Comment tuer un lanceur d’alerte ?

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Comment tuer un lanceur d’alerte ?

Publié le 10 septembre 2018
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Par Yannick Chatelain.

Lanceur d’alerte : principe de réalité

Lorsqu’un citoyen pointe une dérive de l’État dans un pays qui bat pavillon démocratique, ce n’est pas la simple fable d’un pot de terre et d’un pot de fer qui débute, c’est l’histoire d’une mise au pilori violente par tous les moyens qui s’enclenche.

Le citoyen – impudent comme imprudent – se révèle être traité comme le serait l’ennemi public numéro un d’une Nation. Le citoyen lambda ne dispose pas de moyens équitables tels que l’accès prime time aux médias de masse pour se défendre. Il n’a souvent pas les moyens financiers d’engager une armada d’avocats pour mener un combat qui sera (de toute façon) disproportionné.

La liberté à géométrie variable

Dans des affaires comme celles de Snowden, d’Assange, de Chelsea Elizabeth Manning, née Bradley Edward Manning (l’informatrice de WikiLeaks qui sera finalement graciée par Barak Obama) les « démocraties » prises la main dans le sac d’abus inacceptables ont invariablement lancé sans coup férir la machine à broyer socialement !

Faut-il rappeler que lorsque l’affaire Snowden éclate, l’État américain ignorera tous les fondements de la création même de l’Amérique et ses croyances. Tout du moins s’autorisera-t-il quelques écarts d’interprétation au regard du préambule de constitution des États-Unis adoptée par la Convention le 17 septembre 1787 :

Nous, le peuple des États-Unis, en vue de former une union plus parfaite, d’établir la justice, d’assurer la paix intérieure, de pourvoir à la défense commune, de développer la prospérité générale et d’assurer les bienfaits de la liberté à nous-mêmes et à notre postérité, nous ordonnons et établissons la présente Constitution pour les États-Unis d’Amérique.

« Assurer les bienfaits de la liberté »… Après les révélations du lanceur d’alerte, l’histoire se souviendra des prises de position tièdement outragées de nombreuses gouvernances « démocratiques » comme l’Angleterre et la France ! On peut le comprendre, quand on sait que ces mêmes gouvernances « démocratiques » collaboraient dans différents programmes d’espionnage de masse de leur propre population

On se souviendra également de la posture de Barak Obama responsable de l’administration fautive et décriée : la National Security Agency (NSA). Il concédera que le programme d’espionnage mis en œuvre après le 11 septembre 2001 s’était fait à grande échelle et sans véritables garde-fous, n’hésitant pas à déclarer :

Les critiques ont raison de dire que sans garde-fous appropriés, ce genre de programme pourrait être utilisé pour obtenir davantage de renseignements sur nos vies privées, et ouvrir la voie à des programmes de collecte plus indiscrets.

Un discours configuré pour le grand public, mais peu en rapport avec celui moins connu d’un officiel du Pentagone qui avait fait part quelque temps plus tôt de ses bienveillants sentiments à l’égard d’Edward Snowden et du sort qui lui convenait le mieux : « I would love to put a bullet in his head ! », ce qui se traduit aimablement par « J’aimerai bien lui mettre une balle dans la tête ! » !

Derrière les discours officiels reconnaissant le bien-fondé des critiques. Derrière les promesses d’enquêtes approfondies, il y avait une réalité beaucoup plus sombre. Le citoyen américain devait-il comprendre que s’il refusait de se faire complice d’une transgression inacceptable en la portant à connaissance de ses compatriotes il deviendrait une cible à abattre « d’une balle dans la tête » ?

La peine capitale pour un lanceur d’alerte en démocratie : la mort sociale

Les lanceurs d’alerte, ces héros des temps technologiques – quel que soit le courage que les citoyens et citoyennes leur attribuent dans une large majorité – ont pour bon nombre socialement tout risqué et tout perdu. Leur vie a été mise en hypothèque, leur mort sociale programmée, leur mort physique aura parfois été envisagée. Le plus déplorable étant que cette situation n’intervient ni dans des dictatures, ni dans des pays autoritaires ou totalitaires, mais dans des pays supposés garantir leur droit inaliénable à dire ! Quelle déroute !

N’est-ce pas là un plaidoyer en faveur de l’anonymat ?

Qu’est-ce qui est le plus prudent aujourd’hui dans nos « démocraties » informatisées pour un citoyen soucieux de défendre des droits humains fondamentaux et le collectif ? Risquer la mort sociale ou opter pour l’anonymat pour agir ?

Quand les démocraties font la leçon aux dictatures

Les gouvernances de « démocraties » qui ont opté pour de telles pratiques peuvent se targuer d’avoir accru la perte de confiance du citoyen dans le politique. Elles ont perdu toute crédibilité lorsqu’elles dénoncent à cor et à cri les dérives des régimes autoritaires qui leur sont devenus, dans certaines situations – dont celles évoquées – les sœurs siamoises ! Les dictatures ayant le « mérite » d’agir violemment et sans discrétion contre toutes formes de contestation à des pratiques illégitimes.

  • Que n’aurait-on dit il y a encore quelques années en France – pays des droits de l’homme – d’un État souhaitant mettre en place un algorithme – configuré de façon opaque – de surveillance de la population ?
  • Que n’aurait-on dit d’un algorithme visant à définir et trier le bien du mal, un outil supposé distinguer le bon et le mauvais citoyen potentiel selon des critères inconnus définis par quelques hommes ?
  • Que n’aurait-on dit des pratiques d’un tel pays souhaitant se doter d’un tel algorithme entre les mains d’une simple autorité administrative ?

Nous aurions probablement crié collectivement au scandale et à l’infamie ! Nous nous serions – peut-être – rappelés des sages paroles de George Orwell : « La dictature peut s’installer sans bruit ! »

Les temps ont changé ! Cet algorithme est en cours de déploiement depuis le début du mois d’octobre 2017 dans un pays qui s’est fait bien silencieux. Ce pays c’est le mien, c’est le vôtre, c’est le nôtre. Ce pays c’est la France !

Une société qui tolère le mal en devient la complice.
 Eugênio de Araújo Sales

Sur le web-Article publié sous licence Creative Commons

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  • « Pointer une dérive de l’Etat », je ne vois pas trop comment on peut avoir une discussion constructive avec une définition aussi floue et subjective de lanceur d’alerte. Ce qui est une dérive pour les uns peut très bien être une vertu pour les autres, attendez donc qu’on pointe les dérives libérales de l’état, vous verrez ! D’autre part, les méthodes utilisées posent aussi question, comment faire confiance à celui qui vole des informations sur la manière dont on vous vole votre vie privée ?

  • la santé de Julian Assange serait en danger ; il se trouve à l’ambassade équatorienne de Londres , reclus depuis six ans sans pouvoir sortir de son appartement ni bénéficier de soins médicaux approprié ;une manière comme une autre de se débarrasser de ceux qui gênent……

    • Le cas Assange est particulier car il est poursuivi pour viol par la Suède! Sa défense est ridicule et fallacieuse car il affirme que ce pays le livrera aux américains! Pour qui connaît la Suède, il n’y a aucune chance qu’elle le fasse. C’est bien uniquement pour échapper à la justice suédoise. Rappelons que ce pays était neutre durant la guerre froide, que les suédois n’ont pas une bonne opinion des USA et enfin qu’ils ont un sentiment élevé de la justice. Ce n’est vraiment pas le genre à céder aux demandes d’extradition américaines!

  • Il faut replacer tout cela dans un cadre plus général d’évolution du monde.
    La Fabian Society est une société de pensée créée en 1884 en Grande -Bretagne, sur des idées développées par des théoriciens du socialisme. Profondément socialistes, adversaires de la propriété privée, ses membres étaient aussi pétris par l’idéal suprémaciste anglo-saxon et farouches partisans de la mise en place d’une gouvernance technocratique mondialisée avec un contrôle étendu des populations. Ils étaient surtout des élitistes intolérants, et voulaient voir l’Angleterre dirigée par une caste supérieure.
    La Fabian Society préconise de réaliser la synthèse progressive, par degrés, du capitalisme et du socialisme, dans le but de former une société mondialisée sans classes.
    H. G. Wells, qui appartint à la Fabian Society au début du vingtième siècle, ne proposait rien de moins qu’une nouvelle race humaine, la création d’une humanité unifiée, collectiviste, déracinée. Dans son ouvrage « Le nouvel ordre mondial », paru en 1940, il en précise la finalité: «Nous pouvons anticiper une rapide transformation de la face du monde au fur et à mesure que sa population est distribuée et redistribuée selon les aléas des besoins changeants de la production économique.»

    Pour servir ce but, une pensée économique de type socialiste devait être promue à l’échelle mondiale. La création temporaire d’une fédération d’Etats européens sous influence anglo-saxonne constituait une première étape, incontournable, pour la réalisation de ce projet global.
    La Fabian Society sera à l’origine de la London School of Economics en 1895, qui formera des générations de décideurs aux conceptions des théoriciens de la Fabian Society. Les hauts responsables, ainsi profilés pour servir le projet de création d’un Etat mondial, se retrouveront plus tard dans ces lieux incontournables pour leurs ambitions que seront les think tanks essaimés un peu partout, d’abord au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, puis dans de nombreux autres pays, sous l’impulsion des membres de la Fabian Society.

    Dès le début, ces think tanks sont contrôlés et financés par les plus grandes firmes du capitalisme anglo-saxon (Rockefeller, J. P. Morgan, Lazard et autres banques…) qui orientent les travaux dans le sens de leurs intérêts transnationaux… Avant de l’être aussi par la CIA (ou ses faux nez comme la NED), voire directement par des fondations de milliardaires mondialistes comme G. Soros ou Rockefeller. Toujours au prétexte de défense de la démocratie, de la paix, de la liberté ou du bien-être de l’humanité…
    (D’après « Cet étrange Monsieur Monnet » de Bruno Riondel, ouvrage qui détaille la construction européenne sur fond d’idéologie mondialiste)

  • La France a usurpée la qualité de Patrie des droits de l’homme, droits inventés par les Anglais: Magna Carta et Bill of Rights, un siècle AVANT la rédaction des droits de l’homme français, en 1689!
    De plus elle a copié sur les états américains.
    Surtout qu’à peine rédigés elle a bafoué ces droits avec la Terreur de la Révolution. C’est une habitude de s’approprier les mérites des autres!

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