La France suivra-t-elle la Grèce et l’Italie ?

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La France suivra-t-elle la Grèce et l’Italie ?

Publié le 25 novembre 2018
- A +

Par Nicolas Perrin.

La France est considérée par les marchés comme un pays pilier de la Zone euro et bénéficie de taux d’intérêt ultra-bas. Jusqu’à quand ?

Le consensus au sujet de la croissance en Zone euro en 2019 est compris dans une fourchette entre 1,8 % (BCE) et 2,1 % (OCDE). Plusieurs éléments laissent cependant à penser que les prévisionnistes risquent d’être déçus.

Pour se faire une opinion sur les perspectives de croissance d’une zone économique, les institutions internationales prennent en compte plusieurs indicateurs conjoncturels : indice PMI (qui traduit l’activité manufacturière), ventes au détail, carnets de commandes et sentiment économique global.

Qu’en est-il de la situation si l’on approfondit le niveau d’étude du patient en prenant en compte des considérations d’ordre structurel ? C’est la question sur laquelle s’est penchée Natixis dans un Flash Economie en date du 25 mai.

Voici ce qu’écrivait la banque :

« Peut-on croire qu’effectivement la situation économique de la Zone euro est bonne ? On peut avoir des doutes avec :

  • la faiblesse de l’investissement en nouvelles technologies et de la modernisation du capital des entreprises ;
  • la faiblesse liée des gains de productivité et de la croissance potentielle ;
  • la poursuite de la désindustrialisation ;
  • la faiblesse des compétences de la population active et de l’employabilité des jeunes, en conséquence le niveau élevé du taux de chômage structurel ;
  • avec les taux d’endettement élevés, la dépendance de la croissance vis-à-vis du maintien d’une politique monétaire expansionniste ».

L’équipe de recherche de Patrick Artus conclut en ces termes :

« La croissance assez forte de la Zone euro à court terme ne révèle donc pas une situation économique structurellement favorable. […] Le supplément de croissance à court terme (graphique 1), lié en particulier à la progression rapide du commerce mondial, ne doit pas faire oublier cette longue liste de problèmes structurels de la Zone euro. »

Voilà un autre son de cloche, n’est-ce pas ? Ce constat est d’autant plus problématique que la banque estimait le 12 septembre dans une autre note que les facteurs qui ont soutenu cette amélioration conjoncturelle ne seront bientôt plus à l’ordre du jour.

La conjoncture, principal moteur de la croissance européenne, se dégrade

Voici ce qu’écrivait Natixis :

« Les mécanismes qui ont soutenu depuis 2014 la croissance de la Zone euro n’ont plus aujourd’hui d’effet positif sur la croissance. Il s’agit :

  • de 2013 à 2016, de la baisse du prix du pétrole ;
  • de 2016 à la fin de 2017, du redressement de la croissance du commerce mondial ;
  • de 2012 à 2016, de la baisse des paiements d’intérêts due à celle des taux d’intérêt ;
  • de 2014 au début de 2017, en ce qui concerne la seule industrie, de la dépréciation de l’euro. »

Natixis précise dans un autre Flash Economie que « les exportations de la Zone euro vers les États-Unis sont deux fois plus importantes que celles vers la Chine ; le stock d’investissement direct de la Zone euro aux Etats-Unis est seize fois plus important que le stock d’investissement direct de la Zone euro en Chine. »

Voilà de quoi prendre les menaces de Donald Trump au sérieux, n’est-ce pas ?

En somme, ce qu’explique Natixis, c’est que le regain de croissance qu’a enregistré la Zone euro depuis 2013 n’est pas dû aux réformes courageuses dont se gargarisent nombre de gouvernements, mais est en fait en grande partie une manne tombée du ciel.

Sauf que voilà, « aucun mécanisme nouveau stimulateur de la croissance [n’est] apparu (l’accélération des salaires nominaux est faible, la politique budgétaire est à peu près neutre, le crédit n’accélère pas, l’investissement des entreprises n’est pas très dynamique) », constate la banque.

Dès lors, il n’y a pas cinquante conclusions possibles : « il est normal d’observer et de prévoir un net ralentissement de la croissance de la Zone euro. »

Au troisième trimestre, cette dernière a d’ailleurs enregistré son pire résultat trimestriel depuis 2014, à 0,2 %.

A ce stade, peut-être vous dites-vous que la France fait partie des pays qui font monter la moyenne de la croissance économique au sein de la Zone euro ? Pas vraiment.

La situation a de grandes chances d’empirer, y compris en France

Quelques jours plus tard, Natixis en remettait une couche dans un nouveau Flash Economie.

Non seulement nous avons affaire à un patient gravement malade dans un environnement où l’air se rafraîchit, mais il pourrait bientôt se mettre à pleuvoir.

« Il faut se demander […] s’il ne faut pas attendre à nouveau une dégradation dans les pays fragiles. En effet :

  • en Espagne et en France, le taux de chômage structurel est resté apparemment nettement plus élevé qu’avant la crise, ce qui annonce un ralentissement important de la croissance de ces pays ;
  • en Italie, on ne voit pas de redressement de la productivité, ce qui implique, que la croissance ne peut être qu’un phénomène transitoire. »

Avec un ralentissement de l’activité économique dans trois poids lourds de la Zone euro, voici la conclusion à laquelle arrive Natixis :

« Si une croissance faible revient dans la Zone euro, les difficultés sociales et les risques politiques y seront encore plus importants qu’aujourd’hui. »

 En fait, la situation est même plus alarmante que ce constat le laisse entendre.

La France, en marche vers la périphérie de la Zone euro ?

Le point de départ de Natixis est le constat selon lequel « les marchés financiers considèrent que la France est un pays du cœur de la Zone euro », ce qui se reflète dans la faiblesse du taux d’intérêt dont l’Etat bénéficie lorsqu’il émet de la dette.

Le 10 ans français est en effet beaucoup plus proche du 10 ans allemand qu’il ne l’est de son équivalent espagnol ou italien.

Natixis juge que « cette analyse est douteuse », et ce pour au moins quatre raisons :

« On doit être impressionné par les évolutions observées en France :

  • la désindustrialisation et la faible modernisation des entreprises ;
  • la compensation partielle du déficit extérieur pour les produits industriels par un excédent du tourisme ;
  • la faiblesse des gains de productivité et la faiblesse des compétences de la population active ;
  • la faiblesse du niveau de gamme de la production. »

Voici la conclusion que tirait Natixis le 31 octobre :

« Tant que les réformes n’ont pas corrigé ces divers handicaps, la France est plutôt un pays périphérique. »

Pour le « tant que les réformes n’ont pas corrigé ces divers handicaps », je vous laisse trancher s’il s’agit d’une politesse de l’équipe de recherche vis-à-vis de la classe politique, c’est-à-dire d’un vœu pieux ou d’une véritable espérance.

Pour plus d’informations, c’est ici.

Voir les commentaires (23)

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  • Rien de nouveau, merci pour les graphiques, mais c’est bien les « citoyens » qui ont sauvé les banques en 2008 non? La planche à billet de la BCE depuis 10 ans n’a fait que soutenir là encore les banques qui ont préféré spéculer sur les marchés plutôt que d’investir dans l’économie réelle, je veux juste dire, que Natixis fait également parti du/des problèmes, simple rappel!

    • claude henry de chasne
      25 novembre 2018 at 9 h 54 min

      est ce que la France va souffrir de la hausse des taux d’intérêts?
      oui
      est ce que les contribuables vont etre sollicités pour sauver les sièges de PDG ds banques ?
      oui
      est ce que les banques participent financièrement au campagnes électorales?
      oui
      Est ce que la hausse s taux mettra l’économie française a terre?
      non !
      elle l’est deja

    • « spéculer sur les marchés plutôt que d’investir dans l’économie réelle »
      Depuis le temps qu’on lit cette phrase sans que jamais personne n’explique de quoi il s’agit, pourriez-vous donner un exemple d’une spéculation sur les marchés et un exemple d’investissement dans l’économie réelle ? Ainsi, nous saurons quelle différence il existe entre les marchés et l’économie réelle.

      • spéculation sur les marchés

        Acheter des obligations d’états parce que soi-disant sures… Voilà ce qui pourrait une explication pour une partie.

      • claude henry de chasne
        25 novembre 2018 at 12 h 06 min

        la reponse est très simple: c’est quoi l’économie réelle?

        un « emploi » est la résultante d’une équation simple:
        « un capital+ un savoir faire » et un marché.
        Quand l’emploi nécessite 80% de capital et 20% de savoir faire, cet emploi n’est pas créé en france car la résultante n’est pas compétitive ;et ne peut rémunérer le capital ou le salarié.

        Quand l’emploi nécessite 20% de capital et 80% de savoir faire
        là on peut éventuellement le baser en France si il y a un interet particulier (aides de l’etat , qualité de la main d’oeuvre)proximité , échelle européenne..

        donc seules les entreprises a haut niveau technologiques peuvent attirer les capitaux, les autres non..
        et quand on sait les performances de notre éducation nationale on comprendra que l’économie réelle ne sera pas accessible a des élèves mal formés, et les entreprises ne trouveront pas de capital

      • Cavaignac
        Juste un exemple ou deux : vous devez être de ceux qui imaginent que Elon Musk qui est incapable de programmer et de suivre le rythme d’une usine de voiture pour produire ce qu’il a vendu (achat sonnant et trébuchant des voitures Tesla) mérite par sa seule aura de peser en bourse bien plus lourd que les acteurs historiques?
        Vous pensez que c’est normal de subventionner le Cac40 à coup de CICE, alors qu’ils s’affranchissent de cotisations et d’impôts 5 fois moins importants que les petits et moyens acteurs qui crèvent sur le sol républicain français? Alors si on compare la fiscalité, c’est sûr que je ne mettrai pas un kopek dans une PME!! Tout dans le Cac 40!!Mais entre nous, le Cac 40 est de tous les indices, celui qui investit le moins , celui qui distribue le plus de dividende, celui qui canalise les finances…

        • Si vous investissez dans une entreprise, ça doit être parce que les perspectives bénéfices et croissance / risque sont bonnes, et parce que cette entreprise a envie qu’en tant qu’investisseur privé, vous lui apportiez des capitaux. Ca n’a pas de rapport direct avec la taille, la nationalité, la présence en bourse. Si vous croyez en Musk, achetez ses actions, si vous n’y croyez pas, restez à l’écart et lâchez-nous la grappe : vous ne répondez pas à la question de Cavaignac.
          La spéculation, c’est ce que fait le fermier qui achète des semences en spéculant que ça va lui permettre dans un an de vivre sur le grain qu’il aura vendu. C’est l’économie réelle.

          • Ah si j’ai répondu avec un ou des exemples…
            l »économie réelle est territoriale, politique et social, si vous ne voyez pas de dommage dans les politiques menées depuis des lustres, vous êtes aveugles ou bornés,
            « a n’a pas de rapport direct avec la taille, la nationalité, la présence en bourse » si il y a équité de traitement oui ! Est ce le cas? La spéculation est également parfaitement légitime si cela ne concerne que vos risques, les risques pris par les investisseurs ou les financiers ou les banques n’ont pas à être mutualisée…Une banque fait faillite, elle doit fermer, c’est tout, ainsi nous pourrions voir éclore (banques spéculatives et banques de dépôts) / le peu d’argent que je laisse volontiers sur un compte serait bien évidemment sur un compte de dépôt qui (dans une économie non suicidaire comme la France) pourrait le cas échéant être investi dans des entreprises non assujettis à l’asphyxie dite économique et politique française;
            et puis en fait j’aime bien parcourir ce journal, mais il a peut être le défaut d’être squizzé par des groupies en bandes organisées 🙂

            • Peut-être n’avons nous pas les mêmes définitions pour spéculation et économie réelle. J’avoue que quand vous rajoutez le rôle de l’état dans chacune, je m’y perds.

      • Investir dans l’économie réelle, c’est apporter de l’argent « sonnant
        et trébuchant » à une entreprise.
        l’acquisition d’actions sur les marchés financiers, lorsqu’il s’agit de
        titres déjà existants et non d’une augmentation de capital n’est
        pas un investissement dans l’entreprise mais un simple changement de propriétaire de ces titres, sans aucune conséquence pour la trésorerie de l’entreprise concernée. Il
        s’agit d’un placement financier réalisé dans l’espoir -légitime-
        d’un gain.
        Je dirais que le terme de spéculation sur les marchés concerne
        principalement des opérations réalisées dans le cadre de trading
        à haute fréquence, ou encore par l’utilisation massive d’effets de
        levier ou de dérivés permettant d’intervenir sur ces marchés avec
        un moindre besoin de capitaux que si ces opérations nécessitaient
        de mettre immédiatement l’argent sur la table…

    • Non les banques ont remboursé l’argent qu’on leur a prêté. Le problème vient de la planche à billet et des dettes.

    • Re- je suis tellement taraudé par ce problème que je me hasarde à faire deux minuscules contributions (l’autre plus bas) de non spécialiste confirmé. En gros, l’analyse médiatique peut toujours résumer au fait que la France a une monnaie spéculative : l’euro… Aie ! que va-t-il se passer quand la spéculation internationale annihilera les bénéfices faits par la Banque de France adossée à la BCE. Qui bénéficie vraiment de ce jeu de poker menteur ?

  • Suivre n’est pas dans l’esprit français , nous on précède les autres , on est en faillite depuis longtemps ,on survit uniquement en vendant nos meubles…et il n’en reste plus beaucoup.

    • Oui, je me rappelle dans les années 90 nos décideurs qui disaient qu’on pouvait laisser tomber l’industrie, que l’avenir était à la production de servîces…

      • Et moi je me rappelle qu’après 1989, le mur de Berlin étant tombé, certains pensaient naïvement aussi qu’on ne serait plus envoyés dans le mur par des « décideurs »…

  • « la compensation partielle du déficit extérieur pour les produits industriels par un excédent du tourisme »

    Venez à Paris ces jours ci et les touristes pourront constater notre « beau Pays ».!!!!!

  • C’est clair que la France est à la traine.

    En même temps les grandes entreprises françaises sont celles qui distribuent le plus de dividendes au lieu d’investir pour l’avenir.

    Entre un public trop gros et un privé qui fait du court termisme on n’est pas dans la merde

    • Le compromis dividendes/investissements se fixe généralement en fonction de l’environnement offert aux entreprises par les puissances publiques. Si les actionnaires ont besoin de liquide pour payer leurs impôts, il y aura plus de dividendes. Si la rentabilité future des investissements est plus risquée en raison de nouvelles contraintes normatives ou charges sociales probables, il y aura moins d’investissements. Contrairement aux politiciens, les sociétés ne décident pas sur des principes idéologiques, et quand bien même elles le feraient (comme Berkshire Hataway), elles évoluent dans un milieu où les comportements adéquats font émerger du lot, et les comportements inadéquats couler.

    • claude henry de chasne
      25 novembre 2018 at 14 h 20 min

      vous voulez parler des 700 entreprises dont l’état est actionnaire?

  • je me répète : il doit etre marqué dans la Constitution lorsqu’un gouvernement presente le budget de L’ÉTAT ; il est interdit de presenter un Budget Déficitaire.. DÉJÀ cela va permettre de revoir que font -ils ? les excellents pieds nickelés le maire et darmanin !!! a l’oeuvre …

    • Et moi je me répète aussi, la Constitution ne doit pas s’attacher aux symptômes, mais fournir un cadre où tous peuvent veiller à ce que la situation reste saine. Comme je vous l’ai dit dans un autre fil, interdire le déficit, c’est aussi efficace qu’interdire la colique.

  • INELUCTABLE puisque les taux vont remonter, et là le pays sera vraiment dans la merde!

    • Quand les taux d’intérêt français vont-ils remonter ? Beaucoup plus important que de savoir pourquoi ! Sinon, l’horreur. Cette question me taraude. Prévoir c’est savoir : et alors ?

  • Les commentaires sont fermés.

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