Snowden est-il un terroriste ?

Edward_Snowden - cc by sa

Les lanceurs d’alerte ne sont pas responsables des déboires rencontrés par le renseignement.

Par Cédric Salvador.

Edward_Snowden - cc by sa
Edward_Snowden – cc by sa

Avec les attentats du 13 novembre sont revenues les voix s’écriant que les défenseurs du droit à la vie privée, comme Edward Snowden ou La Quadrature du Net, seraient responsables car « ils aident les terroristes à échapper aux services de renseignement ». Mais qu’en est-il vraiment ?

« Les révélations d’Edward Snowden compromettent l’efficacité des services de renseignement », nous dit le directeur de la CIA, John Brennan. Son prédécesseur, James Woolsey, va plus loin : « Snowden a du sang sur les mains. » Les attaques ne viennent pas que des officiels de l’espionnage. Le maire de Londres, Boris Johnson, les rejoint : « Snowden a appris aux terroristes comment éviter de se faire prendre. »

En France, on saute sur l’occasion de s’en prendre à ceux qui se sont élevés contre le projet de loi sur le renseignement. Pierre Servent, tout en classe et en retenue, nous dit : « J’espère que les gens [contre la loi renseignement ] n’ont pas d’enfants morts, pour les faire percuter. » Quant à Franz-Olivier Giesbert, il « attend maintenant le mea culpa du journal Le Monde et de tous ceux qui ont contesté la loi sur le renseignement ». Jean-Paul Ney, expert en tout et en rien, nous explique que « les terroristes ont lu Snowden et savent qu’ils ne doivent pas utiliser leurs téléphones ».

Inutile d’allonger davantage la liste. Le récit qui se met en place dans les médias peut être résumé ainsi : avant les révélations d’Edward Snowden à partir de juin 2013, les terroristes communiquaient par téléphone et via emails non chiffrés. Cette affirmation est non seulement non prouvée, mais elle est également absurde.

Les terroristes n’ont pas attendu l’ancien analyste de la NSA pour utiliser le chiffrement. La preuve, et messieurs James Woolsey et John Brennan doivent le savoir, c’est que leurs prédécesseurs le déplorent depuis très longtemps. On peut lire dans cet article datant de 2001 que les renseignements américains se plaignent de l’usage sophistiqué des techniques de chiffrement par Al Qaida. On peut lire dans celui-ci un directeur du FBI expliquer comment des organisations comme Al Qaida, le Hamas ou le Hezbollah se protègent des oreilles indiscrètes. Oussama Ben Laden lui-même communiquait uniquement par lettres, évitant le mail et le téléphone. On peut lire dans cet article de The Intercept que le fameux « manuel du djihadiste » propose des protocoles de protection contre les écoutes téléphoniques dignes d’un espion du GCHQ, y compris le supposé secret de retirer la batterie du téléphone. Il est fantaisiste et mensonger d’affirmer que les terroristes n’avaient pas connaissance de la surveillance des communications et de techniques permettant de s’en protéger. Richard Clarke, pointure du contre-espionnage sous Clinton puis Bush, dit la même chose.

La surveillance numérique telle que pratiquée par des agences comme la NSA n’a pas empêché les attentats de Bali en 2002, Madrid en 2004, Londres en 2005, Bombay en 2008, et de Boston en avril 2013 ; et il n’y avait pas d’Edward Snowden à montrer du doigt comme un collégien accuse son chien d’avoir mangé son devoir. Ni lui, ni les activistes type Quadrature du Net ne sont responsables des déboires rencontrés par les services de renseignement et de la très faible efficacité de la collecte de données de masse, qui sont admises par la NSA et le FBI. Ceux qui vous disent le contraire participent, volontairement ou par ignorance, à une manipulation.

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