Mon bilan carbone en 2029

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Kassel-Marathon by Jens Naerhler(CC BY-NC 2.0)

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Mon bilan carbone en 2029

Publié le 20 novembre 2018
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Par Christian Beauval.

Vendredi 23 novembre 2029. La nuit tombe sur Paris et il fait froid. Le bilan carbone de ma journée est plutôt bon : pas de viande ce midi, trottinette électrique pour mes déplacements, smartphone à bloc en pédalant sur un vélo de recharge et autres gestes éco-citoyens bien intégrés à force de messages gouvernementaux distillés partout.

Il faut dire que le énième Forum mondial pour la Planète va bientôt commencer et ça m’aide à faire des progrès. Les médias relaient à fond l’injonction au « jeûne climatique », sorte de diète écolo où les efforts les plus extrêmes sont glorifiés pour réduire notre empreinte carbone avant cette grand-messe planétaire. Quand j’étais gamin, on faisait jeûne pendant l’Avent pour préparer spirituellement Noël. Mais bon, c’était encore le Moyen-Age.

Le bulletin quotidien

Retour à l’appartement. Télé allumée, la présentatrice « carbone » commente la trajectoire des vingt prochaines années de températures, sur la base des relevés passés et sous le pilotage du GIEC. Cet indicateur est quotidien, donc lassant : si on passe en une journée de +1,35°C à +1,34°C c’est grâce à telle ou telle mesure anti-carbone prise chez nous ou à l’autre bout de la planète, explique-t-elle sans rire, en espérant +1,30°C à Noël comme « un beau cadeau pour la Terre ». C’est tellement gros qu’on finit par adhérer, la raison cédant le pas à la croyance. Le bulletin s’achève par les pourcentages (toujours élevés) de risque pour chaque type de catastrophe climatique. Au cas où certains auraient des doutes.

Avant de dégrader légèrement mon bilan carbone par l’envoi de quelques emails à des amis, j’ai une formalité à remplir. Oh, pas grand-chose, vraiment deux minutes chrono. Mais ce qui me paraît banal voire normal en 2029 était taxé de « mauvaise langue » en 2018 ! Pour la langue peut-être mais son esprit mauvais, lui, soufflait déjà.

Comme à chaque fois, tout est parti d’une montée en épingle lors d’un évènement autrefois sans histoire : le marathon de Paris 2027. Un chercheur du CNRS s’est ému de la quantité de carbone rejeté par les milliers de coureurs, des extrémistes verts ont interpellé des politiques qui ont « compris », une députée hystérique a proposé une loi exigeant une taxation sur le jogging, les médias ont relayé avec complaisance. Et puis la proposition a fermenté dans un tiroir de l’Assemblée nationale, jusqu’au marathon suivant.

Rebelote en 2028 pour un nouveau cirque mais mieux organisé cette fois : déversement de poudre noire sur le parcours de la course (comme autant de carbone rejeté), lobbying, happenings, fake news, sondages biaisés, ministres complexés, injures sur les plateaux télé, nazification des défenseurs du footing détaxé, etc. Même la lutte anti-terroriste a été invoquée.

Taxer la course à pied

Enfin est arrivé ce désespérant 12 octobre 2028 quand tard dans la nuit un amendement à une énième loi écolo-punitive a été voté à l’improviste par un hémicycle clairsemé et somnolant : désormais la « course à pied de loisir » (sic) dépasse excessivement les rejets carbone d’une respiration humaine moyenne ; il faut donc la taxer, selon une procédure déclarative à faire en ligne. Le peuple n’a pas réagi ; c’est bon pour la planète donc sans appel possible. En fait si, quelques-uns ont protesté en courant avec des t-shirts jaunes fluo, mais c’était encore des extrémistes de droite.

C’est justement cette déclaration que je vais faire. Ça fait un an que chaque vendredi, je respecte la conscience écolo-citoyenne que le gouvernement daigne me gratifier … contre espèces sonnantes et trébuchantes tout de même ! Le site internet porte le nom évocateur d’une humanité meilleure : www.jogger-responsable.gouv.fr. Il est anesthésiant de couleurs vives, de dessins riants, de messages lénifiants ; le tout sous le regard d’une Marianne tricolore qui semble mieux respirer d’année en année. Et puis le site équivalent pour déclarer chaque trajet automobile encore carboné est du même acabit ; à force on devient blasé.

C’est ça l’idée géniale de l’anti-carbonisme : l’État peut contrôler et taxer ce qu’il veut parmi toutes les activités humaines et animales. Pour nous convaincre, il lui suffit de subventionner GIEC et lobbys afférents, chercheurs et médias inféodés, artistes et idiots utiles, congrès et forums mondiaux, hôtels et billets d’avions, champagne et petits fours. Plus que le carbone, c’est tout ça qui commence sérieusement à (ré)chauffer les citoyens ! Mais c’est pour notre « maison commune », donc ça va aller.

Police fiscale

Surtout, qu’il ne vienne à personne l’idée que la nature souffre moins de notre carbone que de comportements décadents. Mieux vaut une bonne police fiscale qu’un retour à des valeurs morales ou spirituelles !

Je clique donc sur « Déclarer ma course à pied », puis je renseigne la date et le créneau. Je choisis ce samedi 24 novembre de 10h à 12h. Je n’ai pas encore à indiquer ma zone de course mais la fonction sera bientôt disponible … et obligatoire. Les pouvoirs publics veulent ainsi réguler les zones, par exemple en bloquant les déclarations au bois de Vincennes et en laissant ouvertes celles au bois de Boulogne pour mieux répartir le carbone émis dans la métropole. En écologie, les limites de l’absurde ne sont pas prévues, au moins ça économise les bornes.

Le montant de la taxe s’affiche : quatre euros tout de même car c’est en heures de pointe. Entre 8h et 10h ce n’est que deux euros mais je préfère la grasse matinée ! Dormir plus ou payer plus, le jogger responsable a cette chance de pouvoir choisir ! J’ai aussi le choix entre une attestation imprimable (+ 0,5 € de reforestation) ou affichable sur une application de smartphone (gratuit). Je préfère payer pour le papier car l’appli est très gourmande et me fait perdre trois minutes de pédalo-recharge. Après paiement de mon tribut par carte bancaire, il sort de mon imprimante l’attestation avec la date, le créneau horaire et un code barre de contrôle.

La planète me remercie. L’État aussi, après qu’il a bien enregistré toutes ces données et mon adresse IP dans ses serveurs ; ça peut toujours servir.

Demain, pendant mon footing, je garderai précieusement cette autorisation à « sur-carboner » pliée en quatre dans une pochette plastique.

Demain, un éco-patrouilleur (fonctionnaire payé par nos taxes) me voyant courir, sera susceptible de m’arrêter, de m’exiger le papier et de scanner le code barre pour le vérifier.

Demain j’éviterai donc la contravention de 75 € pour infraction aux lois anti-carbone. Bientôt l’éco-patrouilleur sera remplacé par la vidéo-verbalisation avec reconnaissance faciale. C’est dommage, tous ces contacts humains qui disparaissent.

Demain est forcément un jour meilleur.

Mais jusqu’à quand ?

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  • Il conviendra aussi d’envisager une taxe cassoulet. En effet, l’émission de flatulences qui suivent l’ingestion de ce genre de plat est très nocive pour la planète.

  • 2042…
    La taxation de toutes les activités humaines mises en place en 2029 n’a pas produit les effets escomptés.
    L’Etat mondial décide de mesures de rationnement.
    Aucun individu n’a le droit de dépasser 3 kg d’emissions quotidienne de CO2.
    Ce midi, je viens de me faire un steak de boeuf de 200 gr (2 kg de CO2). Je devrai donc reporter mon déplacement de 20 kms à demain…

  • Mais c’est déjà délirant aujourd’hui, car on ne peut plus voir de reportage sans le couplet réchauffiste. Arte est la spécialiste avec documentaire sur la Bavière (par exemple) et le commentaire de dire « ah oui, avec le RCA, cela va disparaître ».

    • Le pire, c’est Arte junior.
      Il m’est arrivé de le regarder un dimanche matin, j’ai été écœuré par ce discours dégoulinant de bobo-isme à destination de nos enfants.
      Même des fictions comme ‘Hunger game’ , ‘Vendetta’ ou ‘Brazil’ semblent tout à fait plausibles comparées aux manipulations constructivistes de ces purs produit des écoles de journalisme, hémiplégiques intellectuels dont seule la gauche du cerveau est activée.
      Comme a écrit Bastiat (la loi):
       » Puisque les tendances naturelles de l’humanité sont assez mauvaises pour qu’on doive lui ôter sa liberté, comment se fait-il que les tendances des organisateurs soient bonnes?
      Les législateurs et leurs agents ne font-ils pas partie du genre humain? Se croient-ils pétris d’un autre limon que le reste des hommes?
      Ils disent que la société, abandonnée à elle-même, court fatalement aux abîmes parce que ses instincts sont pervers.
      Ils prétendent l’arrêter sur cette pente et lui imprimer une meilleure direction.
      Ils ont donc reçu du ciel une intelligence et des vertus qui les placent en dehors et au-dessus de l’humanité; qu’ils montrent leurs titres.
      Ils veulent être bergers, ils veulent que nous soyons troupeau.
      Cet arrangement présuppose en eux une supériorité de nature, dont nous avons bien le droit de demander la preuve préalable. « 

      • mettre « brazil  » et « hunger games  » dans le même panier c’est de l’hérésie …au bûcher!^^

        • Nan, ça, c’est Farenheit 451…
          Mais j’aurais pu rajouter ‘Dark city’ , ‘Snowpiercer’ , ‘Soylent green’ ou toute autre oeuvre post moderniste ou apocalyptique,
          elle ont en commun la vision d’un monde totalitaire où des ‘sachants’ autoproclamés bienfaiteurs gèrent le bétail humain…

          Mais je vous l’accorde volontiers, les œuvres sont de qualité inégale.

  • En 2029 ce sont des brigades de Gilets verts qui patrouilleront dans les rues.

  • Dans dix ans……la planète aura explosée depuis longtemps ou , au moins pire, la population aura été décimée par un petit virus très rigolo sorti d’un labo anglo-saxon…ils sont tous devenus fous , la drogue sans doute.

  • J’ai une petite lueur d’espoir.
    Au lieu d’imaginer cette ‘route de la servitude’ comme toute tracée, j’aime à envisager que dans un soubresaut de lucidité, le peuple va rebattre les cartes en dégommant en plein vol ces pigeons d’argile qui nous cachent le soleil.
     » PULL ! , et la lumière soit…

  • L’année suivante avait vu l’introduction des poches nasales et anales. Avec échange standard tout les km. Il ne fallait pas qu’un seul gramme de CO2 s’échappe dans la nature. De même pour le CH4, cet horrible et sata.nique gaz.
    Malgré ces mesures draconiennes, le taux de CO2 avait continué d’augmenter de plus en plus vite, suscitant des mesures de plus en plus folles de la caste au pouvoir (caste à l’air…). Bien évidemment la température moyenne, notion absconse, avait continué sa course folle vers les sommets.
    Mille ans plus tard, les efforts avaient porté leur fruit, plus que 5 ppm. Les savants avaient osé lâcher qu’il n’y avait plus assez de CO2 pour refroidir la planète… Certains avaient émis la curieuse intention de les brûler sur un bûcher. Crime de lèse-verdatré que de brûler des arbres qui ne poussaient plus, ils avaient été sèchement réprimandés… Ils avaient été affectés à l’usine de retraitement des pochettes anales, travail peu demandé qui préférait les pochettes nasales, on ne se demande pas pourquoi…

  • Excellent, merci beaucoup.

  • En 2032, la loi sur les digesteurs fut étendue aux morts: les cadavres ne devaient plus être enterrés mais placé dans les digesteurs de l’administration centrale écologistique pour y récupérer les métaux rares et les calories restantes

  • claude henry de chasne
    20 novembre 2018 at 11 h 28 min

    sauf si c’ici là , les cocologistes et les socialistes qui exploitent ce filon se font jeter aux élections..
    ah ben ouais , là solution c’est çà, TOUT SAUF « SOCIOECOLO »

  • hier dans le jeu sur FR3 (course en montagne par équipes) un glaciologue (???) a sorti une énormité : sans glaciers (qui reculent), plus d’eau, plus de cultures etc…. la plaine d’Alsace ou la Limagne sans glaciers à proximité sont donc des déserts ???? Quand le sage regarde la lune l’imbécile regarde le doigt

    • En Alsace, nous avons une nappe phréatique de 35 milliards de mètres cubes d’eau épaisse de 70 m.
      Cette eau provient de l’infiltration des eaux du Rhin dans la moraine qui constitue son lit.
      L’eau du Rhin, en Alsace et en Suisse avant elle , est nivale (fonte des neiges glacières) , et ce n’est qu’à partir de Strasbourg, avec l’Ill, et plus tard en Allemagne où elle est rejointe (entre autres) par les eaux du Neckar, du Main et de la Moselle, que le Rhin devient à moitié pluvial.
      L’eau alsacienne provient donc des glaciers.
      Mais je ne veux pas cautionner ce glaciologue, qui part du principe que les glaciers vont disparaître, alors qu’il n’en sait rien, mais touche du pognon pour dire cela…

      • De toutes façons, en admettant qu’un réchauffement se poursuive jusqu’à disparition des glaciers alpins, le Rhin deviendra alors complètement pluvial, mais n’en cessera pas moins de couler !
        Ce glaciologue est un âne…

  • Jubilatoire même si c’est quand même triste comme avenir!

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