Affaire Benalla : le palais de l’Élysée est-il devenu une nouvelle ZAD ?

Paris - Petit Palais By: Fred Romero - CC BY 2.0

Après l’affaire Benalla, les pratiques au sommet de l’État doivent être plus transparentes.

Par Pierre Libtank.

Sur la base des auditions tenues par les deux commissions d’enquête parlementaire,  et en absence des explications de notre jeune Président — qui se revendique pourtant « premier responsable » de l’affaire Benalla — on est en droit de se demander si l’Élysée n’est pas devenue,  au fil des mandats, une zone de passe-droits, une sorte de ZAD que les occupants du moment semblent bien déterminés à défendre.

Deux constats semblent s’imposer :

L’ impéritie managériale de cette structure de 100 personnes, l’Élysée, qui, de l’aveu même  du Président, a mal apprécié et mal géré la « faute grave » de l’un de ses chargés de mission. Et qui, surtout, a été incapable de communiquer de manière transparente et responsable sur cette situation extravagante, pour la présidence du pays comme pour chacun de ses citoyens (qu’elle ait été ou non révélée par la presse).

La conviction intime de nombreux observateurs et parlementaires, ainsi que d’une grande partie de l’opinion publique, que ce chargé de mission était directement impliqué dans le système de sécurité de notre jeune Président, en particulier au niveau privé. Un faisceau d’indices concordants semble le démontrer, par exemple le permis de port d’arme qui lui a été explicitement accordé pour cette mission, ou sa présence physique en « protection rapprochée » lors de certains déplacements…

Comment fonctionne la présidence ?

Ces deux constats soulèvent de multiples questions relatives aux modalités de fonctionnement de notre république, en particulier de sa présidence :

1) Notre jeune Président a-t-il le droit de ne pas confier (toute) sa sécurité, en particulier privée, aux fonctionnaires dont c’est le métier et la mission, ce avec l’argent du contribuable ?

2) Dans quelle limite, compte tenu de la séparation des pouvoirs, l’Exécutif peut-il ne pas se soumettre aux demandes (communication de documents, auditions…) ou intervenir dans le travail (commentaires publics, prises de contact…) des commissions d’enquête parlementaires ?

3) Notre Constitution doit-elle être amendée pour permettre une meilleure gestion, une meilleure transparence et un meilleur contrôle démocratique du fonctionnement de la présidence et de l’Élysée (qui, pour beaucoup, s’apparente, depuis bien trop longtemps, à une véritable « boîte noire »… que les seuls travaux de la Cour des comptes n’arrivent pas à ouvrir) ?

Pour crédibiliser son discours sur le « nouveau monde » et son exemplarité, sur la moralisation de notre vie politique, sur la transformation de notre pays, sur la modernisation de l’État, sur la réforme constitutionnelle… Emmanuel Macron jouit d’une opportunité sans pareil pour reprendre l’initiative et remettre à niveau la gouvernance de l’Élysée.

Dorénavant, nos pratiques au sommet de l’État doivent donc être plus transparentes et résolument Best In Class.