Carlos Ghosn est aussi un gilet jaune

Le consentement à l’impôt n’est qu’un leurre. En ce sens, l’attitude de Carlos Ghosn ne diffère pas, sur le fond, de celle des gilets jaunes.

Par Ludovic Delory.

S’il est avéré, le comportement de Monsieur Ghosn envoie aux Français un signal clair : on peut être ultra-riche et ne pas adhérer non plus au consentement à l’impôt. Le constat n’est pas neuf. Mais comment ne pas comprendre alors que l’automobiliste français, lui, n’ait que son gilet jaune à brandir face à l’injustice qui, dans sa vie quotidienne, l’atteint plus que les grands milliardaires ?

Carlos Ghosn est un gilet jaune à sa façon : rejetant le poids de l’impôt pour lui-même, il tente d’en faire supporter l’essentiel par les autres. C’est-à-dire la masse informe des gens mal organisés — ces « beaufs », ainsi considérés par une partie de l’intelligentsia, ne disposant ni d’un syndicat ni d’un puissant appareil de parti pour se faire entendre. Mais l’analogie s’arrête là. Pour les Français, le gilet jaune est un signal de détresse. De laissés-pour-compte au bord de la route.

À court terme, pour eux, aucune échappatoire ne se profile. Enfermés dans une prison fiscale, ils n’ont plus que la rue pour crier leur colère. De manière improvisée, désorganisée, parfois violente aussi. En bloquant, de manière contre-productive, leurs coreligionnaires, mères de famille ou commerçants, alors que les cibles principales sont à chercher du côté de l’État et de sa kyrielle de représentants.

Renault, la voiture du peuple

Ironie de l’actualité : avec plus de 670.000 exemplaires neufs écoulés l’an passé, le groupe Renault reste, toutes catégories confondues, le premier vendeur de véhicules en France. Comme l’État en est actionnaire à hauteur de 15%, les contribuables français auraient donc épongé une partie des errements du capitaine d’industrie. Et, si l’on en croit les déclarations du Président de la République — « extrêmement vigilant » sur le sort des salariés —, les Français à venir n’ont pas fini de payer.

Ce tableau de l’Institut Fiscal Vauban révèle qu’aucune réforme fiscale sérieuse n’a été menée ces dernières années en France. Au cours des trois derniers quinquennats, les prélèvements obligatoires ont augmenté de 369 milliards. Sans que la dette de l’État français ne baisse significativement. Sans qu’en soit retirées de satisfactions au niveau macroéconomique (17e place mondiale en termes de compétitivité, selon le Forum économique mondial), au niveau de l’enseignement (26e place sur 70 au dernier classement Pisa), des soins de santé ou des libertés (71e place mondiale dans le classement de la Fondation Heritage).

Pendant ce temps, le gouvernement affecte au budget général 577 millions d’euros de recettes de la taxe sur les carburants (TICPE). Il envisage aussi de fermer des réacteurs nucléaires. La transition écologique et la dé-carbonisation attendront.

Pendant ce temps, les Européens exportent leurs Renault diesel vers des pays moins regardants sur les émissions de particules. Les pays d’Afrique sont ainsi inondés de ces « occases » polluantes qui viennent saturer leurs capitales.

Dans une puissance en déclin croulant sous ses 56% d’impôts confiscatoires et autres taxes, contributions, prélèvements divers, le vrai débat est ailleurs. Ne comptez pas sur la classe politique, unanime, pour le porter sur la place publique. Car en formulant, avec fermeté, sa volonté de « garder le cap », le gouvernement envoie le plus mauvais signal qui soit aux gilets jaunes.

Carlos Ghosn, lui, n’est pas encore condamné à rouler en Twingo canari.