Bolsonaro, l’inconnue brésilienne

Brasília - O deputado Jair Bolsonaro durante promulgação da Emenda Constitucional 77, que permite médicos militares trabalharem no SUS (Antonio Cruz/Agência Brasil) — 2014, CC BY 3.0 br

Avec 46% des voix au premier tour de la présidentielle au Brésil, Jair Bolsonaro est présenté comme une figure populiste d’extrême-droite. Qu’en pense-t-on au Brésil ?

Par Hugh, depuis le Brésil.

Qui est Jair Bolsonaro ?

Une partie de la presse le définit comme ultralibéral. Pour l’autre partie, il représente la fin de la démocratie au Brésil, le précurseur d’une dictature sanguinaire.

En fait, il est difficile de prévoir ce qu’il fera en cas de victoire à la présidence. Historiquement, il a voté avec les partis de gauche, contre les privatisations, les réformes des retraites et quelque chose qui pourrait rappeler — même de manière distante — le libéralisme.

L’unique étendard de liberté qu’il a défendu est peut-être le port d’armes. Récemment, et sans doute en raison de la croissance des idées libérales ou libertariennes au Brésil, il s’est montré plus ouvert à ces idées. Mais avec de nombreuses réserves.

Au début de 2018, il s’est dit en faveur des privatisations, à l’exception des banques, des réseaux hydro-électriques, du sous-sol pétrolier et des secteurs stratégiques, au sens très large du terme. Néanmoins, Jair Bolsonaro a rappelé le compromis entre étatisme et privatisation.

Il s’est engagé à d’autres réformes : retraites, système fiscal, sécurité, travail, mais sans affiner ses points de vue.

Il dit toujours que son ministre des Finances sera Paulo Guedes, un Chicago Boy, mais un ministre peut être démis n’importe quand. Que pense-t-il de la Banque Centrale ? On ne sait pas. De l’or ? On ne sait pas. Sur le commerce international, il se dit favorable aux échanges, mais on manque d’informations.

Dans son récent discours partisan du libre marché, il semble adhérer aux idées libérales, comme une frange de la population. Personnellement, même s’il a livré des propos contradictoires à ce sujet, la grande question consiste à savoir s’il compte appliquer des mesures libérales s’il accède à la présidence. Cette question reste sans réponse.

Un méli-mélo d’idées

En revanche, ses positions sociales et individuelles sont plus claires.

Il est favorable à la fermeture des frontières. Un détail inconnu en dehors de l’Amérique Latine : ces dernières années, l’Europe a reçu 1,8 million de réfugiés tandis que 2,3 millions de personnes ont fui le socialisme vénézuélien. Électoralement, cette position garantit au candidat-président davantage de soutiens de la part de ceux, au Brésil, qui habitent les zones frontalières.

Bolsonaro est favorable à augmenter le pouvoir de la police et de l’armée, la liberté du port d’armes, le contrôle des frontières, des sanctions plus dures pour les infractions, la diminution de l’âge légal en matière pénale, et contre la fin de la conscription militaire, obligatoire pour les hommes de 18 ans.

Au Brésil, personne ne sait ce qui peut se produire. S’il est élu Président à la place des corrompus Rousseff et Lula, le Bolsonaro tel qu’on le connaît aujourd’hui ne sera pas un dictateur. Il ne sera pas non plus un libéral convaincu. En fin de compte, quoi qu’en dise une certaine presse vindicative, seule la réalité comptera.