Amnesty international exige la vérité sur un massacre caché depuis 30 ans en Iran

DSC01643.jpg By: Frode Bjorshol - CC BY 2.0

Aujourd’hui un fort mouvement galvanise les familles des victimes et les militants des droits de l’homme pour faire avancer la justice et les droits de l’homme en Iran.

Par Hamid Enayat.

Amnesty international a publié cette semaine un rapport inédit sur le massacre des prisonniers politiques iraniens de 1988 et a accusé les dirigeants du régime de chercher à taire le crime contre l’humanité.

L’organisation de défense des droits de l’homme appelle pour la première fois les Nations Unis à mener une enquête indépendante sur le terrible drame. « L’ONU et la communauté internationale ont gravement manqué à leur devoir envers les familles et les victimes », a estimé l’ONG. Les autorités iraniennes se sont ainsi senties libres de continuer de nier la vérité et d’infliger des tortures et des mauvais traitements aux familles. »

Le crime contre l’humanité resté impuni a fait l’objet d’un rapport exhaustif de 140 pages sur les conditions dans lesquelles des milliers d’intellectuels et de militants de l’opposition ont été pendus en quelques semaines durant l’été de 1988. Intitulé « Les secrets sanglants », le rapport cite les membres des « commissions de la mort » qui sont toujours au pouvoir et « continuent de mener une campagne pour nier, déformer la vérité et causer du tort aux familles des victimes qui cherchent la vérité. »

Les secrets sanglants du passé de l’Iran

Selon Philip Luther, directeur de la recherche et du travail de plaidoyer pour le Moyen-Orient à Amnesty International, « ces secrets sanglants du passé de l’Iran continuent de hanter le pays aujourd’hui. Ce rapport dévoile le tissu de dénégations et de distorsions que les autorités perpétuent depuis 30 ans, à l’intérieur du pays comme à l’étranger, afin de dissimuler la vérité ».

 « Le fait que l’ONU et la communauté internationale n’aient pas œuvré en faveur de la vérité et de la justice pour les atrocités commises par les autorités iraniennes a eu des conséquences catastrophiques, pour les victimes et leurs familles, mais aussi pour l’état de droit et le respect des droits humains dans le pays, estime-t-il. Les autorités ne doivent plus pouvoir esquiver l’obligation de rendre des comptes pour ces crimes contre l’humanité. En l’absence de perspective de justice pour les victimes en Iran, il est d’autant plus crucial que l’ONU mette sur pied un mécanisme international indépendant, impartial et efficace afin de contribuer à traduire en justice les responsables présumés de ces crimes ignobles. »

Depuis 30 ans, les familles des victimes sont privées du droit d’inhumer leurs proches et de faire leur deuil. Ceux qui osent rechercher la vérité et réclamer justice sont constamment en butte au harcèlement, à l’intimidation, aux arrestations et détentions arbitraires, ainsi qu’à la torture et autres mauvais traitements. La profanation et la destruction de fosses communes sont également sources de grandes souffrances.

Parmi les victimes il y avait des centaines de prisonniers affiliés à des organisations politiques de gauche et à des groupes d’opposition kurdes. Mais la grande majorité étaient des militants de l’Organisation des Moudjahidine du Peuple d’Iran (OMPI), le principale mouvement d’opposition à la théocratie. Ce mouvement continue de subir les exactions du régime, qui retient dans ses prisons des milliers de prisonniers dans le couloir de la mort et détient le record mondial du nombre d’exécutions par habitant. Les militants de l’OMPI sont accusés de « moharébeh », une inculpation qui pour le pouvoir islamiste signifie « en guerre contre Dieu » et mérite la peine capitale.

« Anéantissez les ennemis de l’islam »

À la fin de la guerre Iran-Irak (1980-1988) le pouvoir islamiste redoutait des mouvements populaires, notamment à l’occasion de la rentrée scolaire (les universités avaient été fermées pendant deux ans). Les dirigeants décident de décimer préventivement l’opposition. Khomeiny émet une fatwa (décret religieux) ordonnant d’exécuter les membres de l’OMPI : « Quiconque, à n’importe quel stade, continue d’appartenir aux Monafeghine [terme péjoratif pour désigner les Moudjahidines du Peuple] doit être exécuté. Anéantissez immédiatement les ennemis de l’islam. Ceux qui sont dans les prisons à travers le pays et restent inébranlables dans leur soutien à l’OMPI sont en guerre contre Dieu et condamnés à être exécutés. »

Dans les prisons d’Evine et de Gohardasht à Téhéran, le régime va exécuter toutes les heures de 7 h 30 à 17 h 00. Ce sont des jeunes à partir de 13 ans, des femmes enceintes, des hommes ou vieillards. Selon les estimations les plus plausibles, quelques 30 000 personnes seront exécutées. Un ancien responsable du ministère iranien du Renseignement, qui a fait défection, a avancé le chiffre de 33 700 exécutions.

Aujourd’hui un fort mouvement galvanise les familles des victimes et les militants des droits de l’homme pour faire avancer la justice et les droits de l’homme en Iran. Ils exigent de la communauté internationale de conditionner ses relations avec Téhéran à l’arrêt des exécutions et s’engager à poursuivre les responsables du massacre de 1988.

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.