandinaves qu’en Grande-Bretagne. C’est donc évitable.

Elle est essentiellement liée à la difficulté de payer le chauffage de son habitation. Nous nous trouvons évidement face à un cercle vicieux, car plus les capacités financières sont faibles, moins les efforts d’isolation de son habitation sont réalisables (double vitrage par exemple). Et plus l’effort financier pour son chauffage devient insupportable, moins les capacités de s’habiller, de se déplacer (voiture, transports en commun) et d’occuper une activité rémunératrice (ne fut-ce que complémentaire) sont simples — d’autant que cela touche principalement les retraités — plus difficiles sont les possibilités d’accès au vaccin contre la grippe (dont l’efficacité est relative mais néanmoins présente). Tout cela a un coût, et ainsi de suite.

Janet Rudge, dans son étude, propose une proportion de 30 % de l’excès de mortalité en hiver, qui serait directement liée aux difficultés de se chauffer chez soi, et donc à la pauvreté.

Comment éviter le pire ?

Le chiffre de 15 000 décès en Grande-Bretagne pour l’hiver 2017-2018 liés à la pauvreté, cause d’un chauffage insuffisant de son habitation, est non seulement cohérent, mais est une véritable honte sociétale car parfaitement évitable.

Si nous devions appliquer les mêmes proportions en France, un calcul rapide nous indiquerait qu’environ 6 000 personnes seraient décédées par cette cause inexcusable, le froid à domicile, durant l’hiver 2017-2018.

Malheureusement, les données précises à ce sujet dans ce pays apparaissent difficiles à trouver, car la co-morbidité « grippe saisonnière » semble couvrir l’étude de cette autre cause tragique.

Bien que l’on compare de pommes et des poires, pour comprendre le problème et surtout le défit auxquels font face nos sociétés, rappelons que les décès de la route sont, en Grande-Bretagne, de moins de 2 000 par an, et en France autour de 3 500 par an.

Tiré de « Wilkinson P et al. (2001). Cold comfort. The social and environmental determinants of excess winter death in England, 1986-96. Bristol :The Policy Press »

Derrière ces chiffres, il y a tellement de drames.

Encore une donnée sans doute intéressante qui éclaire singulièrement le débat sur la taxe carbone liée à la transition énergétique, qui font tant de dégâts sociaux.

Le froid tue plus que la chaleur

En 2015, Antonio Gasparrini et collaborateurs publièrent dans la célèbre revue scientifique « The Lancet », une étude très souvent citée : « Mortality risk attributable to high and low ambient temperature: a multicountry observational study » (« Risque de mortalité attribuable aux températures ambiantes élevées et basses : une étude d’observation multi-pays »).

Ils collectèrent les données de 384 lieux répartis dans de nombreux pays (Australie, Brésil, Canada, Chine, Italie, Japon, Corée du Sud, Espagne, Suède, Taïwan, Thaïlande, Grande-Bretagne et USA), étudiant ainsi la cause de plus de 74 millions de décès. Ils estiment que 7,71 % de ces décès sont liés à une exposition à des températures inadéquates (‘non-optimum temperature’) : 7,29 % de la mortalité est attribuable au froid et 0,42 % au chaud.

En d’autres termes, les ambiances froides tuent, en termes de santé publique, 20 fois plus que les ambiances chaudes.

Et ceci est très cohérent avec l’observation précédente (qui ne concerne que l’excès de mortalité, alors qu’ici, on étudie la mortalité totale).

En effet, « mort de froid » (« chilled to death ») est considéré comme des causes principales de mortalité en Grande-Bretagne…

La transition énergétique : une catastrophe sociale

N’oublions pas que l’énergie en soi est un bien de toute première nécessité. Une énergie accessible, propre et peu coûteuse, est une nécessité vitale pour l’homme et ses activités. C’est pour cela, notamment, que les taxes « carbone », issues de l’actuelle soi-disant transition énergétique extrêmement coûteuse et peu efficace, sont par nature gravement, tragiquement anti-sociales.

Elles tuent énormément, comme on peut le constater, puisque précisément elles taxent ce bien de première nécessité : elles appauvrissent, empêchent progressivement son accès aux moins nantis, puis tuent, selon un cercle vicieux infernal.

Tiré de « UK Gouvernement. Département of Energy and Climate Change. Annual fuel poverty statistics report, 2015, p 76. »

 

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  • il est évident que ces idéologies ont pris racine dans la pollution des villes.
    la seule énergie accessible pour le plus grand nombre c’est le nucléaire .. bien sur il faudrait en voir le coût pour le particulier sans les taxes et sans la vente a marche forcée vers d’autres pays..
    mais sans les taxes tout serait évidement plus accessible a tous..

    • La pollution des villes a considérablement baissé. On peut toujours espérer faire mieux, mais à un moment, les inconvénients vont augmenter et le mauvais chauffage en est un, entre autres.

      • @ amike
        Oui, c’est vrai. Mais la première chose à faire quand on se chauffe, c’est d’isoler son logis, ce dont on se moque gaiement, d’habitude, sur Contrepoints.
        Et si c’est réalisé dès la construction, ça permet d’économiser chaque année de l’argent mais aussi du CO2 et de la pollution! C’est tout bénéf!

        • non, on ne s’en moque pas..mais isoler un logement signifie en général un logement non conçu pour ça..et ça coûte cher, et c’est un choix économique à faire après réflexion. qui suppose de spéculer d’ailleurs.
          ça n’est pas nécessairement un choix à faire.
          et encore cous habitez peut être dans une région où chauffer est « rare »… isoler un vielle baraque pour la chauffer un peu tous les 36 du mois…

          construire mieux bien sur et encore c’est toujours un choix à faire en considérant le coût futur de l’énergie..

          sans compter que parfois si on habite à coté du’ne installation industrielle, ou de n’importe quoi, la chaleur est quasiment toujours un « sous produit » de transformations physiques.. il peut y avoir plein de chaleur disponible..et donc là encore il faut voir…

        • Isoler => VMC => gros travaux hors de portée des plus faibles.
          Les YAVAITKA, c’est facile.
          Quand on vous dit que pousser trop vite revient à de l’eugénisme…

    • Sans les taxes l’accessibilité a l’énergie ne serait pas changée pour autant ,ces taxes seraient reportées sur autre chose d’essentielle , par exemple l’eau.

  • « La difficulté méthodologique vient notamment du fait que les causes ne sont pas indépendantes les unes des autres »
    C’est bien de l’avouer, car cela relativise toutes ces « études » menées à grands frais pour offrir un semblant de démonstration à une thèse que l’on veut défendre. Ici, rien à dire, il est évident que pouvoir se chauffer l’hiver est une bonne chose.

  • Là, ce serait vraiment bien si les andouilles au pouvoir pouvaient lire cet article et essayer d’ouvrir leurs esprits si bien remplis et si mal formés.

    Mais nan, il faut augmenter le prix de l’énergie pour punir nos péchés envers Gaïa (FGETSS, F… Gaïa et tous ses suppôts.) Tout au plus, il convient de se donner bonne conscience en refilant des chèques énergie.

  • j avoue ne pas tres bien comprendre le but de l article. l auteur dit lui meme que l exces de morts en hiver est lie a plusieurs causes, dont le froid est l une d elle. Mais c est loin d etre la seule car il mentionne aussi que les morts sont souvent agés (et donc en mauvaise santé)

    Autrement dit, il est tout a fait possible que le froid ait juste acceleer un peu le processus et que la personne qui est morte en janvier le serait en juin s il avait fait chaud chez lui ( d ailleurs on notera que meme les foyers le splus chuaffes ont une mortalite qui augmente un hivers.)

    PS: pour les jeunes lecteurs, je signale que jusqu aux annees 70, il etait courant en France de ne pas avoir de chauffage dans les chambres et donc d avoir une seule piece chauffee. Et curieusement il n y avait pas d hecatombe meme dans les regions montagneuses ou le froid etait bien plus grand que maintenant

    • J’ai vécu ce que vous racontez. Il y avait toujours une piece bien chauffée . Dans les chambres édredon bouillotes …
      Il y eut la chaleur animale aussi dans les fermettes .
      Le chauffage et le frigo deux facteurs de l’accroissement de la longévité.

    • il ne s’agit pas d’hécatombe..ça serait trop simple…

  • Ouais ,l’intention est bonne mais a quoi bon rajouter des peurs ?
    Quand on crée une pénurie volontairement c’est uniquement une histoire de pognon..moins on consomme a l’intérieur surtout en France moins nos belles capitalisations boursières peuvent faire des bénéfices détaxés.
    Et comme tout le monde sait morale et finance sont deux mondes séparés par des années lumières..les morts de froid n’avaient qu’à mettre un gilet jaune en vente libre sur Amazon ….et les morts de chaud vivre en Bretagne.

    • L’intention n’est pas de faire peur. Il ne s’agit d’ailleurs nullement de prédictions d’un futur imaginaire. Mais de revenir au réel en pointant du doigt un vrai problème de santé publique, qui se déroule quotidiennement sous nos yeux, à travers des données incontestables et officielles, et d’essayer d’en comprendre certains mécanismes. Car on ferait bien de s’y attaquer: en quoi la « petite vieille isolée » mérite moins notre attention, alors que sans doute toute sa vie d’avant fut consacrée aux autres ? Ceci est bien sûr caricatural, le phénomène morbide est malheureusement bien plus large que cela.

      Pour le reste, techniquement parlant, la résolution des multi-causalités, des co-morbidités, des variables non indépendantes, est un exercice difficile en épidémiologie, mais faisable. J’avais hésité à entrer ainsi dans le débat, cependant il me semblait que les lecteurs sont suffisamment critiques et donc je me suis lancé, en essayant de ne pas (trop?) jargonner !

      • oui..plutôt d’accord…mais que signifie difficile pour vous?
        faisable, c’est toujours faisable…

        par ailleurs l’auteur n’essaye pas de faire peur..il rappelle une banalité avec des causalités connues et indubitables : on peut mourir de froid..et même avoir un peu plus froid peut tuer plus tôt des personnes fragiles…
        l’auteur essaye de quantifier et je pense que son but véritable est de crier : eh les gars avant de vous amuser avec le prix de l’énergie , réfléchissez un peu..

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