Taddéï était de retour hier soir sur une chaîne publique

Débat policé autour du libéralisme, hier soir sur Russia Today France. Avec Frédéric Taddéï en meneur de plateau, on se serait presque cru sur France Télévisions.

Par Ludovic Delory.

Frédéric Taddéï affirme ne pas regarder la télé. Même pas ses propres émissions. En se posant en non-spectateur, il joue la carte du journaliste ouvert mais non neutre. Faut-il y voir une qualité ou un défaut ? Sa position, en tout cas, suscite le clivage au sein d’une profession toujours sujette à débat. Et en pleine disruption.

Citons-le dans cette interview récente accordée à France Inter (11 min. 01) :

Le problème, c’est que vous n’avez plus de vrai débat à la télévision française et que ça n’a l’air de gêner aucun journaliste.

Il est amusant de suivre cette joute entre une journaliste payée par le contribuable français et un journaliste payé par le contribuable russe. Leurs positions antagonistes soulèvent une question cruciale pour le public : comment informer librement ?

Liberté ou pluralité ?

« Interdit d’interdire » était un premier test, hier soir. En acceptant d’organiser des débats sur Russia Today France, émanation francophone de la chaîne d’État russe, l’ex-journaliste du service public français a soulevé la bronca des commentateurs du PAF. Amusant toujours, dans la mesure où cette chaîne, financée par un gouvernement ne cachant pas ses opinions, est contrôlée, en France, par une « autorité administrative indépendante » (le CSA) financée… par le gouvernement français. Russia Today France est dans le collimateur de l’Élysée — qui, lui, n’a évidemment rien d’indépendant avec le gouvernement.

On allait donc voir ce qu’on allait voir. Le thème de cette première émission s’avérait d’ailleurs alléchant, puisqu’il portait sur le supposé libéralisme de l’économie européenne. Un plateau classique attendait les téléspectateurs. À gauche : l’historien Emmanuel Todd et la blogueuse Coralie Delaume ; à droite, l’économiste Nicolas Baverez et, pour défendre le libéralisme, Ferghane Azihari, journaliste, analyste et habitué des colonnes de Contrepoints.

Beaucoup de bruit pour rien

Ce fut un débat policé, de haut niveau, au cours duquel les invités croisèrent leurs points de vue sans clash ni véritable débat, en fait. Une table ronde d’idées autour de laquelle Emmanuel Todd dissocie liberté politique et liberté économique. Ferghane Azihari évoque la « vision jacobine de l’Europe » et plaide pour davantage de concurrence fiscale entre les États. Coralie Delaume fait une fixette sur le couple franco-allemand — au centre, il est vrai, de son dernier livre — tandis que Nicolas Baverez ose avancer le terme de « démocrature » de Vladimir Poutine à 5 minutes de la fin de l’émission.

Ouf ! Il était temps de voir si l’animateur, vendu aux Russes, allait s’insurger, remettre en place son invité,… mais non. Frédéric Taddéï est resté fidèle à sa posture non-interventionniste. Les chiens de garde de la déontologie en seront pour leurs frais. Du moins pour cette première émission. Une heure d’entre-soi, de points de vue certes différents mais jamais poussés jusqu’au bout.

Bref, un débat digne du service public. Frédéric Taddéï a sans doute raison : il n’y a plus de vrai débat à la télévision.